"Celui qui sauve une vie sauve l'humanité toute entière."
Résumé: Ce film raconte l'histoire vraie d'un homme énigmatique, Oskar Schindler, membre du parti Nazi, grand séducteur qui profita de la guerre pour s'enrichir et qui parallèlement sauva la vie de 1100 juifs durant l'Holocauste. C'est le triomphe d'un homme hors du commun et le parcours dramatique de tous ceux qui, grâce à lui, ont survécu à l'un des chapitres les plus sombres de l'histoire de l'humanité.
Lauréat de 7 Oscars dont celui du Meilleur Film et du Meilleur Réalisateur, désigné meilleur film par le New York Film Critics Circle, La Liste de Schindler est le seul véritable grand film sur le massacre du peuple juif durant la tristement célèbre seconde guerre mondiale. Steven Spielberg refusa d'être payé en tant que réalisateur sur cette oeuvre, il dit que cela aurait été de l'"argent du sang". Et après avoir proposé la réalisation à Roman Polanski (qui déclina l'offre car le récit était trop proche de son histoire personnelle, durant laquelle il s'évade du guetto de Kracovie et où sa mère meurt à Auschwitz, décision sur laquelle il revient quelques années plus tard pour mettre en scène le nettement moins bon Le Pianiste), le plus populaire des cinéastes américain s'arme de sa caméra et filme, en noir et blanc, l'infilmable.
Sa caméra se fait lourde, les superbes images monochromes très saturées donnent au film un aspect très documentaire, aspect qu'il gardera jusqu'à la dernière scène. C'est inmanquablement ce qui fait que le film est un peu à part dans la filmographie du maître. Le ton est grave dès les premières minutes, on est transporté cinquante ans en arrière par une sublime ellipse de la fumée d'une bougie qui se consume à la fumée d'une locomotive à vapeur. On pense immédiatement au train d'exportation. Après le choc du noir et blanc (un épisode de l'histoire qui ne doit pas avoir de couleurs, une façon de ne pas montrer le sang qui a été déversé, une façon de diminuer l'impact de certaines images fortes en les rendant lointaines, mais paradoxalement très réalistes), c'est le choc des décors et des costumes: rien n'est laissé au hasard, le réalisme est poussé à l'extrême. Liam Neeson joue un personnage ambigu, un héros des temps modernes, dont on ne sait pas vraiment jusqu'à la dernière moitié du film s'il exploite les juifs dans son usine où s'il a pour but de les sauver d'une mort atroce. Une performance d'acteur remarquable, qu'il partage avec Ralph Fiennes en impitoyable commandant du camp de travail. Un personnage lui aussi très subtil qui éprouve un sentiment tout particulier pour sa bonne juive.
La volonté de Spielberg de faire un film très réaliste le pousse à montrer la violence ouvertement. L'oeuvre aligne alors de nombreux passages très durs où beaucoup de personnes sont tuées sans raison (la plus surprenante est celle de l'assassinat du jeune garçon par Amon Goeth) jusqu'à l'insupportable scène des douches au camp d'Auschwitz. Une scène très critiquée mais qui apporte tant au film. Erreur ou pas, c'est assez choquant mais oh combien nécessaire pour comprendre. Tenter de comprendre la souffrance et l'ignorance, tenter de proposer une solution à un problème, tenter de dénouer le fil de la pensée d'un homme, tenter de ne pas oublier, de ne jamais oublier ce qui s'est passé un jour sur notre planète, et de transmettre ce témoignage de générations en générations. L'oeuvre de Spielberg est ainsi un excellent moyen de faire passer le message, bien qu'il s'agisse de l'interprétation d'un homme. Mais avant tout, il nous raconte les péripéties d'un membre du parti Nazi, pour nous dire que les fascistes hitlériens étaient des êtres humains eux aussi, avec des sentiments, des émotions (ce qu'a aussi essayé de nous montrer La Chute récemment).
Puis, après trois heures (souvent insoutenable), c'est le dénouement, il arrache le coeur, Schindler face à la reconnaissance sans borne d'un peuple qu'il a sauvé, une Arche de Noé, une partie de l'humanité, un petit bout de toute une généalogie. Il reste pour moi le plus émouvant des épilogues, deux fois maintenant que je finis le visionnage en pleurs. "Combien de Juifs aurais-je pu sauver encore? Dix personnes... Deux personnes... J'aurais pu en sauver deux de plus, mais je ne l'ai pas fait." L'histoire de Schindler s'arrête là mais celle des 1100 juifs continue, dont certains sont encore vivants aujourd'hui. Et à Spielberg de nous livrer son film le plus sombre, le plus triste, mais le plus abouti de sa filmographie. A ne pas regarder un mercredi après-midi avec des amis, mais à garder précieusement dans sa DVDthèque et le sortir pour le montrer à ses futurs enfants, comme pour dire: "Tiens, souviens-toi pour qu'une telle chose ne se reproduise jamais. Jamais."
En deux mots: Le meilleur film de Steven Spielberg.
--20/20--




