THE BIG SHAVE - Martin Scorsese

THE BIG SHAVE - Martin Scorsese
Court métrage américain avec Peter Bernuth (1967).




























Résumé: Un homme se rase et finit par s'égorger.

Voici la critique d'un court métrage d'une durée de six minutes, cependant ce n'est pas n'importe lequel puisqu'il s'agit d'un film réalisé par le maître Martin Scorsese. Je l'ai donc regardé, sur les conseils d'un certain Pierre, et je dois dire qu'il est très percutant. Court, mais magnifique. Court, mais très intense, si intense qu'il semble vouloir dire des tas de choses en même temps. Il passe très bien, s'avale tout rond et à la fin on a qu'une seule envie, remettre la bobine à zéro pour se refaire un petit coup de "grand rasage".
Le court commence par une succession de plans fixes montrant et détaillant divers éléments du décor: une simple salle de bain banale, toute blanche, très propre, la tuyauterie chromée, brosse à dent à sa place, rien ne traîne par terre, on se croirait dans une boucherie (hum, hum). Tout cela sur une musique entraînante, qui fait immédiatement sourire. Là entre en scène un homme, les yeux encore un peu brouillés par le sommeil. Coup d'oeil dans le miroir, il doit penser "quelle sale gueule j'ai ce matin", puis sort tout le nécessaire pour le rasage, on croirait voir une parfaite publicité pour la nouvelle mousse de chez Gilette (la perfection au masculin). Premier passage du rasoir, sans problème. Cependant un deuxième passage s'avère nécessaire et c'est ici que le festin commence. Une petite coupure, du sang coule, l'homme ne réagit pas, bizarre. Les plans s'enchaînent plus rapidement et sont plus rapprochés. Deux coupures, puis trois, puis quatre... On ne sait pas alors s'il le fait exprès ou bien si cela est inconscient, le personnage ne semble pas remarquer ce qu'il est en train de faire. Puis tout à coup, un plan superbe, de face, le spectateur est mis à la place du miroir, et l'homme fait un geste précis et net afin de clairement s'égorger. Le sang coule à flot, inonde le lavabo à l'origine d'un blanc éclatant. Cependant il n'a aucune réaction, il reste totalement passif, tout en se regardant. On croirait à un vice pervers masochiste. Le film se termine, il repose tranquillement l'objet du crime sur le bord du lavabo et splendide fondu rouge.
On pourrait y voir de multiples interprétations, en prenant en compte des tensions internationales de l'époque par exemple, comme la guerre du Viet-nahm ou la guerre froide entre les Etats-Unis et l'URSS. Mais sans aller aussi loin, je dirais que c'est une sorte de réalisation introspective, une dépression en acte, une envie suscidaire, mue par la peur de vivre une nouvelle journée. Le fait qu'il reste passif devant l'acte veut peut-être dire qu'il ne veut pas ce qui lui arrive, c'est comme si c'était automatique, comme s'il le faisait malgré lui, poussé par une force incohercible. Et le fait qu'il le fasse en se regardant dans un miroir renvoie certainement à une sorte de crise identitaire, il se remet en question en adoptant une attitude extrême. C'est comme s'il se filmait, il veut peut-être montrer aux autres par l'intermédiaire de son regard. Le film choque par l'apparente banalité de la situation qui vire soudainement à l'horreur, un matin semblable à tant d'autre, un rituel commun, un lieu commun, mettant en scène le commun des mortels, etc... Il choque aussi par l'étonnant humour décalé et noir dont le cinéaste fait preuve, notamment par l'utilisation de la musique. Je vais arrêter là, sinon je vais innonder l'article de mots, et retourne sous le rasoir de Scorsese.

En deux mots: Choquant, insicif, amère, ce grand court-métrage contient en six petites minutes toute une leçon de cinéma.




--19/20--

# Posté le mardi 06 décembre 2005 17:26

Réaction à chaud: L'EXORCISME D'EMILY ROSE - Scott Derrickson

Réaction à chaud: L'EXORCISME D'EMILY ROSE - Scott Derrickson
Film américain avec Laura Linney, Tom Wilkinson, Campbell Scott, Jennifer Carpenter (2005).






















Résumé: Lorsque Emily Rose quitte sa province, c'est pour aller étudier à l'université. Une nuit, seule dans sa chambre d'étudiante, elle est la proie d'hallucinations et d'une rencontre surnaturelle qui la laissera épouvantée. Convaincue qu'elle est harcelée par les forces démoniaques, Emily sombre peu à peu, victime de symptômes de plus en plus spectaculaires. Perdue et terrifiée, Emily demande au prêtre de sa paroisse, le père Richard Moore, de l'exorciser... Au terme du combat contre sa possession, la jeune fille trouve la mort. Accusé d'homicide par imprudence, le père Moore se retrouve au coeur d'un procès qui va ébranler les convictions de tous. Défendu par Erin Bruner, une célèbre avocate qui ne croit pas au surnaturel, Moore n'a plus l'ambition d'être innocenté, il veut simplement que tout le monde sache ce qui est réellement arrivé à Emily... -Résumé Allôciné-

Scott Derrickson réalise un film basé sur des faits réels, soit l'exorcisme d'une jeune fille qui ait mal tourné, reconnu par l'Eglise. Le long métrage commence donc par une formule dont les ménagères américaines sont friands: "Cette histoire est inspirée d'une histoire vraie". Mon dieu, en voilà une bonne nouvelle. Dès le commencement du récit, Emily meurt, on aura donc droit à un procès de deux heures avec des avocats qui se regardent dans le blanc des yeux et des flash backs horrifiques. Je m'installe, bien calé dans mon siège, les paupières grandes ouvertes.
La mise en scène est moyenne, très standardisée, excepté dans les scènes d'exorcisme où là c'est carrément mauvais, la caméra est secouée dans tous les sens sans explications, un petit côté épileptique qui ne renforce pas vraiment l'intensité des scènes. Une approche plus documentaire aurait été plus appropriée je pense, et plus percutante, d'autant plus qu'il s'agit d'une histoire vraie. Les tons bleutés monochromes sont assez jolis, on ressent une certaine atmosphère, une ambiance est transmise, c'est déjà ça. La jeune Jennifer Carpenter qui interprète le personnage d'Emily est extrêmement convaincante par contre, il y a tout à parier qu'elle fasse une bonne carrière. Sa façon de bouger et de se désarticuler, sans trucages numériques, dénote d'une parfaite maîtrise de son corps. Impressionnant. Les autres acteurs ne laissent qu'un maigre souvenir derrière eux. Je regrette que les personnages n'aient pas bénéficier de plus de profondeur, même celui d'Emily, qu'on ne voit par exemple rarement dans son état normal ou antérieur à sa maladie ou possession. Là enccore, il manque l'introspection.
Ensuite, comment regarder ce film sans penser à L'Exorciste, le fameux long métrage d'horreur réalisé par Friedkin? Ceclui-ci y fait indubitablement référence, tout en étant moins visuel, moins théâtral, moins gore en fait. Pas de vomissements donc, pas de masturbation avec un crucifix, pas même d'injures lancées à sa propre mère du genre "suce-moi!". Le cinéaste semble éviter le plus possible les homologies et c'est tant mieux. Ici on ne fait que de respecter scrupuleusement les rapports au sujet de cette troublante affaire. Car si sur la forme le film n'a pas l'effet d'un coup de poing ou d'un fer rouge, le fond y est, surtout au niveau de la réflexion sur les croyances. Tout au long de l'intrigue, deux partis s'affrontent, deux avis, deux points de vue. D'un côté la possession, l'explication mystique et religieuse, et de l'autre côté la psychose et l'épilepsie, l'explication scientifique et médicale. Sur ce point, c'est passionnant. La Bible est donc citée juste avant le DSM IV (la "bible" des classifications des maladies psychiatriques). J'ai de la chance puisque c'est mon sujet, je peux donc critiquer de ce point de vue et je peux dire que le film respècte une cohérence psychiatrique, les crises ressemblent bien à de l'épilepsie du lobe temporal gauche et les symptômes sont également bien ceux d'une forme de psychose. En somme, il propose une belle réflexion sur un fait avéré et surtout, laisse le spectateur choisir entre les deux possibilité sans jamais prendre parti pour l'une ou l'autre.

En deux mots: Intéressant à suivre du début à la fin, mais souffre d'un manque évident de profondeur et de réelle émotion.




--12,5/20--

# Posté le mercredi 07 décembre 2005 15:57

Réaction à chaud: PALAIS ROYAL! - Valérie Lemercier

Réaction à chaud: PALAIS ROYAL! - Valérie Lemercier
Film français avec Valérie Lemercier, Lambert Wilson, Catherine Deneuve (2005).























Résumé: Une orthophoniste toute simple, mais mariée au fils cadet du roi, devient reine malgré elle à la mort du monarque... Et ça rigole pas tous les jours sous les couronnes... Ou alors si. -Résumé Allôciné-

J'adore Valérie Lemercier, ça il n'y a aucun doute. Alors lorsqu'elle s'amuse à faire le pastiche corrosif du monde classieux de la royauté d'un pays inconnu, il y a de quoi se réjouir. N'exagérons rien toutefois, et même si les sourires prennent plus de place que les francs éclats de rires, on passe un agréable moment en sa compagnie, surtout quand Lambert Wilson s'y met et la sublime Catherine Deneuve.
Déjà, le film commence par une bonne et une mauvaise idée qui n'est autre que l'enterrement de l'héroine. On y apprend qu'elle était très aimée par son peuple, une sorte de Laidy Di a sa façon. Une bonne idée car cela casse tout de suite les attentes du spectateur: la comédie sera donc dramatique et se finira mal. Une mauvaise idée car l'impact n'en aurait été plus grand que si rien n'était dit et que si sa mort brutale interviendrait sans crier gare. Dommage. Ensuite, tout est assez bien dosé, la satire se mêle à la réalité et vice versa, parfait reflet tordu dans un miroir où les défauts sont aggrandis fois dix. Ca se suit sans grande dificulté et avec plaisir, comme on mangerait un gâteau de mariage fondant et sucré. Mais parfois la Valérie sait se faire méchante, et le film vire à quelque chose qui pourrait d'avantage ressembler à du Chatilliez sans l'aspect cradingue. Je reprocherais à la réalisatrice de ne pas être aller encore plus loin dans la critique, on a parfois plus l'impression qu'il s'agit d'une grossière comédie plutôt que l'écho de ce qui se passe réellement. A part ça, l'humour n'est pas très subtil mais bon, ça se regarde avec beaucoup de plaisir.
Désolé pour la longueur très réduite de ma critique, mais je n'arrive pas à développer quelque chose de bien sur une comédie qui n'est pas vraiment mon genre de film préféré. Je pourrais en effet encore parler des acteurs, qui sont plutôt à l'aise, surtout Deneuve, et je pourrais enfin conclure avec un peu de technique de mise en scène mais rien ne m'a paru digne d'intérêt, la réalisation étant tout à fait conventionnelle.

En deux mots: On est pas si loin de la comédie française de l'année. Pari... réussi... à moitié.





--12,5/20--

# Posté le lundi 12 décembre 2005 14:58

Modifié le mardi 13 décembre 2005 01:47

Les personnages emblématiques du cinéma (8) : Voici un article présentant un personnage emblématique, un de ceux qu'on oublie pas, un deux ceux qui nous aura marqué à jamais...

Les personnages emblématiques du cinéma (8) : Voici un article présentant un personnage emblématique, un de ceux qu'on oublie pas, un deux ceux qui nous aura marqué à jamais...
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Don Vito Corleone

Don Corleone est l'un des chefs les plus puissants de la mafia, fils d'immigrés siciliens. Lors d'une réception pour le mariage de sa fille unique, il reçoit comme le veut la coutume tous ceux qui ont quelque chose à lui demander. Ce jour est d'autant plus heureux pour lui que son fils Michael fait une entrée remarquée, accompagné d'une jeune fille qu'il présente pour la première fois à sa famille. Mais le grand problème reste celui de la drogue. Corleone a beau être un mafioso, il reste un homme droit, très attaché aux valeurs familiales. Le trafic des stupéfiants le répugne profondément. Dès lors, ses principaux rivaux le considèrent comme l'homme à abattre... C'est dans Mott Street, où le quartier de Little Italy avoisine celui de Chinatown, Mott, une rue étroite qui n'a pas changé depuis la fin du siècle dernier, c'est là que Don Corleone sort de son usine d'huile d'olive avant d'être abattu par une famille rivale. Il est interprété par Marlon Brando dans Le Parrain, le chef-d'oeuvre de Francis Ford Coppola et adapté du best seller de Mario Puzo, un immense Brando, émouvant, profond, en un mot, absolument inoubliable.

à mon cher ami Pierre

# Posté le lundi 12 décembre 2005 17:31

Modifié le lundi 12 décembre 2005 18:01

Réaction à chaud: LE TEMPS QUI RESTE - François Ozon

Réaction à chaud: LE TEMPS QUI RESTE - François Ozon
Film français avec Melvil Poupaud, Valeria Bruni-Tedeschi, Jeanne Moreau (2005).






















Résumé: Romain, un jeune photographe de 30 ans, apprend brutalement qu'il n'a plus que quelques mois à vivre.

Quel sujet délicat que celui abordé ici par François Ozon, le réalisateur de 8 Femmes! Un sujet qui, pris avec un manque de subtilité et de délicatesse, se serait écrasé contre le mur. C'était sans compter avec la maîtrise du cinéaste, qui présente au spectateur un film intéressant, mesdames, préparez vos keenex!Le long métrage est structuré comme une descente aux enfers, un aller simple totalement irréversible vers la mort, le protagoniste va succombé à sa maladie, cela ne fait aucun doute dès le début de la bande. Dès les premières minutes en effet, un évanouissement suspect l'amène à consulter un spécialiste qui lui dévoile l'affreuse réalité: un cancer généralisé. Du haut de ses trente années de vie, l'annonce de la mort future est un choc. Son regard sur le monde va alors basculer, et c'est au travers de son objectif de photographe qu'il va immortaliser ses derniers moments sur Terre. Toutefois, je trouve que l'annonce arrive un chouia trop vite car le but était je pense d'abord de détester ce personnage froid et antipathique, photographe de mode homosexuel, pour ensuite éprouver de l'empathie à cause de la maladie létale dont il est atteint. Cela aurait été plus intéressant, or le réalisateur ne nous laisse pas vraiment le temps d'émettre de jugement sur le personnage et on ne peut qu'ensuité éprouver une profonde empathie pour le condamné à mort.
Biensûr, il choisit de le dire à personne, pas même à son petit ami. Seule sa grand-mère, parce qu'elle est comme lui, parce qu'elle va bientôt mourrir, sera au courant de son lourd secret. Tout le passage avec Jeanne Moreau constitue les meilleurs moments de l'oeuvre, l'actrice est toujours au top, elle assure, émouvante et sincère (malgré la vieillesse qui la ronge, hein, Rox?). Revenons quelques instants sur l'acte photographique, éminnement symbolique: une photo ne vieillit pas, ne disparaît pas, c'est un moment donné, un instant T, d'ailleurs la photographie a quelque chose de plus profond que la vidéo, l'image, immobile, capte un regard, un sourire, une émotion, sans que celle ci ne change immédiatement après. Photographier, c'est quelque part laisser une trace de son passage, c'est immortaliser d'ultimes figures avant que l'on disparaisse à notre tour. Dans cette continuité, le fait de faire un enfant à la femme d'un homme stérile rejoint cette idée, il aura une descendance, il y aura une vie après lui,quelque part c'est un peu de lui qui survit. On suit à travers le regard du protagoniste ses dernières paroles échangées avec les membres de sa famille pour les abandonner aussi, son père, sa mère, sa soeur, son petit ami.
Melvil Poupaud a un jeu convainquant dans ce long métrage très lourd, à ne pas regarder en période de déprime à moins que vous ne vouliez vous jetez sous un train. La réalisation est fidèle à la réputation de François Ozon, avec des plans caractéristiques de son cinéma, comme celui où deux personnages sont allongés et leur tête est filmée du dessus.

En deux mots: Très bon film sans être exceptionnel, François Ozon tente surtout de nous transmettre ce qu'il faut prendre comme une leçon de vie.




--14,5/20--

# Posté le mercredi 14 décembre 2005 02:56