Résumé: Georges, journaliste littéraire, reçoit des vidéos - filmées clandestinement depuis la rue - où on le voit avec sa famille, ainsi que des dessins inquiétants et difficiles à interpréter. Il n'a aucune idée de l'identité de l'expéditeur. Peu à peu, le contenu des cassettes devient plus personnel, ce qui laisse soupçonner que l'expéditeur connaît Georges depuis longtemps. Ce dernier sent qu'une menace pèse sur lui et sur sa famille, mais comme cette menace n'est pas explicite, la police lui refuse son aide... -Résumé Allôciné-
Une famille modèle bourgeoise française, fréquentant les hautes sphères culturelles, un mari journaliste littéraire connu, une femme directrice d'édition, un fils champion de natation, tout semble aller pour le mieux dans cette bulle impossible à briser. Et pourtant, Haneke va venir foutre la merde au sein de ce couple parfait et y révéler les failles. Car c'est bien Haneke qui envoie des cassettes à son propre personnage comme pour lui dire: tu vois, je te mets en face de toi, et malgré tout, tu es seul dans le monde. Caché, le nouveau film du cinéaste autrichien, reprend la lignée qu'il avait mise en oeuvre dans Funny Games et signe un long métrage à la mise en scène qui flirt encore une fois avec la perfection.
Une longue séquence d'un seul plan fixe ouvre le film: c'est la maison de Georges, qu'il occupe avec les siens. Mais est-ce la réalité? Non, c'est une cassette enregistrée, une vitrine, une reproduction, j'irais même plus loin, une reconstruction de la réalité. L'arrivée de cette cassette va foutre un froid, que faire? Appeler de l'aide? La police? Ils ne vont rien faire, comme d'habitude. Georges et Anne sont d'emblée seuls face à leur téléviseur montrant leurs allers et venues. Une petite vie paisible et tranquille. On pense tout de suite à quelqu'un qui serait jaloux et qui regarderait avec envie se dérouler cette vie parfaite. D'autres cassettes arrivent et puis des dessins aussi. Ces dessins vont réveillés en Georges de vieux souvenirs, il commence à faire des cauchemars, un garçonnet qui vomi du sang (des séquences assez destabilisantes!) ou qui, armé d'une hache, s'avance dans la pénombre (un plan sublime!) après avoir coupé la tête à un coq.
L'histoire s'épaissit doucement, avec la minutie et la lenteur qui est nécessaire. On a le temps de la réflexion. A vrai dire, ça boue dans la tête du spectateur. Malheureusement, ce qui est un peu dommage, c'est que ce même spectateur prend pour un suspense ce qui n'en est en fait pas un. De ce fait, nous nous posons la mauvaise question: mais qui envoie ces cassettes et pourquoi? S'il garde ce fil conducteur jusqu'à la fin, il sera déçu car, vous vous en doutez, la fin arrive et... rien n'est dit. On pourrait penser que Haneke s'est fait prendre dans son propre piège, or il n'en est rien. En cela, il rejoint un peu la philosophie de Funny Games, son plus grand film. Le titre ne revoit pas au mystérieux personnage qui est caché derrière sa caméra, non, il renvoit à ce qui est caché en chacun de nous, nos souvenirs, ce qui fait notre personnalité. Haneke nous rappelle que c'est lui le maître (et nous les pauvres esclaves) et qu'il peut faire ce qu'il veut avec sa caméra. Le cinéaste a d'ailleurs dit dans une interview: "un film, c'est 24 fois par seconde du mensonge", ce qui est tout à fait vrai. Il ne faut pas croire ce que nous montre les films (c'était d'ailleurs le message de Funny Games).
A chacun de nous de comprendre l'oeuvre comme il le souhaite. Et en cela ce n'est pas un film très accessible. Pour le reste, Haneke a un don pour mettre en scène la tension et l'angoisse ressentie, soutenu par des comédiens très convainquants (Juliette Binoche en tête, un peu plus naturelle que Daniel Auteuil, que je n'aime pas, soit dit en passant). On ressent bien ce qu'ils ressentent. On a encore droit au thème de l'infiltration dans la cellule familiale, ce quelque chose qui nous met mal à l'aise même à la maison (on sursaute dès que le téléphone sonne, ou que quelqu'un frappe à la porte), jusqu'aux dernières scènes ou l'homme poursuit Georges jusqu'à son travail (et cette scène dans l'ascenseur, il y a plein de monde, mais qu'est-ce qu'on doit se sentir seul dans ces moments là!). Puis la fin, un dernier plan séquence immobile mettant en scène la sortie d'un collège, il y a plein de monde, on distingue le fiston de Georges qui discute avec l'"agresseur": que lui dit-il? On s'en branle, car ce qui compte c'est cette réflexion sous-tendue par les images. A regarder avec prudence...
En deux mots: Tout en s'en sortant moins bien que Funny Games (aaah l'éclatante fameuse scène de la télécommande), Caché est un film passionnant qui permet de multiples réflexions.
--16/20--




