Film americain avec Alex Frost, John Robinson et Elias McConnell (2003).
Resume: Une journee comme toutes les autres dans un lycee americain. Tout le monde vaque a ses occupations, entre cours, reunions, atelier photo, match de foot, dejeuner. Tout le monde, sauf deux d'entre eux, bien decides a s'amuser avant de mourrir...
Librement inspire du drame de Colombine, ELEPHANT est un film d'une rare beaute. On flotte dans les couloirs de l'etablissement dans la lumiere claire d'un soleil d'automne, on suit les personnages le long de formidables plan-sequences, entre aller et retours en arriere, le tout est d'un calme, comme les nuages qui ouvrent le film. Gus Van Sant est methodique, filme avec distance et froideur, sans prendre parti, sans chercher d'explications a ce qui a pu conduire a la catastrophe.
Mais avant ce long metrage, il y en a un court, qui s'appelle aussi ELEPHANT, realise par Alan Clark. Un film experimental tourne pour la BBC ou l'on suit des personnages dans la rue pour s'apercevoir qu'ils seront soit victimes soit les responsables d'une vraie tuerie. Gus Van Sant a repris le style de la realisation, d'une rigueur a toute epreuve, qui respecte la duree reelle de la traversee par les personnages des espaces (un plan fixe montre une jeune fille traverser de bout en bout un gymnase desert), ce qui peut derouter, mais permet au film de gagner une certaine richesse.
Le realisateur ose egalement faire preuve de cynisme, d'ironie, de grotesque ou encore d'irreel, lorsque les adolescents commandent les armes par Internet, ce qui est evidemment pas aussi simple dans la realite (il veut nous dire qu'Internet n'est pas un jouet et que les parents doivent etre vigilants), ou encore lorsque les deux "tueurs" regardent un documentaire sur Hitler a la tele sans connaitre exactement les faits historiques (il veut nous dire que les enfants n'ont pas ou peu conscience encore de ce qui se passe dans le monde, ils sont eloignes de la realite), ou encore le dernier plan du film, ou l'un des deux "tueurs" tire au sort sa prochaine victime dans un local refregire ou pendent du plafond d'enormes pieces de viande (une boucherie, quoi...).
ELEPHANT est remarquable dans sa vision de la jeunesse americaine, dans l'impartialite et le desengagement de Van Sant, dans la violence hyper realiste (une arme a feu fait bang! et c'est tout) et meme dans les pirouettes temporelles, c'est comme un cycle a l'issue irreversible.
En deux mots: Une Palme d'Or et un prix de la mise en scene amplement merites pour un film magnifique qui fait froid dans le dos.
--19/20--