David Lynch

David Lynch
Clayhead with cheese turkey and ants (1991)

# Posté le mercredi 29 juin 2005 04:40

BLUE VELVET - David Lynch

BLUE VELVET - David Lynch
Film américain avec Kyle MacLachlan, Isabella Rossellini, Dennis Hopper et Laura Dern (1986).












Résumé: Jeffrey Beaumont habite Lumberton, une ville paisible. Tout du moins en apparence. Tout bascule le jour où il découvre une oreille dans un champs derrière chez lui. Il s'empresse de la montrer à la police mais décide de mener sa propre enquête. La fille du commissaire l'oriente vers une chanteuse de cabaret, Dorothy Vallens. Une nuit, il s'introduit chez elle et l'épie. Il découvre alors une galerie de personnages dangereux et pervers dont il ne soupçonnait pas l'existence ici...

"C'est un monde bien étrange n'est-ce pas?"

Sans doute mon Lynch préféré après Mulholland Drive et Eraserhead. Dès les premières images, le ton est donné: Lumberton apparaît comme un paradis idyllique, une ville modèle, avec des pelouses soigneusement tondues, un ciel toujours bleu et sans nuage, des habitants heureux et respectueux des règles. Un homme arrose son jardin, puis le cinéaste porte don attention sur des détails comme le tuyau de l'arroseur qui reste coincé à un arbuste, puis l'homme s'écroule, il a une crise cardiaque. Puis la caméra plonge dans l'herbe et fait un gros plan sur des insectes grouillants comme des bêtes sauvages voraces. Le tout sur la chanson mieleuse "Blue Velvet". Et là, déjà un plan de génie, l'homme par terre, le chien qui boit l'eau de l'arrosoir et un bébé qui déambule le long de l'allée. C'est du Lynch et ça sera bon.
Mais Lumberton n'est qu'un décor, la face visible d'une ville plus sombre, pleine de voyoux et de malfrats. La narration du film est limpide, l'univers du cinéaste s'organise et devient compréhensible. On y voit plus clair avec Blue Velvet, mais il reste très inventif et unique. On reconnaît vraiment son style des le début, comme avec tous les grands maîtres. Le point de départ de l'intrigue est cette oreille découverte dans l'herbe, une image aussi atroce que belle. Avec cette oreille, le protagoniste entre dans un autre monde, il passe de l'autre-côté du miroir. On retrouve comme dans Eraserhead ce même mouvement de caméra qui pénètre dans un orifice, ici le trou de l'organe coupé. On suit avec un plaisir certain les risques pris par le personnage et on se laisse surprendre par les événements qui n'arrivent pas comme prévu.
Pourquoi existe-t-il des gens comme Frank dans le monde? Blue Velvet est assez pessimiste en ce qui concerne la nature humaine, comme dans pratiquement tous les films de Lynch. On retrouve également ici une foule de détails et d'objets propres au cinéaste comme les lampes qui grésillent, le play back, des personnages décalés et bizarres, des situations choquantes (comme la prelière visite de Frank), bien que tout cela tienne dans une histoire tout à fait réaliste et crédible. Ce film est réellement une parfaite alchimie et se révèle être pour moi un chef-d'oeuvre qui, ais-je besoin de le rajouter, captive du début à la fin sans temps mort bien que le rythme sois assez lent.
La musique est de Badalamenti est d'excellente facture, on reconnaît aussi son style très particulier et son amour prononcé pour le synthétiseur. La photographie de Frederick Elmes est très belle, avec des couleurs parfois très saturées et les lumières sont magnifiques, comme celles de l'appartement de Dorothy. Les cateurs jouent tout en finesse et j'aime surtout le jeu de Isabella Rossellini, parfait.
Mais ce que j'aime aussi chez Lynch et qui est particulièrement important dans ce film, c'est l'opposition entre la violence et la noirceur de certaines situations et l'aspect kitsch d'autres situations qui sont vraiment utilisés sans le moindre complexe. Comme cette belle scène entre MacLachlan et Dern où elle raconte son rêve d'espoir sur le monde sur fond de musique d'église ou encore la fin avec l'apparition du rouge-gorge factice. Une conclusion quelque peu optimiste donc. On retrouvera tout cela dans un autre film de Lynch qui poussera à l'extrême l'opposition violence-fleur bleue: Sailor et Lula.

En deux mots: Le premier grand film de Lynch élu film culte, qui surprend, trouble, choque et hante longtemps.




--17,5/20--

# Posté le mercredi 29 juin 2005 08:30

Modifié le lundi 19 septembre 2005 03:44

BLUE VELVET - David Lynch

BLUE VELVET - David Lynch
Un plan de génie dans le prologue de Blue Velvet.













Une composition étonnante, amusante, dérangeante, bizarre. La preuve du génie de Lynch qui tord le réel et confère à plusieurs scènes cet aspect des plus étrange. Un homme, le père de Jeffrey Beaumont est victime d'une crise cardiaque, il s'écroule inconscient sur la pelouse qu'il était en train d'arroser. Son chien se délecte alors de l'eau qui jaillit du tuyau. Et cet enfant sur l'allée, que fait-il là? Rien ne l'explique, on ne le revoit plus, mais c'est cet élément auquel il fallait penser qui donne à la scène à priori classique le cachet particulier du cinéaste. Ajoutons que la musique, douce et aux voix multiples, est complètement en décalage par rapport à la situation. A mon avis l'un des meilleurs prologues au cinéma. A voir et à revoir inlassablement pour en apprécier toutes les subtilités!

# Posté le mercredi 29 juin 2005 08:53

David Lynch

David Lynch
Wounded Man As A Tree Creating Bugs
(1996, 167,6 x 167,6 cm)
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 29 juin 2005 17:14

SAILOR ET LULA - David Lynch

SAILOR ET LULA - David Lynch
Film américain avec Nicolas Cage, Laura Dern et Willem Dafoe (1990).





















Résumé: Sailor aime Lula et Lula aime Sailor. Un amour passionnel qui brûle et se consume. Mais une tragédie les sépare: Sailor tue à mains nues un homme qui les a offensé et se retrouve en prison. A sa libération conditionnelle, la mère de Lula ne supporte pas l'idée de voir sa fille avec ce meurtrier et envoie un tueur à gage régler l'affaire...

"Sailor et Lula est une histoire d'amour qui passe par une étrange autoroute dans le monde moderne et tordu." David Lynch

Il est des films de Lynch qui sont de purs objets de fascination, c'est le cas de tous les films du cinéaste déjà traités ici et dont Sailor et Lula fait partie. Mais ce film, bien qu'étant tout à fait "lynchéen", porte en lui moins de mystères et de bizarreries. Mais il ne décevra en aucun cas les fans car on y retrouve tout à fait le style particulier du génie. Ce n'est pas une simple histoire d'amour qui est contée ici, ni un banal road movie. Le jury du Festival de Cannes de 1990 ne s'y est pas trompé en lui attribuant la Palme d'Or tant convoitée. Parce que Sailor et Lula porte toutes les marques d'un très très grand film. Film choc ou conte de fée?
D'abord parce que Sailor et Lula sont deux personnages géniaux, ils forment un couple unis pour le pire et pour le meilleur, dans le pire des mondes. Les compositions de Nicolas Cage et de Laura Dern, cette dernière surjouant un côté très "Betty Boop", donnent au film la spécificité dont il a besoin pour sortir des sentiers battus. C'est le film d'un amour très puissant, très charnel aussi, presque violent, un amour qui s'épanouit dans un monde dangereux, une rose qui fleurit en Enfer. Aussi les protagonistes vacillent comme la flamme d'une bougie entre deux univers très différents. Tantôt leur passion se soude, indestructible, inébranlable, lors de leurs virées en voiture le long des autoroutes (une constante thématique chez Lynch), tantôt elle est mise à mal et menace de sombrer lors des pauses et des rencontres. Deux mondes, leur monde et celui des autres, dans leur monde ils ne sont que deux et dans celui des autres ils ne peuvent trouver de l'aide. Leur monde se suffit à lui seul. Ils sont libres et le symbole de cette liberté (illusoire?) est la veste en peau de serpent de Sailor.
Le couple n'est malheureusement pas qu'assailli par la mère de Lula et sa horde de malfrats, mais aussi par leur passé, douloureux pour eux deux et qui semble encore cacher de nombreuses choses (à qui appartient ce rire que Lula croit entendre lors de l'incendie?). Le personnages ont une histoire et font partie d'un monde cohérent et dingue, telle est l'une des plus grandes réussites du film. Des personnages, il y en a toute une galerie comme d'habitude chez Lynch, et une galerie des plus burlesque, de Bobby Peru à l'homme à la voix aigrelette rencontré en discothèque, des gens comme jamais on en a rencontré. C'est souvent kitsch, mais assumé.
Une méchante sorcière les guette, elle regarde dans sa boule de cristal, fend l'air de son balais et maudit tout ceux qui s'éloignent de la route. Au moment où le film bascule, Lynch nous offre la plus belle scène du film, celle de l'accident de voiture. La mort va alors envahir le film, elle qui n'en faisait que très peu partie. Sailor et Lula appercoivent la réalité en face. Jusqu'à la fin, heureuse (contrairement au livre dont le film est inspiré je crois) et à l'apparition de la gentille fée qui guide Sailor sur le chemin de l'amour. Celui-ci chante alors à sa bien aimée la chanson d'amour ultime, love me tender. Ici l'opposition violence-fleur bleue du film est transcendé et poussé à l'extrême, ce qui peut évidemment dérouter le spectateur (voir ci-dessus la critique de Blue Velvet). Mais Lynch s'y est risqué et cela confère à l'oeuvre sa dimension si singulière et difficile. Car à mon avis c'est une oeuvre assez difficile.
Qui dit cinéma de Lynch dit forcément détails et ce film en regorge, ainsi que des scènes délirantes comme la tête de Bobby Peru qui s'envole pour s'applatir par terre, le visage de la mère de Lula recouvert de rouge à lèvre (et ce regard vers la caméra), son goût prononcé pour le gore (dès le début du film), les chansons (comédie musicale presque, comme d'habitude) et surtout celle de la discothèque avec les filles qui hurlent, des détails toujours des détails obsédants comme le vomi de Lula, et du kitsch dont le sommet est l'apparition de la fée à la fin du film. Sailor et Lula est un film déroutant, c'est le cas de le dire, une belle histoire d'amour entre deux personnages mythiques, déjantés, absurdes.

En deux mots: Palme d'Or à Cannes en 90, un Lynch plus classique mais la consécration d'un maître qui se surpasse. Du grand art.




--16/20--

# Posté le jeudi 30 juin 2005 08:55

Modifié le lundi 19 septembre 2005 03:43