Orange Mécanique

Orange Mécanique
Anthony Burgess a confectionné un argot d'adolescent qu'il a appellé Nadsat. C'est de l'anglais mélangé à des termes d'argot et de jargon. La source principale de ces termes additionnels est le russe. Il y a tout de même des apports du gitan, du français, de l'argot Cockney/English (dialecte) et d'autres sources telles que le malais et le hollandais (possible via l'influence hollandaise sur le malais)et sa propre imagination. La grande quantité de mots russes dans le Nadsat est expliquée dans le livre comme étant la cause de la propagande et des techniques de pénétration subliminale. C'est probablement à cause de la guerre froide (qui était presque " brûlante" au moment où Burgess écrivait Orange Mécanique) que le monde d'Orange Mécanique bascule dans l'escalade de la violence.

Toltchocke = gifle,coup
Rassoudock = crâne,esprit
Orange = Homme
Moloko = lait
Maltchick = jeune garçon
In-out-in-out = Ca va-ca vient
Droog = ami
Devotchka = fille
Baboochka = vieille femme

Source: http://perso.wanadoo.fr/thierry.roy/fdecouv.htm

# Posté le samedi 11 juin 2005 11:39

Modifié le samedi 11 juin 2005 11:55

BARRY LINDON - Stanley Kubrick

BARRY LINDON - Stanley Kubrick
Film américain avec Ryan O'Neal, Marisa Berenson, Patrick Magee, Hardy Kruger, Diana Koerner et Léon Vitali (1976).

"Il est certain que les scènes les plus fortes, celles dont vous vous souvenez, ne sont jamais des scènes ou les gens se parlent, ce sont presque toujours des scènes de musique et d'images. Ce serait intéressant de voir un film entièrement réalisé ainsi..."

Stanley Kubrick, 1972




Résumé: Le jeune orphelin Redmond Barry, convaincu d'avoir tué en duel le prétendant de sa cousine bien aimée, fuit son pays et finit par s'enroler dans l'armée anglaise...

Adapté d'un roman du XIXème siècle écrit par William Thackeray, BARRY LINDON raconte la vie d'un homme qui prend place au XVIIIème siècle. Le film ne remporte pas le succès attendu par le cinéaste, les spectateurs étant habitués à de la science-fiction (Docteur Folamour, Orange Mécanique, 2001). Mais comme la plupart des chef-d'oeuvres et des bons vins, il vieillit en se bonifiant: il est selon moi le deuxième meilleur film de Kubrick après 2001: L'ODYSSEE DE L'ESPACE. Il remporte quatre Oscars, parmis les rares récompenses que le réalisateur gagnera au cours de sa carrière: Meilleure Direction Artistique et Décors, Meilleurs Costumes, Meilleur Arrangement Musical et, bien évidemment, Meilleure Photographie, sans doute la meilleure de l'histoire du cinéma. Kubrick a en effet voulu un éclairage naturel pour toutes ses scènes, que ce soit en extrieur ou en intérieur, à la lueur des chandelles. Pour réaliser cet exploit technique et artistique, la NASA lui a prêté des objectifs Zeiss spéciaux cent fois plus rapides que ceux utilisés habituellement. Le résultat est absolument bluffant de beauté.
Les costumes sont des reproductions de véritables vêtements d'époque et les plateaux de tournage sont situés dans de véritables châteaux ouverts au public. La musique, inoubliable, est empruntée à Bach, Haendel, Mozart ou encore Vivaldi. Notons que Kubrick n'a jamais (ou alors je ne suis pas au courant, je ne sais pas tout de lui) composé de musique originale pour ses oeuvres (maintenant que j'y pense, peut-être pour EYES WIDE SHUT? Je ne sais pas...). En bref, la magnificence visuelle de ce long métrage n'a jamais été égalée depuis pour un film d'époque.
La mise en scène est comme toujours chez le génial cinéaste parfaite, on reconnaît dès les premières minutes la patte très particulière de Kubrick, des plans composés minutieusement comme des tableaux et de très lents et longs travellings arrières ou zoom-out, qui composent la majorité du temps du film. C'est une fresque, une immense galerie de tableaux qui se déroule sous nos yeux.
L'une des plus grande force de BARRY LINDON est de nous montrer à quel point l'Histoire est violente et cruelle pour nos personnages, un destin que nous connaissons déjà, un fatum implaccable contre lequel nous ne pouvons pas nous défaire. En effet, le narrateur nous prévient d'emblée sur l'avenir du protagoniste: "Edmond Barry finira seul, pauvre et sans enfants." La famille de Barry est une des nombreuses familles malheureuses du cinéma de Kubrick. Tout le film est ainsi une ironie, accentuée par les zoom-out et travellings arrières. Les personnages sont au centre de l'image, puis au fur et à mesure que la caméra recule, on nous dévoile d'autres personnages. Les protagoniste de l'histoire sont sous les projecteurs de l'histoire mais pas de l'Histoire avec un grand H. Un autre zoom-out nous montre Barry au milieu d'une armée rangée marchant au pas. Barry est le protagoniste du film, mais est pris dans un mouvement qui ne concerne pas que lui. Remarquable.

En deux mots: Un Kubrick qui frôle de très près encore une fois la perfection.




--18/20--

# Posté le dimanche 12 juin 2005 05:09

Modifié le lundi 19 septembre 2005 03:51

FULL METAL JACKET - Stanley Kubrick

FULL METAL JACKET - Stanley Kubrick
Film américain avec Matthew Modine, Adam Baldwin, Vincent D'Onofrio, Lee Ermey, Dorian Harewood, Arliss Howard (1987).




















Résumé: En Caroline du Sud, de jeunes marines font leur apprentissage dans un camp militaire instruit par un impitoyable sergent. Huit semaines en état de choc au bout desquelles Guignol, La Brute, Baleine, Blackboule, Cowboy et plein d'autres sont devenus des machines à obeillir sans sourciller, des machines à tuer. Envoyés au Vietnam, le groupe participe alors à la grande offensive du Têt.



"Blood! Blood! Blood! Kill! Kill! Kill!"

Adapté du roman "Le Merdier" de Gustav Hasford sur la guerre du Vietnam, FULL METAL JACKET est un film extrêmement antimilitariste et pacifiste. Lee Ermey, ancien entraîneur des marines, sera tout de suite engagé comme acteur. Sa performance exacerbée et exagérée en gueulard sergent est un chef-d'oeuvre à elle toute seule. Je ne suis pas friand de ce genre de long métrage, les films de guerre ne m'ayant jamais vraiment passionné. Mais il faut dire que je suis resté bouche bée devant le traitement de Kubrick et sa mise en scène encore une fois magistrale.
Dès les premières images, le ton est donné et tout comme pour BARRY LINDON, on reconnaît immédiatement la patte du maître. Une série de têtes se trouvent rasées. Les cheveux qui sont les marques de la personnalité, de l'individualité, de l'anti-conformisme sont supprimés d'emblée. Comme également pour effacer tout soupçon de feminité de la masculinité. Chez les marines, on forme des bêtes, des machines, des robots. Tout le monde est pareil, tout le monde s'habille pareil, tout le monde doit ressentir la même chose et faire la même chose: tuer. Un entraînement obsessionnel et un endoctrinement idéologique, une répression de la sexualité accentuée par un amour inconditionnel porté pour son arme (les soldats doivent lui donner un nom et en prendre soin comme d'une femme).
Le film est divisé en deux parties symétriques sur le même modèle que celui d'ORANGE MECANIQUE: les évènements de la première partie trouvent un écho dans la seconde partie. Elles sont reliées entre elles par un personnage. Cependant le lavage de cerveau initié dans la première partie continue et est aboutie dans la seconde. De toute évidence, le thème du film est la tête, la guerre n'est pas seulement celle du vietnam mais aussi celle qui se déroule dans le cerveau, tout comme le montre l'affiche du film: un casque avec l'inscription "Born to kill" et le symbole pacifiste, deux façon de penser sous un même crâne dépourvu de cheveux, deux pulsions contraires qui font touta la force du film. Encore du grand cinéma cérébral, qui ne se contente pas d'aligner les scènes de guerre pour divertir, contrairement à ce qu'à pû nou offrir malheureusement Spielberg (je me fais toujours des ennemis quand je dis ça!).
Chez Kubrick, pas de happy end hollywoodien sur la bêtise humaine, mais des dépouilles sans vie, d'autant plus que la violence y est très réaliste. Encore un grand film signé ce cher Stan, mon film de guerre préféré et peut-être même le meilleur de tous les temps. Décidemment, rien ne l'a arrêté. Moi qui n'aime pas ce genre de film, j'ai été séduit, et surtout par la première partie dans le camps des marines.

En deux mots: Une leçon de cinéma, du grand art!




--16/20--

# Posté le dimanche 12 juin 2005 09:53

Modifié le lundi 19 septembre 2005 03:51

EYES WIDE SHUT - Stanley Kubrick

EYES WIDE SHUT - Stanley Kubrick
Film américain avec Tom Cruise, Nicole Kidman, Sydney Pollack (1999).
























Résumé: William et Alice Harford se rendent à une soirée organisée par un milliardaire. Tandis que l'un doit soigner une fille victime d'une overdose, l'autre repousse les avances d'un riche Hongrois. Excités par leurs rencontres respectives, ils rentrent chez eux et font l'amour. Mais Alice révèle à son mari sa passion, platonique, qu'elle a partagée avec un officier de la marine...

Stanley Kubrick n'aurait pas pu nous offrir meilleur film pour son testament. Adapté de la "Traumnovelle" d'Arthur Shnitzler, le long métrage est difficile à décrire de par sa complexité psychologique, mais qui "explore l'ambivalence sexuelle d'un couple heureux et tente de comparer l'importance des rêves et des rapports sexuels hypothétiques avec la réalité".
Le parcours de William Harford de nuit dans les rues de New-York pleines de malfrats est jonché de toutes les obsessions du cinastes qui ont été autant de moteurs tout le long de sa carrière, comme la mort ou le sexe. Deux thèmes intriqués (le rapport sexuel qui donne la vie mais aussi la mort, le sexe est ce qui permet à l'être humain d'échapper en partie à la mort, etc...) qui se succèdent et s'altèrnent comme une danse, comme une valse durant plus de deux heures. Mais au bout de ce voyage (le voyage, point commun avec 2001), il y a sa maison, sa femme et ses enfants, le retour chez soi. Un point positif pour un long métrage dont le thème central est la fidélité!
Le fait qu'Alice (merveilleuse scène que celle où elle se regarde dans le miroir, Alice de l'autre côté du mirroir, dans son imaginaire, Alice au pays des merveilles et des fantasmes) ait cette passion pour le marin provoque beaucoup plus que de la jalousie chez William. En effet, il conduit à un véritable aller-retour entre l'imaginaire et le Moi, imaginaire qui est toujours un étranger. Un étranger, quelqu'un ou quelque chose que nous ne connaissons pas. Le point culminant de cette métaphore est atteint lors de la scène de la secte. Avoir des rapports sexuels avec un masque c'est n'être qu'un corps dépourvu d'esprit et de rêves. Parallèle à faire avec la prostituée qui vend son corps sans réellement en cacher sa substance spirituelle, autre "tentation" de l'époux Harford.
EYES WIDE SHUT est à mon sens le film le plus abouti du cinéaste du point de vue de la réalisation. C'est là que le grand angle intérieurs atteint la perfection, ainsi que les mouvements de caméra et l'éclairage, sans oublier la photographie, tout en tonalité douce ocre, qui rend les corps dénudés sublimes, couleurs contrastées et ombres obscures qui installent une perpétuelle dichotomie entre les différentes composantes du psychisme. Je n'ai pas lu la nouvelle de Schnitzler mais je sais que le film respecte scrupuleusement le parcours de l'oeuvre écrite. Les plans sont encore une fois composés avec une minutie hors du commun, pensons à la très belle scène de la danse avec le Hongrois et les visages qui se frôlent sans se toucher. D'une lenteur évidente, voulue, mais nécessaire, le film se vit et se pense, il trifouille dans notre âme pour la décomposer et l'étaler sur la pellicule.
Une dernière oeuvre magistrale, un adieu au cinéma, un dernier constat de l'humain, terriblement pertinent. A voir et à revoir inlassablement, en décomposer les plans, un très très grand film et même plus qu'un film, où tout est sublimé avec un sens de la cinématographie qui n'a jamais été encore égalé. Quel dommage que Kubrick soit mort, j'ai vraiment du mal à me persuader qu'il n'y aura plus de "prochain Kubrick", quel dommage que je sois tombé trop tard dans la marmite du cinéma, quel cinéaste pourra un jour l'égaler? Quel cinéatse pourra faire des films comme ceux-là, des films que l'on regarde sans avoir l'impression de regarder un film? Comme les yeux grands fermés...
Et je ne peux qu'être ému lorsque le film se finit, avec cet ultime dialogue de génie, cette réplique qui tue, ce champs contre champs qui prend fin sur une des meilleurs actrices américaines actuelles. Et c'est quasiment les larmes aux yeux que je me la répète dans la tête:
". . .there's something we have to do as soon as possible,"
"What?"
"Fuck."

En un mot: ADIEU!




--19/20--

# Posté le lundi 13 juin 2005 13:08

Modifié le lundi 19 septembre 2005 03:50

A.I: INTELLIGENCE ARTIFICIELLE - Steven Spielberg

A.I: INTELLIGENCE ARTIFICIELLE - Steven Spielberg
Film américain avec Haley Joel Osment, Jude Law, Frances O'Connor, William Hurt, Brendan Gleeson et en voix off: Ben Kingsley, Chris Rock, Robin Williams, Meryl Streep (2001).

















Résumé: Dans un futur éloigné, la fonte des glaces a recouvert une partie du globe. Les robots font désormais partie de la vie courante de l'homme. Néanmoins, le professeur Hobby décide de concevoir le premier robot capable d'aimer, un enfant qui vouerait un amour infini à des parents en attente d'un permis de grossesse. David en sera le premier specimen. Intégré dans une famille dont le fils naturel est dans le coma, il fait un temps leur bonheur. Mais lorsque Martin sort de état comateux, l'entente se passe mal et la mère prend la décision de l'abandonner...

Je vais faire ici une analyse très détaillée du film. Pour cela, je me suis aidé en partie du livre "Steven Spielberg, Mythes et Chaos" de Jean-Pierre Godard.

A.I. est l'adaptation d'une très courte nouvelle de l'écrivain de S.F. Brian Aldiss "Supertoys last all summer long" (Des jouets pour l'été). Durant plusieurs années, Kubrick et Aldiss ont tenter d'écrire un scénario mais le cinéaste très exigent n'était jamais satisfait et était persuadé du parallèle entre Pinocchio, le pantin de bois qui veut devenir un vrai petit garçon et David, l'androide qui fait tout pour plaire à sa mère mais qui jamais n'y parvient. Peu de temps avant sa mort en 1999, Kubrick fit part de son projet à Spielberg. Malheureusement, le projet resta à l'état de dessins, croquis, fiches et scénarios inachevés.
Poussé par le beau-frère de Stanley, Spielberg décida d'entreprendre lui-même l'écriture du scénario et ainsi réaliser le plus beau des hommages au plus grand des cinéastes. Rebaptisé A.I., le long métrage nous parvient alors comme un rêve de génie, une sorte de suite à 2001: L'ODYSSEE DE L'ESPACE (sorti d'ailleurs en cette année fétiche que Stanley n'aura pas connu), le plus grand projet d'un Kubrick vieillissant et malade. Film de Spielberg ou film de Kubrick? Un peu des deux bien évidemment. Ce qui a dérouté plus d'un spectateur est que l'alchimie des deux réalisateurs ne prend pas malgré tous les efforts de Spielberg. L'un est un maître du divertissement et de l'émotion tandis que l'autre est un maître d'un cinéma plus cérébral et froid. L'aspect "bancal" du film vient de là. Toutefois, si nous faisons un minimum abstraction de cela, A.I. apparaît non seulement comme un excellent film mais en plus comme l'un des plus profond et complexe (et meilleur?) de Spielberg.

"Dans le jardin de Mme Swinton, c'était toujours l'été. Les jolis amandiers étaient perpétuellement en feuilles. Monica Swinton cueillit une rose safran et la montra à David. "N'est-ce pas que c'est joli?" dit-elle. David leva les yeux vers elle et sourit sans répondre. Il saisit la fleur, traversa la pelouse en courant et disparut derrière l'abri où se tapissait la tondeuse, prête à couper, à balayer ou à rouler quand on le lui demanderait. Elle resta seule sur son chemin impeccable jonché de gravier en plastique. Elle avait essayé de l'aimer."

Ainsi commence la nouvelle de Aldiss. De cette dernière, Spielberg ne gardera que le thème: une histoire simple, celle d'un petit garçon qui n'a jamais su plaire à sa mère. Une histoire d'amour rejeté. Une histoire émouvante, qui touche, ce dont David est capable, il peut ressentir des émotions et rêver, et pas seulement ce dont le titre laisse supposer, une seule intelligence. Le film délaisse le schéma spielbergien "début fracassant-envolée finale" mais emprunte à Kubrick sa structure en trois parties strictement séparées (comme 2001) et une lenteur caractéristique qui laisse le temps de la réflexion. Il commence sur le discours du professeur Hobby, concepteur de David et de sa volonté de créer un robot qui pourra éprouver de l'amour. "Dieu n'a-t-il pas créer Adam pour qu'il l'aime?" Hobby a perdu son fils et construit le robot sur le modèle physique de celui-ci pour le remplacer. Pour avoir quelqu'un qui l'aime. David est le fils parfait, idéal "comme sur une photographie, toujours aimant, toujours souriant" comme Alex après sa "rééducation" dans ORANGE MECANIQUE! N'est-ce finalement pas le rêve légitime de tout parent?
La première partie se situe dans la cellule familiale, thème cher à Spielberg. Dans cette famille frappée d'une terrible tragédie, le père est continuellement absent et rejète toute la responsabilité sur la mère, celle qui est liée pour toujours au robot. Aussi, cette première partie possède une forte tonalité Oedipienne. David appelle son père Henry et non pas papa; Martin demande à David de couper une mèche de cheveux de maman comme ça elle l'aimera encore plus, comme dans le film avec le prince. La naissance et la création occupent également une place importante: lorsque Monica s'"imprime" dans le robot, elle doit dire les mots: Cirrus, Socrate, Particule, Décibel, Ouragan, Dauphin, Tulipe. Des mots qui retracent le parcours de la création selon Xavier Depuydt et la scène est baignée d'une lumière très forte venant du ciel. "Tu es ma maman..." Au moment où Monica dit à Henry avant de partir à la soirée (héritage de EYES WIDE SHUT?): "Tu m'aimera encore même si je n'ai plus de ce parfum?" David non seulement s'en embaume pour avoir l'amour de sa mère mais en plus il vide le flacon pour éloigner Henry qui pourrait ne plus aimer sa femme sans ce parfum. Un autre héritage de EYES WIDE SHUT est la scène des toilettes, où Monica se cache le sexe, prenant le robot pour un enfant véritable, alors que dans le dernier Stan, Nicole Kidman urine devant un mari "réel" qui la néglige.
La scène de l'abandon a quelque chose de profondément cruel. La séparation, un autre thème fort chez Spielberg, qui atteint ici sa forme la plus pure. Le film délaisse la mère, le spectateur l'oublie, alors que David ne cesse d'y penser. Il rêve de retourner à la maison (comme E.T!) et de plaire à sa maman, mais pour cela il doit trouver la fée bleue qui fera de lui un véritable petit garçon réel, comme Martin, le fils organique et génétique de Monica.
La deuxième partie est plus kubrickienne déjà dans l'aspect esthétique, les néons rappellent le futur londonnien de ORANGE MECANIQUE, les couleurs criardes et fluorescentes, les véhicules tout en courbes. Dans sa quête, David est aidé par Teddy, son ours en peluche, sa conscience (gemini cricket mécanique, qui a une voix qui ressemble à celle de HAL dans 2001) et par Gigolo Joe, un robot d'amour qui danse comme Gene Kelly, conçu pour donner du plaisir sexuel à sa cliente mais pas pour aimer. Joe se trouve donc être le contraire de David! A la foire à la chair, où les robots sont détruits dans une célébration du vivant, le robot nounou qui ressemble comme deux gouttes d'eau à Monica est sacrifiée, tout en souriant à David. Aucune forme d'amour ne lui est autorisée! Rouge City, ville improbable où les immeubles ont la forme de jambes féminines aguicheuses et écartées, on y accède par un tunnel en forme de bouche, David est avalé comme Pinocchio par la baleine. Il s'en échappera par la voie aérienne, en traversant de nouveau une bouche ouverte, comme Pinocchio à bord de son radeau de fortune.
C'est au cours de cette deuxième partie que l'intérêt du film tombe brusquement. Parce que la quête qui motive David est impossible, la fée bleue n'existe pas mais lui y croit parce qu'on lui en a donné les capacités. On a du mal à s'identifier, à adhérer à cette recherche désespérée. Toutefois, rien n'est vraiment fait pour embarquer le spectateur, comme dans tous les films de Kubrick. Que ne compte la mise en scène hommage et la réflexion sous-jacente.
La vision d'un Manhattan submergé par les eaux est grandiose de poésie. Les effets spéciaux en sont pour beaucoup. La musique de John Williams aussi est à mon avis la plus belle qu'il ait composé pour Steven. Notons un petit emprunt à Strauss au début pour la scène de la cryogénisation, partition que Stanley aurait sans doute utilisée dans le film.
La troisième partie du film est un savoureux mélange des deux cinéastes, c'est le moment le plus étrange du long métrage, un épilogue à rallonge qui rappelle les oeuvres de Kubrick. David est de retour à la maison, il a atteint son but, il peut revoir sa maman, mais cruauté ultime, ce ne sera seulement pour un jour! Le film évoque un cycle, une ronde, un cercle (comme encore dans la plupart des films du regretté génie). Aussi, David est constamment placé dans un cercle: le plan du dîner le montre au travers le néon circulaire (comme une auréole), à la Foire à la Chair il est attaché sur un cercle métallique, la mongolfière mimétise la lune (symbole de Amblin Entertainment), lorsqu'il détruit son double dans le cabinet du presseur Hobby il agite un lampe en formant un cercle autour de lui, lorsqu'il trouve la statue de la fée bleue dans le parc d'attraction il est fait prisonnier par la grande roue, etc...
La scène qui me fait toujours prendre concience de la portée philosophique de ce film est le suicide de David. L'androide a aussi ses profondes névroses! Et puis quelle belle scène, quelle musique magnifique. C'est tout de même d'un pessimisme assez rare chez Spielberg, ce robot en manque d'amour qui veut tout faire pour retrouver celle qu'il croit être sa mère. Et même lorsqu'il est "réveillé" par les robots deux-mille ans plus tard, la statue de la fée bleue s'effondre. Décidemment! Il devient alors pour les habitants de la Terre gelée qui n'ont pas connus les êtres humains disparus, le témoin du génie des hommes et de leur esprit que les robots nous envient. David devient donc le nouvel Adam, le premier en son genre, celui qui détient le secret de la race humaine. Pendant une journée, les androides lui offrent sa mère chérie, une journée hors du temps et de l'espace, où ils sont seuls au monde. David atteint la complétude qui muait son désir. Le moment où Monica lui glisse dans le creux de l'oreille qu'elle l'aime et qu'elle l'a toujours aimé en est le paroxysme. C'est cette scène qui me fait toujours chialer. Les derniers instants sont également emprunts d'une forte tonalité Oedipienne: ils montent les escalirs menant à la chambre main dans la main, ils se couchent dans le même lit. Et c'est à cet instant que David ferme les yeux et rêve, il atteint quelque part une certaine humanité,
malgré la fin qui est loin d'être un happy end.
Spielberg opte pour une mise en scène très classique, ce qui place le film quelque peu en dehors de sa filmographie et également en dehors du temps. C'est ce qui contribuera à mon avis à en faire dans quelques années un classique du cinéma américain. La photographie est splendide et les images très granuleuses, même sur le DVD.

Cependant, je regrette que le scénario n'ait pas mis en avant ce qui fait la force de la nouvelle de Brian Aldiss: le fait que David ne SAIT pas qu'il est un robot. Aussi, je ne peut que penser à ce que le film aurait ressemblé s'il avait été réalisé par Stanley Kubrick. Quelque chose de beaucoup plus froid, j'aurai poussé le vice jusqu'au bout en ne faisant pas jouer David par un être humain (Haley Joel Osment reste époustouflant!) mais par une machine conçue pour le film. Dommage aussi que le titre soit A.I. et non pas Des jouets pour l'été, plus poétique!

""Teddy, je suppose que mamn et papa sont réels, n'est-ce pas?" Teddy répondit: "Tu poses vraiment des questions bêtes, David. Personne ne sait ce que réel veut réellement dire. Rentrons." "Je veux d'abord une rose!" Il cueillit une fleur rose vif et la rapporta avec lui dans la maion. Elle était sur son oreiller quand il alla se coucher. Sa beauté et sa douceur lui rappelèrent sa mère."

Ainsi fini Des jouets pour l'été, de Brian Aldiss. Je pourrais encore parler des heures de ce film, mais je vais arrêter là!

En deux mots: Une oeuvre à part dans la filmographie du cinéaste qui prendra de la valeur avec le temps et le plus beau des hommages à Stanley Kubrick.




--12/20--
ou
--19/20--
(impossible de donner une vraie note aujourd'hui)

# Posté le mardi 14 juin 2005 13:55

Modifié le lundi 19 septembre 2005 03:50