SEUL CONTRE TOUS - Gaspard Noé

SEUL CONTRE TOUS - Gaspard Noé
Film français avec Philippe Nahon (1999).

"Tu sais ce que c'est que la morale? Je vais te dire ce que c'est que la morale. La morale c'est fait pour ceux qui la tienne. Les riches. Et c'est tu sais qui a raison chaque fois? C'est les riches. Et c'est les pauvres qui trinquent. Tu veux la voire ma morale? (il sort un révolver) Et bien ma morale c'est ça."

"Pense que sous la peau il n'y a que de la graisse et des os. Toi aussi tu n'es qu'un bout de viande qui pense."























Résumé: Un ex-boucher quitte sa femme qu'il ne supporte plus. Il fait route vers Paris où il loue une chambre. Sans un sou et avec pour seul compagnon un révolver armé de trois balles, sa conscience lui crie de mourrir. Attiré par sa fille et seul contre tous, il décide d'abord de se venger.

Quel film! Quel cinéma! Un cinéma à sauvegarder, à protéger bien évidemment. Un film où la maîtrise de la mise en scène n'a dégal que son pessimisme, sa provocation et son intelligence extrême.
La réalisation d'abord, étourdissante d'originalité, une approche unique, un style particulier, la patte d'un grand cinéaste qui a sû se démarquer de ses confrères. Plans fixes, gros plans, sur fond des ruminations incessantes d'un homme au bord du suicide. Les passages où l'on voit Nahon marcher dans les rues désertes, comme seul au monde, font vraiment penser au début de ERASERHEAD, je comprends mieux pourquoi certains comparent Noé à David Lynch. L'introduction est elle aussi exemplaire, où toute l'histoire du personnage est réusmée à l'aide de photographies. La voix de Nahon tourne dans la tête, on s'imprègne vraiment du protagoniste. Les couleurs sont elles aussi parfaites, une photographie tout à fait remarquable.
Le film nous expose une conception très pessimiste de la vie, la provocation est bien présente c'est vrai, mais au-delà de la provocation il s'agit d'une vraie réflexion sur le sens de notre existence et sur la société dans laquelle nous vivons aujourd'hui. Une noirceur poussée donc mais justifiée, pas de quoi se révolter non plus contre la violence, extrême aussi, et les actes incestueux habilement suggérés, tout reste cohérent et en une seule unité. Un film qui pourrait être également vu comme étant moins vain et inutile que IRREVERSIBLE, bien que ce dernier repose également sur des bases solides (voir ma critique).
Philippe Nahon, excellent acteur trop souvent absent du paysage cinématographique, charismatique et percutant, possède un jeu extraordinaire qui fait mouche, comme l'ensemble de l'oeuvre.

En deux mots: Un très grand film, provocateur et très intelligent, par un Noé artiste et novateur. Un classique.





--16/20--

# Posté le vendredi 03 juin 2005 05:05

Modifié le lundi 19 septembre 2005 03:59

VIDEODROME - David Cronenberg

VIDEODROME - David Cronenberg
Film américain avec James Woods et Deborah Harry (1982).

















Résumé: le directeur des programmes d'une chaîne de télévision est à la recherche de toujours plus de sensations fortes pour faire de l'audience. Il pirate une émission bizarre, appelée Vidéodrome, au cours de laquelle on ne voit qu'en plan fixe les tortures et sévices sexuels infligés à une victime. Il décide alors de la programmer, mais il est sujet depuis peu à d'étranges hallucinations...

VIDEODROME est sans doute le meilleur film de Cronenberg, ou en tout cas sa réalisation la plus complexe et la plus sujette à de multiples interprétations.
Angoissant et fascinant, il décrit la manière dont la télévision peut prendre possession de notre vie et de notre existence, la manière dont l'univers télévisuel peut se confondre avec la réalité, là où il n'y a qu'une mince barrière franchissable en un seul pas. La psychose n'est plus loin et la folie qui surprend le héros n'est pas si anodine que cela, ni plus rare.
Oeuvre prophétique et visionnaire sur le monde des médias, VIDEODROME étourdit par sa richesse thématique et ses multiples trouvailles visuelles et scénaristiques. La descente aux enfers est progressive et cohérente, ça s'écrase ensuite sans éclaircissements ni retournement de situation, ce qui aurait été fait aujourd'hui. Le parallèle est à faire avec le nettement moins bon EXISTENZ qui use de ces procédés convenus. "Nous sommes tous gouvernés par la télévison, nous sommes manipulés, nous mangeons sans broncher ce qu'elle nous crache dans les yeux et les oreilles", tel pourrait être le message, ultra-simplifié, de ce film hors norme.
Plus qu'un simple film d'horreur, il pose une véritable réflexion sur la société médiatique. Difficile à comprendre au premier abord, il s'avère partculièrement agréable à suivre, grâce à une mise en scène maîtrisée. Les effets spéciaux ont vieillis mais contribuent au charme de la bande. Se suivent à un rythme assez soutenu des scènes cultes qui restent dans la mémoire de tout cinéphile: la scène où James Woods cache le révolver dans le trou béant de son ventre, où il a une relatio sado-masochiste avec sa télévision qui se gondole de plaisir et gémit, etc...
Les acteurs sont formidables et les qualités du film sont nombreuses encore. Parce que je n'ai pas l'analyse aussi poussée, je ne regarde que les films moi, je t'invite à cliquer ici, tu y trouveras un essai très intéressant sur le film et la réflexion qu'il impose.

En deux mots: La crème de Cronenberg, très inspiré et complexe, passionnant et terrifiant. Absolutely Culte.




--18/20--

# Posté le lundi 06 juin 2005 05:39

Modifié le lundi 19 septembre 2005 03:58

Réaction à chaud: LES POUPEES RUSSES - Cédric Klapish

Réaction à chaud: LES POUPEES RUSSES - Cédric Klapish
Film français avec Romain Duris, Cécile de France, Audrey Tautou et Kelly Reilly (2005).

Attention, ce soir c'est costard cravate, avant-première oblige. Et pas des moindres, Romain Duris, Cécile de France et Cédric Klapish ont fait le déplacement. Après le film, c'est décontractés qu'ils ont répondu aux nombreuses questions des spectateurs. Inoubliable.











Résumé: 5 ans après son Erasmus en Espagne, Xavier vit de nombreuses aventures sans trouver l'amour parfait. Il écrit des scénarios à l'eau de rose pour la télévision, loin d'être ce qu'il avait imaginé de devenir. Mais de Londres à Saint Pétersbourg, il doit continuer son travail, malgré ce qui l'attend sur place...

L'AUBERGE ESPAGNOLE nous avait donner envie de partir à l'aventure pour la vivre nous-même, malgré quelques longueurs. Avec LES POUPEES RUSSES il nous donne envie d'aimer, sans les quelques longueurs! Plus dense, mieux balancé, encore mieux interprêté, avec toujours autant d'énergie dans la mise en scène, on aurait envie que le tourbillon ne s'arrête pas, lui qui dure pourtant déjà plus de deux heures.
Le long métrage est une comédie sensible, bourrée de bonnes intentions, sans jamais verser dans les blagues graveleuses ni dans l'excès lacrymal. Ceux qui aiment rire y trouveront leur compte, tout comme ceux qui aiment les histoires d'amour.
Romain Duris est enfin très bon, Cécile de France très belle, Audrey Tautou comme d'habitude et l'anglaise Kelly Reilly fulgurante au regard menthe à l'eau. Les acteurs sont très à l'aise, bien encadrés par un metteur en scène inspiré.
La réalisation est d'excellente facture et agit comme une bonne limonade, rafraîchissante et pétillante. L'histoire ne s'embourbe plus dans des considérations sentimentales, mais développe habilement les personnages amorcés dans le précédent film et que l'on retrouve ici avec plaisir et presque nostalgie.
Même si je n'ai pas eu la chair de poule qui m'avait parcouru lors des dernières séquences de l'AUBERGE ESPAGNOLE, cette suite est bien meilleure.

En deux mots: Tantôt frais et léger, tantôt plus dramatique et intense, ce film s'avale d'un coup avec le sourire. Une excellente comédie française.




--14/20--

# Posté le lundi 06 juin 2005 19:01

Modifié le lundi 19 septembre 2005 03:58

FAMILY LIFE - Ken Loach

FAMILY LIFE - Ken Loach
Film britannique avec Sandy Ratcliff, Bill Dean, Grace Cave(1971).

































Résumé: Janice étouffe. Elle est coincée entre des parents qui la croient incapable de se comporter en adulte et des médecins incompétents qui la croient souffrante de maladie mentale. Lorsqu'elle tombe enceinte, sa mère l'oblige à avorter malgré ses convictions religieuses. Dépressive, elle se replie sur elle-même et devient quasiment mutique. On la croit alors atteinte d'une déficience incurable...

Un film absolument terrible qui critique les thérapies actuelles et l'enfermement des malades mentaux en prenant en considération le mouvement antipsychiatrique anglaise de l'époque. C'est un exemple frappant du comment l'être humain peut souffrir de sa non adéquation avec son environnement et la société. Janice n'est de toute évidence pas malade, mais c'est le monde qui l'entoure qui lui colle cette étiquette. Elle est simplement trop faible pour se défaire des tiraillements que lui obligent ses parents. "Fais ce qui est bon pour toi mais n'oublie pas de faire cela." ou "Amuse-toi mon enfant mais si tu as une bonne note à l'école tu auras un cadeau." Entre les exigences d'une société et son bonheur, son épanouissement personnel, Janice ne peut pas décider. Elle ne veut pas décevoir ses parents, elle fait ce qu'ils disent (l'avortement) mais en même temps ne peut pas l'accepter.
Sa dépression et son repli sur soi sont alors un moyen de se défendre, un moyen de se libérer, de ne pas entrer dans le moule, de faire les choses comme elle le sent. De ne pas être rangée comme les maisons des banlieues londonniennes.
L'absence de musique et l'aspect froid très documentaire de la réalisation renforce l'impact du film. Absolument magnifique.

En deux mots: Une critique et une analyse de la psychiatrie et de l'enfermement de l'être humain.




--15/20--

# Posté le mardi 07 juin 2005 04:56

Modifié le lundi 19 septembre 2005 03:57

8 FEMMES ET DEMI - Peter Greenaway / TRANSIT PALACE - Pawel Pawlikowski

8 FEMMES ET DEMI - Peter Greenaway / TRANSIT PALACE - Pawel Pawlikowski
8 FEMMES ET DEMI, film britannique avec John Standing, Matthew Delamere, Shizuka Inoh, Vivian Wu et Toni Collette.



















Résumé: Un père et son fils se retrouvent seuls dans leur résidence de Genève après la mort de la mère. Ils décident alors de réunir 8 femmes et demi pour remplir les chambres vides et ainsi assouvir tous leurs fantasmes dans ce bordel international.

Bizarre, ce film est bizarre. Véritable essai sur le sexe et le cinéma, ce film déroute dès les premières minutes. Surréaliste aussi, les femmes sont toutes plus décalées les unes que les autres, un bon point pour Toni Collette (SIXIEME SENS, MURIEL) toujours parfaite. Un film à voir, ne serait-ce que pour son aspect plastique et son esthétique particulière. Je reprocherais juste le fait de ne pas avoir écrit véritablement un récit qui tienne la longueur, le film a vraiment du mal à captiver durant plus d'une heure trente, malgré de très bonnes idées de mise en scène. Dommage que la réflexion ait été privilégiée. Le film peut donner l'impression à certains spectateurs qu'il n'a été réalisé que dans le but de satisfaire les fantasmes d'un réalisateur qui se touche le zizi, ce que je ne pense pas.

En deux mots: Un petit film indépendant loin d'être un bijou mais d'une rigueur dans la mise en scène qui frise le génie.



--14,5/20--


TRANSIT PALACE, film britannique avec Dina Korzun et Paddy Considine (2001).

Résumé: Une femme quitte la Russie avec son fils pour l'Angleterre afin de rejoindre son nouveau fiancé. Mais ce dernier est absent à leur arrivée. Ils se retrouvent avec le statut de réfugiés et son transférés dans une station balnéaire déserte. A l'aide d'un dirigeant de salle de jeux, ils vont essayer de quitter ce lieu de transit.

Une très, très belle histoire. Toute simple, sans fioritures, elle se suit agréablement, pratiquement sans défauts. La réalisation est excellente, les images ont la couleur de l'eau et du regard de l'enfant. Un film très frais mais à la tonalité mélancolique, servi par des acteurs extraordinaires. Je ne m'attendais vraiment pas à ça. Plusieurs fois récompensé, il est malheureusement passé inapercu.

En deux mots: Une histoire d'amour impeccable.




--15/20--

# Posté le mardi 07 juin 2005 06:52

Modifié le lundi 19 septembre 2005 03:56