"Vous prendriez bien un verre de lait?"
Résumé: Minami et Ozaki sont deux yakuzas inséparables depuis que le second a sauvé la vie du premier. Ozaki ne supporte plus le stress de son existence de criminel et présente des signes de paranoïa aggravée. Alors qu'il soupçonne un chien d'être anti-yakuza, son boss décide qu'il est temps de l'envoyer ad-patres et demande à Minami de l'emmener à Nagoya et de s'en débarasser. En route, Ozaki disparaît mystérieusement. -Résumé allôciné-
Voilà, j'ai enfin pu voir Gozu, le film le plus génialement barré que j'ai jamais vu. Ce cinéma là n'a vraiment rien d'amateur, un subtil mélange d'extrême violence, voir parfois d'horreur (certains passages font froid dans le dos), et de poésie, où la galerie de personnages la plus improbable côtoie la comédie la plus grotesque. On pense immédiatement à Lynch, dans la façon de présenter les situations, dans la façon d'agir des protagonistes. Gozu constitue une sorte de bible où tous les codes de Miike y sont référenciés. On retrouve ainsi de nombreux thèmes déjà traités dans d'autres de ses films, des obsessions, des images. Voir Gozu revient donc à chambouler la vision que l'on a du cinéma.
La scène d'ouverture relève du génie. Ozaki soupçonne un chien de comploter contre son clan des yakuzas et le tue en le jetant par terre, contre le mur après l'avoir fait tournoyer dans les airs avec sa laisse. C'est choquant et drôle à la fois. On se dit alors qu'on va avoir droit à un très grand Miike, déjanté et décalé à souhait. Et le reste du film ne déçoit pas. Toujours aussi fort et rigoureux dans sa mise en scène, le cinéaste nous emporte dans un tourbillon d'images fortes et bizarres, à mi-chemin entre rêverie et réalité. On rencontre en chemin une aubergiste qui vend du lait qu'elle extrait soigneusement de ses seins, un chef de clan qui s'enfonce une louche dans l'anus pour avoir des érections convenables (sa mort est d'ailleurs digne de figurer dans les annales), une casse pour yakuzas qui récupère les viscères et suspend l'épiderme pour le sécher comme un vulgaire costard, et encore d'autres surprises réservent le spectateur aventureux et amateur de sensations fortes. Car il faut avoir le coeur bien accroché, la séquence finale est d'une atrocité rarement atteinte: une femme accouche, non pas d'un bébé, mais d'un homme. Une scène absolument abominable qui fait passer la scène de la torture d'Audition pour une bonne blague. Une scène qui reflète aussi toute la passion de Miike pour son univers bien à lui, qui n'appartient à personne d'autre et qui culmine ici, paroxysme de son cinéma extrême.
Alors osez franchir le pas, embarquez pour Nagoya et arrêtez vous quelques instants boire un peu de lait. Ca fait du bien, c'est frais. Mais surtout, surtout, attendez vous à reconsidérer tout le septième art. Une claque importante qui fait date.
En deux mots: Décalé, déjanté, givré, drôle, effrayant, bizarre, Gozu est un chef-d'oeuvre inclassable par le maître japonais Miike. Décidément l'un de mes réalisateurs favoris.
--16/20--




