LA LISTE DE SCHINDLER - Steven Spielberg

LA LISTE DE SCHINDLER - Steven Spielberg
Film américain avec Liam Neeson, Ralph Fiennes, Ben Kingsley, Caroline Goodall, Jonathan Sagalle et Embeth Davidtz (1994).




"Celui qui sauve une vie sauve l'humanité toute entière."














Résumé: Ce film raconte l'histoire vraie d'un homme énigmatique, Oskar Schindler, membre du parti Nazi, grand séducteur qui profita de la guerre pour s'enrichir et qui parallèlement sauva la vie de 1100 juifs durant l'Holocauste. C'est le triomphe d'un homme hors du commun et le parcours dramatique de tous ceux qui, grâce à lui, ont survécu à l'un des chapitres les plus sombres de l'histoire de l'humanité.

Lauréat de 7 Oscars dont celui du Meilleur Film et du Meilleur Réalisateur, désigné meilleur film par le New York Film Critics Circle, La Liste de Schindler est le seul véritable grand film sur le massacre du peuple juif durant la tristement célèbre seconde guerre mondiale. Steven Spielberg refusa d'être payé en tant que réalisateur sur cette oeuvre, il dit que cela aurait été de l'"argent du sang". Et après avoir proposé la réalisation à Roman Polanski (qui déclina l'offre car le récit était trop proche de son histoire personnelle, durant laquelle il s'évade du guetto de Kracovie et où sa mère meurt à Auschwitz, décision sur laquelle il revient quelques années plus tard pour mettre en scène le nettement moins bon Le Pianiste), le plus populaire des cinéastes américain s'arme de sa caméra et filme, en noir et blanc, l'infilmable.
Sa caméra se fait lourde, les superbes images monochromes très saturées donnent au film un aspect très documentaire, aspect qu'il gardera jusqu'à la dernière scène. C'est inmanquablement ce qui fait que le film est un peu à part dans la filmographie du maître. Le ton est grave dès les premières minutes, on est transporté cinquante ans en arrière par une sublime ellipse de la fumée d'une bougie qui se consume à la fumée d'une locomotive à vapeur. On pense immédiatement au train d'exportation. Après le choc du noir et blanc (un épisode de l'histoire qui ne doit pas avoir de couleurs, une façon de ne pas montrer le sang qui a été déversé, une façon de diminuer l'impact de certaines images fortes en les rendant lointaines, mais paradoxalement très réalistes), c'est le choc des décors et des costumes: rien n'est laissé au hasard, le réalisme est poussé à l'extrême. Liam Neeson joue un personnage ambigu, un héros des temps modernes, dont on ne sait pas vraiment jusqu'à la dernière moitié du film s'il exploite les juifs dans son usine où s'il a pour but de les sauver d'une mort atroce. Une performance d'acteur remarquable, qu'il partage avec Ralph Fiennes en impitoyable commandant du camp de travail. Un personnage lui aussi très subtil qui éprouve un sentiment tout particulier pour sa bonne juive.
La volonté de Spielberg de faire un film très réaliste le pousse à montrer la violence ouvertement. L'oeuvre aligne alors de nombreux passages très durs où beaucoup de personnes sont tuées sans raison (la plus surprenante est celle de l'assassinat du jeune garçon par Amon Goeth) jusqu'à l'insupportable scène des douches au camp d'Auschwitz. Une scène très critiquée mais qui apporte tant au film. Erreur ou pas, c'est assez choquant mais oh combien nécessaire pour comprendre. Tenter de comprendre la souffrance et l'ignorance, tenter de proposer une solution à un problème, tenter de dénouer le fil de la pensée d'un homme, tenter de ne pas oublier, de ne jamais oublier ce qui s'est passé un jour sur notre planète, et de transmettre ce témoignage de générations en générations. L'oeuvre de Spielberg est ainsi un excellent moyen de faire passer le message, bien qu'il s'agisse de l'interprétation d'un homme. Mais avant tout, il nous raconte les péripéties d'un membre du parti Nazi, pour nous dire que les fascistes hitlériens étaient des êtres humains eux aussi, avec des sentiments, des émotions (ce qu'a aussi essayé de nous montrer La Chute récemment).
Puis, après trois heures (souvent insoutenable), c'est le dénouement, il arrache le coeur, Schindler face à la reconnaissance sans borne d'un peuple qu'il a sauvé, une Arche de Noé, une partie de l'humanité, un petit bout de toute une généalogie. Il reste pour moi le plus émouvant des épilogues, deux fois maintenant que je finis le visionnage en pleurs. "Combien de Juifs aurais-je pu sauver encore? Dix personnes... Deux personnes... J'aurais pu en sauver deux de plus, mais je ne l'ai pas fait." L'histoire de Schindler s'arrête là mais celle des 1100 juifs continue, dont certains sont encore vivants aujourd'hui. Et à Spielberg de nous livrer son film le plus sombre, le plus triste, mais le plus abouti de sa filmographie. A ne pas regarder un mercredi après-midi avec des amis, mais à garder précieusement dans sa DVDthèque et le sortir pour le montrer à ses futurs enfants, comme pour dire: "Tiens, souviens-toi pour qu'une telle chose ne se reproduise jamais. Jamais."

En deux mots: Le meilleur film de Steven Spielberg.




--20/20--

# Posté le dimanche 02 octobre 2005 09:59

UN LONG DIMANCHE DE FIANCAILLES - Jean-Pierre Jeunet

UN LONG DIMANCHE DE FIANCAILLES - Jean-Pierre Jeunet
Film français (?) avec Audrey Tautou, Gaspard Ulliel, Dominique Pinon, Albert Dupontel, Jean-Paul Rouve, Marion Cotillard, Clovis Cornillac, Jodie Foster, Jean-Pierre Darroussin, André Dussollier, Ticky Holgado, Jean-Claude Dreyfus, Tchéky Karyo, Julie Deupardieu (2004).












Résumé: En 1919, Mathilde a 19 ans. Deux ans plus tôt, son fiancé Manech est parti sur le front de la Somme. Comme des millions d'autres, il est "mort au champ d'honneur". C'est écrit noir sur blanc sur l'avis officiel. Pourtant, Mathilde refuse d'admettre cette évidence. Si Manech était mort, elle le saurait ! Elle se raccroche à son intuition comme au dernier fil ténu qui la relierait encore à son amant. Un ancien sergent a beau lui raconter que Manech est mort sur le no man's land d'une tranchée nommée Bingo Crépuscule, en compagnie de quatre autres condamnés à mort pour mutilation volontaire ; rien n'y fait. Mathilde refuse de lâcher le fil. Elle s'y cramponne avec la foi du charbonnier et se lance dans une véritable contre-enquête. De faux espoirs en incertitudes, elle va démêler peu à peu la vérité sur le sort de Manech et de ses quatre camarades. -Résumé Allôciné-


Après le fulgurant succès international de son chef-d'oeuvre (le meilleur film français jamais réalisé selon moi) Le fabuleux destin d'Amélie Poulain, Jean-Pierre Jeunet retrouve sa caméra et son actrice fétiche, Audrey Tautou, pour une oeuvre de plus grande ampleur aux allures hollywoodiennes. Mais il retrouve aussi sa galerie de "gueules" comme Dominique Pinon (qui a joué dans tous ses films) ou Jean-Claude Dreyfus (Delicatessen). Le film est adapté du roman homonyme de Sébastien Japrisot (dont on a déjà adapté beaucoup de ses oeuvres au cinéma, notamment Les enfants du marais). Et surprise, Jodie Foster rejoint un casting déjà ébourrifant, un petit rôle remarqué qui était envié par l'actrice américaine Nicole Kidman. La musique, superbe, est signée Angelo Badalamenti, qui n'est autre que le compositeur de David Lynch.
Deux heures de pure bonheur. Car on retrouve la patte de Jeunet dans cette manière de présenter les personnages, dans le cadrage millimétré, dans les couleurs sépia et ocre de l'image, dans les mouvements amples de la caméra, dans les flash backs et les anecdotes sur des détails de l'histoire, dans cette vision heureuse et malicieuse de la vie. Rien n'échappe au spectateur un chouia cinéphile. Jeunet est un cinéaste très visuel qui sait faire passer énormément de choses par un simple plan richement décoré. On a ainsi droit à un Paris des années 20 recréé par ordinateur à la beauté époustouflante, on croirait voir s'animer des cartes postales d'époque. Mais le plus grand défi du film, et il est gagné, c'est la reconstitution des tranchées et des lignes de front, plus vraies que nature. Les scènes de batailles n'ont rien à envier aux plus grands films de guerre. Et puisqu'il s'agit de la première guerre (assez rare au cinéma), on a droit à de nombreux moments de violence, surtout dans le prologue du film, un concentré de ce qui se fait de pire (la scène où Manech est recouvert par les viscères d'un compagnon mort). On retrouve donc le goût prononcé de Jeunet pour l'horreur et l'humour assez noir, ce qui occupait une infime place dans son film précédent.
C'est une bande dessinée qui se déroule sous nos yeux éblouis par tant de beauté. Car visuellement, le long métrage est sans fausse note. On pourrait tout de même lui reprocher une utilisation abusive des filtres sépia, mais bon, c'est beau, alors pourquoi râler me direz-vous. Le scénrio est l'adaptation d'un bouquin, une bonne base pour un film. Contrairement à Amélie Poulain, Jeunet ne s'est pas foulé question originalité de l'histoire. Je n'ai pas lu le livre, mais je sais qu'il est à peu près fidèle, avec quelques changements intéressants comme les crimes de Tina Lombardi, un vrai délice, surtout celui de Dreyfus, avec une musique et une mise en scène frisant le génie. Mais le film est avant tout une grande histoire d'amour, une épopée dramatique larmoyante, une fresque grandiose aux nombreux personnages (on s'amuse à reconnaître Jean-Paul Rouve ou Albert Dupontel derrière de larges moustaches) et aux intrigues entremêlées, la marque de fabrique de Jean-Pierre Jeunet.
Mais malgré toutes ses innombrables qualités, le film a quelque chose de bizarre. En tout cas, je pense que c'est un sentiment très personnel mais j'ai ressenti comme un certain agaçement: tout est trop parfait, trop polissé, trop tout. Est-ce parce que c'est une adaptation d'une oeuvre littéraire? Je ne sais pas mais même si le plaisir et l'émotion sont de la partie, on regrette le côté trop super production et on repense à l'écriture sincère de Amélie Poulain, d'abord un film d'auteur. Un peu plus de retenue et moins de chichi aurait permis d'amoindrir cette sensation. Un mauvais point tout à fait subjectif et toujours est-il que ce long dimanche de fiançailles est une brillante réussite.

En deux mots: Jeunet réalise un film grandiose mais trop lisse qui manque du petit quelque chose, une âme peut-être, qui avait fait la perfection absolue du Falubleux destin d'Amélie Poulain.




--15/20--

# Posté le lundi 03 octobre 2005 12:22

EVIL DEAD - Sam Raimi

EVIL DEAD - Sam Raimi
Film américain avec Bruce Campbell, Ellen Sandweiss, Hal Delrich (1983).






















Résumé: Cinq jeunes vacanciers s'installent dans une baraque au coeur d'une sinistre forêt. En descendant dans une cave lugubre, les deux garçons de la bande découvrent un vieux magnétophone qui, une fois remis en marche, émet une incantation magique. Laquelle réveille les forces du mal, déclenchant ainsi une horreur sans nom... -Résumé allôciné-

Evil Dead est le premier film du réalisateur américain Sam Raimi, celui des géniaux Spiderman. Fort d'un succès inattendu, il enfanta deux suites plus délirantes mettant en exergue le côté comique déjà présent dans ce premier volet mais en moins développé. Car cet Evil Dead fout tout de même les pétoches. Il faut dire que la caméra inventive de Raimi, tout juste âgé de 20 ans (!), en est pour beaucoup. L'atmosphère prend son temps pour s'installer, mais une fois qu'on la sent, elle ne nous lache plus. Bon, le scénario est quelque peu naif et le comportement des personnages n'est pas toujours cohérent (quelle étrange idée que celle de vouloir passer des vacances dans une maison abandonnée dans une sombre et inquiétante forêt), mais le résultat se veut jouissif, tant pis, on se laisse aller, c'est ça aussi le cinéma, croire des choses impossibles, irréalistes, le cinéma nous permet de cauchemarder et Evil Dead est un bon shoot.
Film culte dès sa sortie aux Etats Unis, Evil Dead n'est pas à proprement parlé une expérience cinématographique, mais un film qui se vit sur le moment, comme un pur moment de plaisir, comme on allumerait une cigarette par exemple. Il doit cette réputation à une violence exacerbée et non justifiée, jusqu'à en devenir vomitif. Raimi en fait des tonnes et le pire, c'est que ça fonctionne. Ca fonctionne même si bien que l'on est surpris aujourd'hui qu'un film aussi ancien fasse encore son petit effet. Car le regarder seul le soir dans le noir est un tour de force! Même si c'est assez comique, on rit parfois, ça fout les boules. Un passage obligé pour tous les amateurs d'horreur en somme. C'est affolant de constater combien ce type de film est rare de nos jours, avec des cinéastes qui osent aller au bout de leurs idées. Raimi était jeune, c'est un cinéma jeune, et ça se sent tout au long de la projection.
Tourné en presque trois ans, avec trois bouts de ficelle et avec une bande copains (Raimi connaissait Campbell depuis le Lycée), le film mélange de savants ingrédients, digestes ou moins digestes, qui font sa particularité. D'abord par les nombreux effets spéciaux utilisés: animation image par image pour la décomposition des cadavres, incrustation d'images sur des plans déjà tournés (l'attaque des arbres), des moulages en latex pour les têtes insupportables des zombies, j'en passe et des meilleurs. les effets en quelque peu vieillis mais gardent un certain impact, un certain charme. Ensuite par la diversité des angles de vue permis par la mise au point de techniques "maison", une caméra tout le temps en mouvement, plongées, contre-plongées, images inversées, etc... Et enfin par la singularité du personnage de Ash, unique en son genre dans l'histoire du cinéma, véritable héros tueur de zombie, toujours armé de sa fidèle tronçonneuse (qui sera d'ailleurs greffée à son bras dans Evil Dead 3).
Le long métrage nous offre sur un plateau une quantité impressionnante de scènes glauques et gores, devenues cultes aujourd'hui. Ah la scène où la fille se fait violer par les branches d'un arbre... A déguster sans aucune modération!

En deux mots: Défoulement jouissif gore, du grand cinéma d'horreur comme on en fait plus!




--16/20--

# Posté le lundi 03 octobre 2005 16:31

Clap! (Visuel réalisé par Rox)

Clap! (Visuel réalisé par Rox)
Remerciements...




































Ne cherchez pas de rapport avec le cinéma, j'avais juste envie de mettre une photo que j'apprécie particulièrement, où je suis avec ceux (et surtout celle) que j'aime (bon ils ne sont pas tous dessus mais ils ne m'en voudront pas, hein!). Et pour dire que j'ai fait ce blog d'abord parce que je suis fan de cinéma et que cette passion me hantera jusqu'à la fin de ma vie. J'ai fait ce blog parce que j'avais envie de partager cette folie et je suis heureux du résultat. J'espère toujours être au top et ne jamais décevoir personne, même si on ne peut pas être d'accord à tous les coups! Et loin de moi l'idée d'étaler ma vie sur ce blog, c'est pourquoi je reste extrêmement discret. Ici ne compte que la passion, ce blog ne vit que grâce à la passion. Bientôt un an qu'il existe et je suis toujours aussi excité à l'idée d'écrire de nouveaux articles, de penser à ceux qui vont les lire ou pas. En tout cas je bats des records de visites depuis quelques temps, surtout durant les mois d'août et de septembre qui cumulent 1282 visites. Pas mal du tout. Je vous promets encore de nombreuses critiques. Tant que je serais là et que je n'aurais pas disparu et surtout tant que vous serez là. Et tant que TOI tu seras là.

Merci à tout ceux qui viennent régulièrement ou pas sur mon blog!




A Bux Bunny...

# Posté le lundi 03 octobre 2005 17:35

Modifié le mardi 04 octobre 2005 14:30

LA PIANISTE - Michael Haneke

LA PIANISTE - Michael Haneke
Film franco-autrichien avec Isabelle Huppert, Benoît Magimel, Annie Girardot (2001).






"Jamais mes sentiments ne triompheront de mon intelligence." Erika Kohut à Walter.












Résumé: Erika Kohut, la quarantaine, est un honorable professeur de piano au Conservatoire de Vienne. Menant une vie de célibataire endurcie chez sa vieille mère possessive, cette musicienne laisse libre cours à sa sexualité débridée en épiant les autres. Fréquentant secrètement les peep-shows et les cinémas pornos, Erika Kohut plonge dans un voyeurisme morbide et s'inflige des mutilations par pur plaisir masochiste. Jusqu'au jour où Walter, un élève d'une vingtaine d'années, tombe amoureux d'elle. De cette affection naît une relation troublante, mouvementée et perverse entre le maître et son disciple. -Résumé Allôciné-

Prix du Jury lors du festival de Cannes de 2001, il est impossible de regarder La Pianiste d'un air indifférent tant l'oeuvre est puissante et envoûtante. Adapté de l'excellent roman homonyme de Elfriede Jelinek, Prix Nobel de littérature en 2004 pour l'ensemble de son oeuvre, le long métrage est à l'image du livre: cru, violent, corrosif, féroce, mais ne manquant pas de quelques scènes un tantinet humoristiques qui destabilisent et dérangent. Regardons de plus près...
Le générique permet d'emblée au spectateur de définir de quel type de film il s'agit, un générique tout en notes, doigts galopant sur le clavier, et la voix autoritaire de la professeur de musique. Plans fixes, son sec du piano, silences des noirs entrecoupant les différentes séquences, Haneke nous plonge immédiatement au coeur de son univers. L'image est sale, granuleuse, mais la mise en scène est chirurgicale, très lente, la caméra s'attarde sur des voix, des expressions, de la musique, des sentiments. Un cinéma qui permet évidemment de formidables jeux d'acteurs et quels acteurs! Isabelle Huppert en tête, sublime, en parfaite névrosée se complaisant dans le voyeurisme et l'auto-mutilation des parties génitales, est à fond dans son personnage. Elle possède un carisme à tomber par terre et peu d'actrices françaises peuvent se targuer d'être au moins égale à elle en professionnalisme et en talent. Viens ensuite Benoît Magimel, que l'on découvre ou pas il nous surprend, avec son jeu quasi sans fausses notes.
Erika est un personnage tout en complexité et en profondeur, dormant dans le même lit que sa mère et se livrant à des attouchements sur elle ("j'ai vu les poils de ton sexe": une parole très enfantine, Erika est resté coincée à un moment donné de son histoire), comme pour remplacer un père absent. Elle se veut un monstre de froideur, sourit rarement (salle de cour aux murs blancs comme ceux d'un hôpital, salle s'attente). Pourtant, derrière ce masque, elle peut être émue très profondément par un morceau de musique (la caméra s'attarde alors parfois très longtemps sur son visage). Petite fille à maman, elle a cette volonté d'être la meilleure, de se surpasser, cette incapacité à vivre la seule façon de se décharger sexuellement, c'est quelqu'un qui souffre beaucoup, qui se refuse d'aimer je dirais presque. Mais elle a aussi honte, et lorsqu'un jeune homme tombe amoureux d'elle, elle pense pouvoir assouvir ses pulsions, elle le fait envier, elle retarde le moment de l'acte, elle lui écrit une lettre dans laquelle est écrit tout ce qu'elle veut de lui dans les moindres détails, c'est obsessionnel. Et ce moment d'humilité presque quand elle étale devant lui les objets de la honte, où l'on sent dans le regard d'Huppert de la tristesse et de l'envie... Le film aligne les bons moments, jusqu'à cette ultime scène, ce plan, ce couteau planté, cette tache de sang, cette grimace dans le silence du hall de la salle de concert. Puis la fin, elle sort, on la voit de loin marcher dans la rue, Erika devient une personne anonyme, une personne parmis tant d'autre.
Satire politique, La Pianiste est aussi la critique de l'univers musical et de la culture, de la haute bourgeoisie viennoise. Un film aux innombrables qualités qui restera à jamais gravé dans nos mémoires de cinéphile, tant le sujet est complexe, tant la réalisation est géniale.

En deux mots: Isabelle Huppert et Benoît Magimel (d'ailleurs dans son meilleur rôle) au sommet, dans un long métrage choc parfaitement maîtrisé.




--18/20--

# Posté le mercredi 05 octobre 2005 16:18