Résumé: Une série de meurtres politiques frappent la ville de Belfast.
Rarissime, le court métrage de 38 minutes mis en scène par Alan Clarke est celui qui inspirera plusieurs années plus tard Gus Van Sant pour son chef d'oeuvre du même nom! Produit par la BBC de l'Irlande du Nord, il raconte le conflit qui faisant rage dans ce pays, qui contrinua malheureusement au cumul des scènes de violence un peu partout. Sans commentaires, sans une ligne de dialogues, sans la moindre musique, Elephant ne donne aucun mobile pour les dix-huit meurtres commis sur toute la durée de la bande. Les meurtriers et les victimes sont des anonymes, des gens ordinaires, un effet d'autant plus fort que les lieux dans lesquels se déroulent les méfaits sont extraordinairement banals (piscine, restaurant, entrepôt abandonné, jardin public, bureaux, etc. Les victimes sont généralement en train d'effectuer des tâches quotidennes, de travailler. La réalisation est implaccable. L'anonymat est renforcé également par la position de la caméra, qui colle parfois au dos des personnages et cache leur visage (ambiguité du peuple des assassin et de celui des victimes!). Le cinéaste s'amuse à brouiller les pistes et absolument rien n'est dit, pas d'explication. Une étrange sensation de froideur s'en dégage et l'on ne peut que regarder avec beaucoup de détachement. Mais le malaise vient surtout de la façon dont sont agencés les plans et les séquences.
Elephant se compose de 117 plans répartis sur 18 séquences, dont chacune correspond à un meurtre. Chaque séquence contient de trois à dix plans dont la moyenne est cinq à huit plans. La plupart des séquences commencent par un plan d'ensemble permettant de situer chaque action : on y voit soit un meurtrier soit sa victime, que la caméra suit longuement. Après que le meurtre est commis, la caméra s'attarde sur le cadavre pendant parfois plus de vingt secondes. Les représentations de chaque acte meurtrier comprennent en général des plans rapprochés des assassins, toujours montrés de profil, et des gros plans de leurs armes qui s'enchaînent rapidement les uns aux autres créant ainsi le sentiment d'un brouillon d'images. Parfois, les images d'une victime qui s'écroule font partie de cette succession de plans, ou encore, celles d'un cadavre sur lequel l'arme est déchargé. Les personnes tuées sont cadrées dans des positions diverses. Notons aussi que les plans sont d'une durée équivalente à celle des espaces traversés, une donnée que reprendra Gus Van Sant pour son film sur les incidents mortels de Colombine.
Les fond sonores sont très élaborés et renforcent l'immersion ainsi que l'intensité dramatique: on distingue par exemple les aboiements d'un chien, des bruits de la circulation automobile ou encore des voix humaines. Le court métrage recommence sans cesse, c'est un cycle perpétuel, après un meurtre, un autre va survenir et ainsi de suite. Lors de la dernière séquence, on suit les déambulations d'un homme avant que ce dernier ne se fasse brutalement assassiné. Alan Clarke embrouille encore une fois l'esprit du spectateur. On ne peut qu'admirer les partis pris stylistique et la façon dont le cinéaste traite d'un sujet difficile dont l'Irlande est encore ébranlée.
En deux mots: Un court métrage violent qui ne peut que provoquer chez le spectateur un profond malaise. Magistral!
--19/20--




