Parce que le temps detruit tout. Parce ce que certains actes sont irreparables. Parce que l'homme est un animal. Parce que le desir de vengeance est une pulsion naturelle. Parce ce que la plupart des crimes restent impunis. Parce ce que la perte de l'etre aime detruit comme la foudre. Parce ce que l'amour est source de vie. Parce ce que dans un monde bien fait le tunnel rouge n'existerait pas. Parce ce que les premonitions ne changent pas le cours des choses.
Parce ce que le temps revele tout.
Le pire et le meilleur.
Film francais avec Vincent Cassel, Monica Belluci, Albert Dupontel et Philippe Nahon (2002).
Resume: L'enfer d'un club gay. Un massacre. Une vengeance. Un viol. Une soiree. Deux amoureux. Un bebe. Un espoir. Le bonheur.
Je retrousse mes manches et voila que j'ai la lourde tache d'ecrire cet article sur ce film provoquant et scandaleux, une bouillie filmique nauseeuse et sans but, sans autre interet que celui de faire scandale. C'est violent et insoutenable, oui, une scene de viol de 9 minutes, oui, des images qui donnent envie de vomir, la gerbe, une crasse dans laquelle on reste embourbee pendant plus d'une heure trente.
Et pourtant, dans ce marasme, dans ce tourbillon d'images saoules et tremblantes, se cache un veritable film d'auteur. Dommage que certains ne s'arretent qu'aux images, c'est un voile crasseux qui cache bien des choses. C'est un des enseignements que nous donne ici Noe, tenter de voir au-dela des apparences.
Le film se divise en longs plans-sequences montes a l'envers: on commence par la fin donc. Noe fait preuve d'une realisation qu'il faut avouer, brillante. Il a le sens de la composition et s'impose des defis techniques assez surprenants. La camera virevolte et tremble, suit les faits et gestes des personnages, semble leur coller a la peau et ressentir leurs emotions (qui a remarque les furtifs gresillements de l'image au moment ou l'agresseur s'empare de la fille avant de la violer?) comme les battements cardiaques qui font tressauter l'image. Non, Noe est un artiste de l'image, il sait poser une ambiance, la photographie est excellente.
La musique, elle aussi, colle parfaitement. Notons qu'il s'agit de Beethoven et de Thomas Bangalter, l'un des membres du groupe DAFT PUNK dont je suis fan. C'est donc en toute subjectivite que je dit qu'il a fait du tres bon travail.
Noe possede un sens de direction d'acteurs absolument brillantissime: tous les acteurs sont stupefiants.
Le scenario est implaquable. C'est comme un gouffre dont on ne peut pas echapper, une vision du monde pessimiste et malsaine, qui se retrouve aussi dans le precedent film de Noe, SEUL CONTRE TOUS, dont il fait un clin d'oeil au debut en integrant le personnage du boucher joue par Nahon, excellent acteur. Le cineaste inscrit IRREVERSIBLE dans la continuite de son oeuvre. Le film amene a reflechir sur le temps et ses consequences, avec un constat amer: tout ce qui doit arriver arrive irremediablement. Un vision des choses que l'on peut facilement contester, c'est vrai. Tout est irreversible: la vengeance est humaine, mais elle ne mene a rien, c'est comme un coup d'epee dans l'eau. On ne peut rien faire contre les evenements. Belle reflexion egalement sur l'amour et la haine. On pourrait lui reprocher une dichotomie trop appuyee, mais cela ne nuit pas a la qualite de l'oeuvre. Ce film permet de nous dire que le monde dans lequel nous vivons n'est pas parfait, que des choses atroces sont commises tous les jours, ainsi, contrairement a ce que certains pensent, Noe condamne le viol, il respecte les victimes, pas de quoi les heurter donc. D'abord anodines, la phrase "le temps detruit tout" qui ouvre le film n'est pas inutile. Peut-etre un peu radicale, oui, radical comme tout le film: une baffe, une confrontation crue et d'une certaine "purete" (tant pis, je risque d'en choquer certains), radical comme la facon de penser de Noe. "Le temps revele tout" qui clot le long metrage est plus pertinente: les secrets ne sont-ils pas tous reveles un jour ou l'autre?
Ce n'est pas les actes commis en eux meme qui choquent le spectateur, mais les images, cette facon de filmer l'infilmable, de montrer l'inmontrable, de nous faire subir malgre nous les souffrances des personnages. Un film fait pour faire scandale? Assurement non, car le cineatse va plus loin que la simple violence, il veut nous dire que ce ne sont pas les images qui importent, mais les faits. Tout le monde parle de viol, sans pour autant etre choque a en vomir a chaque fois. Il veut nous amener a comprendre pourquoi de tels actes peuvent etre commis.
On s'eloigne de la violence a la Tarantino qui elle, ne fait pas reflechir car c'est du pur divertissement, il filme ce qu'il a envie de voir au cinema, rien de plus. On est loin aussi de la violence d'un Haneke, qui LUI denonce la violence dans les films en la montrant aussi inutile que possible. La violence de Noe n'est pas inutile. Elle fait le constat d'un monde, d'une facon de penser qui lui est propre et que j'encourage ici de respecter.
En deux mots: Un film reellement malsain et utra-violent, mais etonnament humain.
--19/20--