L'ESQUIVE - Abdellatif Kechiche

L'ESQUIVE - Abdellatif Kechiche
Film français avec Osman Elkharraz, Sara Forestier, Sabrina Ouazani (2004).






















Résumé: Krimo, 15 printemps, vit seul avec sa mère dans une cité HLM de la banlieue parisienne. Introverti, tranquille, adolescent, il tombe amoureux de sa camarade de classe pour qui il apprendra même par coeur les vers de Marivaux qu'il ne comprend pas...

J'aime le cinéma. Je m'y rend comme certains se rendent à l'Eglise. Je savoure un film comme certains dégustent une glace. Et j'en découvre d'autres comme certains comprennent le sens des choses du monde. S'il existe un Dieu du cinéma, je le remercie alors de temps en temps me permettre de mettre la main sur des perles. Le film intimiste d'Abdellatif Kechiche en est une.
A sa sortie j'étais perplexe, malgré une presse qui ne cessait d'encenser le long métrage. A la cérémonie des Césars, ma curiosité avait pris de l'ampleur, merde alors, quatre Césars, dont deux très prestigieux, celui du Meilleur Film et celui du Mailleur Réalisateur. Sur Allôciné, le site de référence sur le cinéma que tout le monde connait, les critiques sont mitigées. J'ai donc abordé l'oeuvre avec l'oeil (et l'oreille) le plus aigu et aiguisé possible, à la recherche du dérapage, du défaut, de ce qui me ferait détester le film. Puis je me suis laissé aller, comme on glisse sur un toboggan, comme on dévore les pages d'un livre. Et les deux heures sont passées à une vitesse ahurissante. J'ai dû alors m'avouer séduit et conquis. Explications.
Je savais dès le départ que le langage des jeunes de banlieue n'allait pas être une source de négativité car on ne critique pas un film sous prétexte que les personnages s'expriment dans un parlé différent. C'est comme si on disait qu'un film avec des chinois est nul parce qu'ils ont tous un accent chinois. Non. Mais lorsque le scénario met en parallèle ce langage avec celui d'une oeuvre littéraire, tout prend alors une autre dimension. C'est même bien vu de la part du réalisateur! En cela la scène d'ouverture est géniale, où l'on voit des adolescents en rond en train de jurer. "nique ta mère" "nique ta race" "bouffon" On se demande alors si le parlé de la cité n'est pas également une manière de s'exprimer à part entière et légitime. C'est finalement un langage comme un autre, avec sa grammaire et ses codes. La comparaison avec Marivaux est pertinente car elle place aussi le microcosme jeune face à la culture: lire élève l'esprit, ouvre au monde, permet de comprendre ce qui se passe sur Terre. Mais le film ne se veut absolument pas moralisateur, certains adolescents finiront aussi mal dans leurs rêves de bonheur. Car nous recherchons tous le bonheur, que nous soyons pauvre, modeste, riche, blanc, noir, beurre, etc...
Et nous tombons tous amoureux aussi. C'est un sentiment humain. L'analyse est fine, subtile, tout en pudeur, touchante même par moment. C'est peut-être parce que je suis un mec, mais on s'identifie parfaitement à Krimo. On comprend ce qui fait sa personnalité, on s'insinue dans sa tête, rien ne nous empêche de comprendre. Et pourquoi Lydia ne sait pas ce qu'elle veut? Pourquoi hésite-t-elle à donner une réponse au garçon? Parce qu'elle est amoureuse et parce qu'elle a peur de la réaction des autres gars de la cité. C'est en partie ce que j'ai retenu de ce film formidable: comment deux êtres amoureux peuvent parfois s'esquiver, une ébauche d'histoire, un espoir embryonnaire, des regards qui se repoussent comme des aimants (amants). En cela le titre est génial, c'est l'histoire d'une esquive toute douce. La dernière scène est parfaite car elle résume le film mais les rôles sont inversés: peut-être Lydia est-elle venue dire à Krimo qu'elle l'aime, mais c'est lui cette fois-ci qui l'ignore. Le long métrage s'achève alors sur une ultime esquive. Magnifique.
On est loin du cliché wech wech, la scène avec la police, même si elle peut ne pas être réaliste, je ne sais pas, je ne vis pas dans une cité, a au moins l'avantage d'être intense et énervante. La mise en scène, sans faire preuve de coup de génie, est efficace, simple, témoigne tout de même d'une certaine maîtrise. Osman Elkharraz dans le rôle de Krimo est convainquant, toujours bon et touchant parfois. Sara Forestier n'est pas issue de ce milieu mais, il faut l'avouer encore, joue avec beaucoup de talent. Un César amplement mérité donc.
Et la professeur de français ne nous donne-t-elle pas une formidable leçon de vie en criant à Krimo: "lâche-toi! tu es heureux, tu t'amuses, sors hors de toi, laisse-toi aller!" ?

En deux mots: Un film sensible, touchant, subtil, en un mot, RARE. Sur le Coran putain, un film que tu ne l'oublieras pas de sitôt mon frère!




--19/20--

# Posté le jeudi 15 septembre 2005 10:10

Modifié le samedi 17 septembre 2005 11:42

ETAT DES LIEUX

ETAT DES LIEUX
Manque de couleurs?
Mal écrit?
Inintéressant?
Ennuyeux?

Mises à jour irrégulières?
Présentation monotone?
Manque d'intéractivité?















Petit état des lieux. Parce que je visite de nombreux blogs ciné qui me semblent largement supérieurs au mien, mais je ne veux pas plagier ni copier les idées, la mise en page, les sujets. Celui de Théo (cine-world), d'Alexis (bigours47), de cinefans2005 ou encore cine-mwa, merovingien, celui de rudy (steevestifler) ou de Clementine (critiques-cinema) me paraissent vraiment des blogs très aboutis (et encore j'en oublie d'autres).

Comment corriger les défauts de mon blog?
Dois-je supprimer le sommaire et inverser l'ordre des articles?
Dois-je aller au-delà de simples critiques?

Merci de votre aide à tous!
Tom

# Posté le vendredi 16 septembre 2005 06:47

Réaction à chaud: THE ISLAND - Michael Bay

Réaction à chaud: THE ISLAND - Michael Bay
Film américain avec Ewan McGregor, Scarlett Johansson, Steve Buscemi, Micheal Clarke Duncan, Djimon Hounsou et Sean Bean (2005).


















Résumé: D'ici quelques décennies...Lincoln Six-Echo et sa camarade Jordan Two-Delta font partie des centaines de Produits d'une immense colonie souterraine où la vie est étroitement surveillée et régie par des codes très stricts. Le seul espoir d'échapper à cet univers stérile est d'être sélectionné pour un transfert sur "l'Île". A en croire les dirigeants de la colonie, l'Île serait le dernier territoire à avoir échappé à la catastrophe écologique qui ravagea notre planète quelques années auparavant et en rendit l'atmosphère à jamais irrespirable... Lincoln, comme la totalité de ses congénères, a longtemps cru à ce paradis. Mais depuis quelque temps, des cauchemars récurrents troublent ses nuits, et le jeune homme commence à s'interroger sur le sens de sa vie et les restrictions faites à sa liberté. Poussé par une curiosité tenace, Lincoln découvre bientôt l'atroce vérité... -Résumé Allôciné-

The Island fait partie de ces films dont le résultat final est gâché par la volonté de faire du business. Pourtant le scénario était prometteur, mais dommage qu'il ne soit pas développé d'avantage dans la première partie, la plus intéressante. Lorsque le spectateur commence à comprendre les rouages de l'histoire, il pense obligatoirement à Matrix, plus intellectuel et philosophique. On pense aussi à THX 1138, le film au blanc stérile de George Lucas, le blanc qui symbolise l'innocence et la virginité. Cependant Michael Bay survole ce qui aurait pu être traité avec plus de pertinence, il passe à côté d'un potentiel certain.
A défaut d'approfondir et de complexifié la personnalité des deux personnages principaux, il met le paquet au niveau du visuel, on reconnaît la patte du cinéaste, ralentis, plongées et contre-plongées vertigineuses, musique dantesque, photographie exceptionnelle, orangée et dorée du soleil couchant. Autant la première partie est assez bien maîtrisée, autant on s'ennuie un tantinet lors de la seconde, plus violente et bourrine mais moins travaillée. On assiste également à une déferlante de marques déposées, un florilège qui caractérise la plupart des films de science fiction aujourd'hui malheureusement. Mais bon, cela ne me dérange pas plus que ça, car ce défaut (?) aide le spectateur à mieux identifier l'environnement qui est décrit sur l'image. On pourrait presque y croire, l'histoire tient tout de même suffisament la route pour être suivie avec attention.
Ewan McGregor et Scarlett Johansson crèvent l'écran en formant un couple parfait, bien que j'ai eu un peu de mal à comprendre ce qui fait leur personnalité. Après un Armaggedon gnangnan mais très divertissant et émouvant, Michael Bay nous offre un film hybride, entre long métrage (pseudo?) intellectuel et un film à l'action très (trop?) inutile.

En deux mots: Un scénario sous développé mais intéressant pour un film qui se veut surtout commercial. Dommage.




--12/20--

# Posté le lundi 19 septembre 2005 05:38

MATRIX - Wachowski Brothers

MATRIX - Wachowski Brothers
Film américain avec Keanu Reeves, Laurence Fishburne, Carrie-Anne Moss (1999).


































Résumé: Thomas Anderson, programmeur et pirate informatique sous le pseudonyme de Neo, mène une existence à cheval entre la réalité et le cyber-space. Jusqu'au jour où il est contacté par Morpheus par l'intermédiaire d'un autre pirate, une femme du nom de Trinity. Morpheus semble détenir la clé de ce qui hante les nuits de Neo depuis longtemps. Qu'est-ce que la Matrice? Ce qu'il va découvrir changera à jamais le cours de sa vie...

Succès mondial pour ce blockbuster intello techno cyber emballant, vainqueur de quatre Oscars essentiellement techniques, premier volet d'une trilogie très inégale, ce film est un pur régal, à des années lumières du vulgaire divertissement bourrin dont il a souvent eu injustement l'étiquette.
Matrix se regarde et se découvre avec une joie sans équivalent grâce à un scénario extrêmement bien foutu, écrit quasiment à la perfection et qui repose sur un pitch effrayant et passionnant: nous sommes tous prisonniés d'un programme informatique afin de nous cacher la réalité du monde, les machines ont pris le pouvoir sur les hommes. Une histoire vertigineuse et étourdissante, traitée avec intelligence et génie. Qui n'a pas passé du bon temps à parler de ce film, et si la matrice existait vraiment? Ce qui soulève de nombreuses questions sur le sens de la vie, sur notre présence sur Terre, de quoi avoir des discussions philosophiques d'enfer!
Le film chamboule notre vision des choses dès le commencement. Un suspense intense est posé sur la vraie nature de la matrice. Le parallèle avec Alice au pays des merveilles est astucieux et ne fait qu'attiser la curiosité du spectateur. Il plonge alors avec Neo de l'autre côté du miroir pour comprendre l'atroce vérité. Le scénario va même alors plus loin que la simple révélation sur la nature de la matrice. On apprend alors que l'espèce humaine est cultivée afin de faire vivre les machines qui, en l'absence du soleil, ne peuvent pas être alimentées autrement que par l'électricité contenue dans le cerveau humain. Une fois le contexte enfin posé, l'histoire peut enfin commencer.
La matrice n'est en fait que le reflet d'une morne réalité où les hommes sont vus comme des parasites, "le cancer de cette planète". Cependant la matrice est encore d'avantage car elle comporte comme tous les programmes informatiques des bugs, des vices de fabrication, des virus, des secrets, des passages inconnus, des programmes qui créent d'autres programmes, etc... Les frères Wachowski ont donc mis en place tout un monde cohérent aux possibilités infinies, un backround complexe qui ne finit pas de dévoiler de nouvelles ramifications. Matrix n'est que le squelette, la pierre fondatrice d'une oeuvre qui se devait de suivre la cadence, tout en faisant mieux encore. Les Animatrix prolongent de manière pertinente cet univers, surtout dans La Seconde Renaissance, anime extrêmement noir, violent et dur retraçant la genèse de la matrice. Malheureusement les deux suites, bien que divertissantes et spectaculaires, ne répondent pas à toutes les questions et manquent de surprises par rapport au premier volet.
Keanu Reeves séduit immédiatement et incarne un personnage d'abord traqué dont il est facile de s'identifier. Mais Matrix c'est aussi une révoltion en matière d'effets spéciaux,dont surtout le fameux "bullet time", maintes fois copié depuis et qui arrache littéralement la rétine. C'est beau, très beau, c'est magnifique même. On ne se lasse pas de passer en boucle la scène où Neo et Trinity arrivent dans le hall de l'immeuble où est emprisonné Morpheus. Culte.

En deux mots: Un scénario qui dérange et des effets spéciaux révolutionnaires, Matrix est un chef-d'oeuvre d'intelligence.




--19,5/20-- (un défaut infime de rythme ne lui permet pas d'accéder à la note suprême)

# Posté le lundi 19 septembre 2005 07:27

Modifié le lundi 19 septembre 2005 11:38

L'ANGUILLE - Shohei Imamura

L'ANGUILLE - Shohei Imamura
Film japonais avec Mitsuko Baisho, Koji Yakusho, Misa Shimizu (1997).


































Résumé: Takuro Yamashita est mis en liberté provisoire sous la responsabilité d'un bonze après avoir passé huit ans en prison pour le meurtre de sa femme. Ayant appris le métier de coiffeur au cours de sa détention, il décide de s'installer dans une friche industrielle non loin de Tokyo. Il est renfermé, ne parlant guère qu'à l'anguille qu'il a apprivoisée pendant ses années d'incarcération. Cependant, le salon, qu'il retape de ses mains, lui permettra de renouer des liens avec un groupe de petites gens alentour. -Résumé Allôciné-

L'Anguille, film au titre énigmatique, commence de manière très glauque: un homme apprend que sa femme qu'il aime le trompe les nuits où ce dernier part à la pêche, à travers de mystérieuses lettres anonymes. Incapable de résister à la tentation de la tuer pour cet acte, il est enfermé huit ans. Huit années au cours desquelles il apprivoise une anguille. Ah! Voici le rapport avec le titre. Cette anguille devient sa confidente, il lui parle et elle lui répond, mais juste ce qu'il faut. L'anguille devient le substitut de toute la gente féminine avec laquelle il ne veut plus avoir à faire.
La force du long métrage est d'abord de rendre attachant ce protagoniste, meurtrier et froid. Ensuite, c'est d'introduire suffisament de personnages et de rôles secondaires pour en faire foisonner une histoire riche. Takuro essaye d'oublier mais son passé refait surface, c'est plus fort que lui. Tout comme la femme qu'il sauve du suicide, elle aussi souhaite changer de vie mais ce n'est pas si facile lorsqu'on a sur les bras une mère folle qui adore jouer des maracas et un ex époux collant qui refuse de divorcer, normal, la mère de la fille lui a promis d'investir dans sa boîte. J'espère que vous suivez, car le film ne se focalise sur aucun de ces personnages, il ne choisit pas, quitte à envoyer Takuro au second plan.
Malgré un sujet difficile, le film adopte un ton léger, la mise en scène aguicheuse et glissante. Le scénario est riche sans être complexe, on est porté par une profondeur psychologique très travaillée et des interpretes de qualité qui matérialisent à l'écran les souhaits du cinéaste à la quasi perfection. Et puis on est touché par cette histoire d'amour à peine esquissée. Bravo!

En deux mots: Un très beau film, Palme d'Or à Cannes en 1997.




--15/20--

# Posté le mardi 20 septembre 2005 05:15