Résumé: Un homme se rase et finit par s'égorger.
Voici la critique d'un court métrage d'une durée de six minutes, cependant ce n'est pas n'importe lequel puisqu'il s'agit d'un film réalisé par le maître Martin Scorsese. Je l'ai donc regardé, sur les conseils d'un certain Pierre, et je dois dire qu'il est très percutant. Court, mais magnifique. Court, mais très intense, si intense qu'il semble vouloir dire des tas de choses en même temps. Il passe très bien, s'avale tout rond et à la fin on a qu'une seule envie, remettre la bobine à zéro pour se refaire un petit coup de "grand rasage".
Le court commence par une succession de plans fixes montrant et détaillant divers éléments du décor: une simple salle de bain banale, toute blanche, très propre, la tuyauterie chromée, brosse à dent à sa place, rien ne traîne par terre, on se croirait dans une boucherie (hum, hum). Tout cela sur une musique entraînante, qui fait immédiatement sourire. Là entre en scène un homme, les yeux encore un peu brouillés par le sommeil. Coup d'oeil dans le miroir, il doit penser "quelle sale gueule j'ai ce matin", puis sort tout le nécessaire pour le rasage, on croirait voir une parfaite publicité pour la nouvelle mousse de chez Gilette (la perfection au masculin). Premier passage du rasoir, sans problème. Cependant un deuxième passage s'avère nécessaire et c'est ici que le festin commence. Une petite coupure, du sang coule, l'homme ne réagit pas, bizarre. Les plans s'enchaînent plus rapidement et sont plus rapprochés. Deux coupures, puis trois, puis quatre... On ne sait pas alors s'il le fait exprès ou bien si cela est inconscient, le personnage ne semble pas remarquer ce qu'il est en train de faire. Puis tout à coup, un plan superbe, de face, le spectateur est mis à la place du miroir, et l'homme fait un geste précis et net afin de clairement s'égorger. Le sang coule à flot, inonde le lavabo à l'origine d'un blanc éclatant. Cependant il n'a aucune réaction, il reste totalement passif, tout en se regardant. On croirait à un vice pervers masochiste. Le film se termine, il repose tranquillement l'objet du crime sur le bord du lavabo et splendide fondu rouge.
On pourrait y voir de multiples interprétations, en prenant en compte des tensions internationales de l'époque par exemple, comme la guerre du Viet-nahm ou la guerre froide entre les Etats-Unis et l'URSS. Mais sans aller aussi loin, je dirais que c'est une sorte de réalisation introspective, une dépression en acte, une envie suscidaire, mue par la peur de vivre une nouvelle journée. Le fait qu'il reste passif devant l'acte veut peut-être dire qu'il ne veut pas ce qui lui arrive, c'est comme si c'était automatique, comme s'il le faisait malgré lui, poussé par une force incohercible. Et le fait qu'il le fasse en se regardant dans un miroir renvoie certainement à une sorte de crise identitaire, il se remet en question en adoptant une attitude extrême. C'est comme s'il se filmait, il veut peut-être montrer aux autres par l'intermédiaire de son regard. Le film choque par l'apparente banalité de la situation qui vire soudainement à l'horreur, un matin semblable à tant d'autre, un rituel commun, un lieu commun, mettant en scène le commun des mortels, etc... Il choque aussi par l'étonnant humour décalé et noir dont le cinéaste fait preuve, notamment par l'utilisation de la musique. Je vais arrêter là, sinon je vais innonder l'article de mots, et retourne sous le rasoir de Scorsese.
En deux mots: Choquant, insicif, amère, ce grand court-métrage contient en six petites minutes toute une leçon de cinéma.
--19/20--




