MON TOP 5 2005

NUMERO 1
MAR ADENTRO

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MON TOP 5 2005

# Posté le mercredi 28 décembre 2005 05:27

DELICATESSEN - Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro

DELICATESSEN - Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro
Film français avec Dominique Pinon, Marie-Laure Dougnac, Karin Viard, Jean-Claude Dreyfus, Rufus (1991).

















Résumé: La vie des étranges habitants d'un immeuble de banlieue qui se dresse dans un immense terrain vague et qui tous vont se fournir chez le boucher-charcutier, à l'enseigne "Delicatessen". -Résumé Allôciné-

Le cinéma que je préfère est vraiment bizarre. Il est composé de personnages bizarres, de vraies gueules, de décors tordus, d'histoires à coucher dehors, d'ambiance glauque, c'est ce que j'aime. Comme ce que Lynch porte habituellement au diapason. Il y a sans doute possible du Lynch dans l'art de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro, autant au niveau visuel qu'un niveau narratif. Delicatessen est un long métrage très riche, qui s'amuse à déformer le réel pour le rendre cinématographique. A quoi bon dépeindre strictement le réel? A moins que le réel n'existe pas et que chaque film est déjà une vision d'un cinéaste. Ce point de vue est passionnant: un cinéaste nous donne à chaque fois SA propre vision du monde. Delicatessen, c'est d'abord une boucherie, vous savez, comme celle des vieilles villes. Sauf que cette boucherie là cache un secret d'abord terrifiant: elle nourit tout un immeuble en viande... humaine. Dans cet immeuble vivent des gens étranges, toute une galerie de personnages marquants: une femme qui entend des voix et qui tente de mettre fin à ses jours sans jamais y arriver, des fabriquants de jouets bizarres, une famille pittoresque qui meurt de faim, sans oublier un boucher cruel qui tue sans éprouver le moindre remord. Et dans ce microcosme, dans cet univers séparé du reste du monde, les lentilles et le mais remplacent l'argent, d'étranges individus hantent les égoûts, etc... Tout à fait réjouissant!
De quoi combler alors mon esprit avide de trouvailles et de nouveauté. Aussi, Delicatessen contient à lui seul toute la banque de donnée, toute la bibliothèque graphique du cinéma de Jeunet et Caro. C'est un concentré, la crème, la substantifique moelle de toute une vision extraordinaire du monde. L'ambiance, glauque à souhait, est un régal pour les yeux. La photographie est exemplaire, tantôt froide, tantôt chaude, mais toujours automnale et dépressive. Pourtant, le film ne verse qu'à de très rares moments dans le grand-guignol et privilégie souvent l'humour. Un humour né du savoureux décalage entre l'horreur et le ridicule, un humour noir et bizarre, provoqué à partir de situations toujours étranges, mais exquises. Comme d'habitude chez Jeunet, la réalisation est précise, nette, sans bavure. Tout est prévu au milimètre près, rien n'est laissé au hasard, chaque mouvement est effectué plusieurs fois pour que tout soit parfait. Et cela se ressent à l'image. Une petite décennie avant le chef-d'oeuvre qu'est Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, Jeunet faisait déjà preuve d'un amour sans borne pour la mise en scène. C'est un passionné, il aime le cinéma, ça se voit, c'est certain. Ce qui n'est pas le cas pour tous les réalisateurs. Bref, c'est du tout bon. Du côté technique, ajoutons encore la qualité des effets sonores, toujours très poussés, et très lourds. Ils contribuent à l'ambiance exagérément noire de l'ensemble. Un régal pour nos oreilles.
Jean-Claude Dreyfus est extraordinaire de drôlerie, très "classe". Mais celui que j'adore est sans conteste Dominique Pinon (qui a joué dans TOUS les films de Jeunet), au jeu très très prenant. Karin Viard également, fait quant à elle preuve d'une beauté insoupçonnée, tout en jouant aussi à merveille. Quel bonheur de faire la connaissance de tous les personnages, et de suivre les péripéties du protagoniste tout au long de cette histoire écrite avec inventivité et originalité. Rien n'est en trop, on en demanderait presque d'avantage. Quel dommage que ce cinéma soit un peu trop rare, un ciné d'auteur comme celui-ci vaut réellement de l'or. On est tout le tend, surpris, amusé, voire horrifié, mais jamais on ne s'ennuie. Un long qui mérite amplement sa place au rang de film culte.

En deux mots: Cultissime, ce que le cinéma d'auteur français peut nous apporter de meilleur, par le génial cinéaste qui enfantera neuf ans plus tard du chef-d'oeuvre absolu "Amélie"...




--17/20--

# Posté le jeudi 29 décembre 2005 10:01

FOUTAISES - Jean-Pierre Jeunet

FOUTAISES - Jean-Pierre Jeunet
Court métrage français avec Dominique Pinon (1989).




















Résumé: Les goûts et les pensées d'un homme ordinaire.

Souvenez-vous l'introduction géniale du Fabuleux destin d'Amélie Poulain: Monsieur Poulain aime... Madame Poulain n'aime pas... Amélie aime... Amélie n'aime pas... Cette excellente et pertinente idée pour présenter les personnages, Jeunet l'a eu dix ans avant de réaliser son chef-d'oeuvre ultime et l'a délicieusement mise en scène dans un très court métrage de trois minutes, intitulé Foutaises. Dans ce court, on retrouve l'incroyable gueule de Dominique Pinon qui brandit des j'aime/j'aime pas à tout va. Le générique nous est immédiatement familier, car il s'agit d'un étalage de... boucherie dont les étiquettes indiquent les noms de ceux qui ont contribué à cette bande en noir et blanc. Ce qui fait que le tout fonctionne parfaitement, c'est que l'on s'y reconnaît. Ce sont des instants de vie, de minuscules fragments des goûts d'un homme ordinaire, le commun des mortels. Ce qui surprend également est sa richesse. Le montage est très rythmé et les petites scénettes s'enchaînent sans lien évident. Il n'y a pas de chronologie, seul compte les propos du personnage principal. Ici, la forme soutient le fond et le suit. Et quelle forme! Les images défilent en collant aux émotions, aidé par une petite musique au piano. C'est un véritable collage cinématographique auquel on a droit, archives, dessins, dessins animés, extraits de films, animation image par image (le petit pois tout content de se faire manger), constructions bricolées (la simulation de la fumeuse goutte qui remonte sous l'effet de la matière fécale), c'est comme un patchwork, ralentis, accélérés (le cri de douleur lors de l'arrachage du poil du nez), presque tout y est, sans oublier les effets sonores caractéristiques du cinéma de Jeunet.
On rit des trouvailles, des idées, qui nous font regarder le court presque en boucle. Quelques morceaux choisis: "j'aime l'innocence des mômes" (on voit une fillette faisant rebondir un ballon sur un mur où est dessiné un pénis en érection), "je n'aime pas les cadavres des sapins de noel sur les trottoirs en janvier", "j'aime ouvrir un livre après les vacances, et retrouver du sable entre les pages", "j'aime allumer la radio et tomber sur la musique que j'avais justement envie d'écouter", "je n'aime pas l'idée que l'on dort un tier de sa vie", "je n'aime pas la collection de mon cousin qu'habite à Guegnion: crottes de nez, poussière de barbe, appendice et flacon de larme". On aurait presque envie de nous abandonner à cet exercice et à lister tous nos plaisirs les plus simples, ce qui fait que nous sommes nous, uniques, êtres humains, vagabondant sur la terre. Vers la fin du court, les frissons sont au rendez-vous, car il s'agit d'un petit montage de "j'aime/j'aime pas" par de grands acteurs. Un dernier hommage au cinéma, avant qu'arrive le mot tant redouté: FIN.

En deux mots: Un très court métrage savoureux, plein de trouvailles, visuellement surprenant, et qui nous fait adorer les choses les plus simples de la vie.




--17/20--


Goûtez à cet exercice!

# Posté le jeudi 29 décembre 2005 11:11

PLAN 9 FROM OUTER SPACE - Edward D. Wood Jr.

PLAN 9 FROM OUTER SPACE - Edward D. Wood Jr.
Film américain avec Bela Lugosi, Vampira, Lyle Talbot, Criswell (1956).

























Résumé: Craignant pour le maintien de la sécurité et de la paix dans l'univers, un général martien envoie sur Terre Eros et Tanna afin de convaincre les terriens de renoncer à la bombe. Pour parvenir à leur fin, les extra-terrestres vont mettre en action le plan 9 : ils vont ressusciter les morts et les retourner contre les vivants. Arme imparable ?

Considéré (peut-être à tort) comme le plus mauvais film de tous les temps par les critiques américains, Plan 9 est le sommet de l'art Edwoodien, la pierre angulaire d'une oeuvre qui inspira notamment David Lynch. Sans doute l'un des plus mauvais films jamais réalisé, il est néanmoins culte désormais. Car ceux qui disent qu'il s'agit d'un navet sont ceux qui ne l'ont pas vu et qui en parle sans le connaître. Ce que l'on peut dire avec certitude, c'est que l'on en apprend énormément en regardant un tel film. On en apprend même encore plus qu'en regardant un chef-d'oeuvre. Aussi, il s'en dégage un charme sans borne, les erreurs (très très nombreuses) sont autant de merveilles, à la naiveté presque touchante.
Ce qu'il y a de plus étonnant dans Plan 9, c'est l'extraordinaire mélange des genres, qui frise évidemment le mauvais goût. Science-fiction cotoie le film de mort-vivant, drame familial et amoureux, tout s'entremêle sans honte et dans l'excès. Mais ce n'est pas ce que j'ai trouvé de plus remarquable dans ce long métrage. Non, ce qui fait son charme, ce qui attire irréistiblement et paradoxalement, ce sont les innombrables bavures et autres erreurs, autant en mise en scène qu'au niveau scénaristique, à croire que le cinéaste les a laissé comme ça, volontairement, comme un fait exprès. Le policier tombe et renverse une tombe en carton, travelling arrière et l'on distingue l'ombre de la caméra (erreur de lumière), les soucoupes volantes sont en simple carton suspendues à des fils, Bela Lugosi (mort au moment du tournage) remplacé par une doublure approximative (le chiropracteur de la femme d'Ed Wood!) plus grande que l'original qui se cache le visage tout du long, champ contre champ avec une différence de jour et de nuit (dans la même scène!), une horde d'extra-terrestres se limitant à deux petits méchants, l'intérieur de la soucoupe volante avec des meubles en bois (!), le policier sait par où est parti le zombie alors qu'il était inconscient, cruels défauts de rythme dans les scènes d'effroi (le zombie entre dans la pièce, y fait quelques pas, champ contre champ, la victime crit enfin), on distingue les yeux de Criswell (le narrateur) bouger à la lecture de son texte, un pilote affirme que la soucoupe volante avait une forme de cigare, plan sans aucun rapport avec les autres, aucune tension dans les moments critiques, acteurs mauvais (les rares scènes avec le vrai Lugosi sont risibles tant il en fait des tonnes), mon dieu, je n'ai jamais listé autant de points négatif dan une critique. Et le tout est traité avec un sérieux en parfait décalage avec le résultat final.
Mais... paradoxalement... on ne peut s'empêcher de tomber sous le charme de cette production, dont le manque de moyen est évident. Il y a bien une histoire, abracadabrante, mais elle a le mérite d'être là, il y a une morale aussi, les extra-terrestres face à face avec la race des hommes, une nation adolescente et une nation sage. Au-delà des images, au-delà de la réalisation, on sent qu'il y a quelque chose, c'est comme vivre un rêve, on sent le travail, on sent la volonté de bien faire et de faire quelque chose de résolument grand. Je comprend mieux le rapport avec Lynch, c'est un long métrage très onirique tout de même, on y retrouve le même mélange, le même foure-tout, la même façon de passer du coq à l'âne, sans raison apparente. Je sais ce qu'il y a derrière: il y a la passion, la passion d'un homme pour le septième art. Je ne peux m'empêcher de penser au formidable film de Tim Burton, Ed Wood, dans lequel Wood rencontre Orson Welles. Le plus grand, le plus talentueux, le plus génial, face à celui dont les ambitions ne combleront jamais le manque de talent. Mais malgré les différences ente les deux personnes, une chose les réunit: leur passion respective. Welles, dans cette scène, lui dit une chose primordiale: qu'il doit faire comme il sent, sans se préoccuper de l'opinion des autres.

En deux mots: Culte, Plan 9 se regarde avec un plaisir démeusuré malgré les imperfections qui donnent à l'oeuvre une tonalité singulière. Vive le cinéma quand même! -rires-




hum, hum
raclement de gorge
regard timide (honteux?)
main au menton
fronçage de sourcils
"non, je n'arrive pas noter ce film."

--?/20--

# Posté le vendredi 30 décembre 2005 10:53

Modifié le vendredi 30 décembre 2005 11:16

Réaction à chaud: SAW II - Darren Lynn Bousman

Réaction à chaud: SAW II - Darren Lynn Bousman
Film américain avec Donnie Wahlberg, Shawnee Smith, Tobin Bell (2005).


































Résumé: Chargé de l'enquête autour d'une mort sanglante, l'Inspecteur Eric Mason est persuadé que le crime est l'oeuvre du redoutable Jigsaw, un criminel machiavélique qui impose à ses victimes des choix auxquels personne ne souhaite jamais être confronté. Cette fois-ci, ce ne sont plus deux mais huit personnes qui ont été piégées par Jigsaw...-Résumé Allôciné-

Après Saw premier du nom, au scénario très intelligent et à la virevolte finale éblouissante, Saw deuxième du nom débarque dans nos joyeuses contrées apporter un peu de violence et de mort. Saw, c'est le verbe "scier" en anglais. Un titre qui avait toute son importance pour le un, mais qui perd un peu en pertinence pour cette suite, même si certaines excellentes idées nous ramène sur les traces du premier, qui s'y imbrique parfaitement. Le long métrage débute par un prologue nerveux, mais qui ne sera pas très représentatif de la suite du film, le machiavélisme exacerbé du piège dans lequel se trouve la victime ne se retrouvera pas avec la même intensité. La mise en scène de ce prologue augurera par contre la suite de l'oeuvre, dans laquelle nous retrouverons malheureusement les mêmes effets d'accélération qui n'apportent véritablement pas grand chose à la violence ni au suspense. Pourtant, le scénario est original dans sa première partie, les plus intéressante, où nous retrouvons le protagoniste confronté aux bêtises de son fils mais surtout où nous découvrons sans perdre de temps l'identité du "tueur aux puzzles". Ce dernier est un personnage très travaillé, dans le plus pur style des "méchants", faible, intelligent, psychopathe. Le suspense est donc déplacé de "qui est le tueur?" vers "comment vont-ils faire pour s'en sortir?". Not bad.
Je laisserais au spectateur le soin de découvrir par lui-même la révélation finale, en disant simplement que sans atteindre l'étourdissement de celle de Saw "I", elle vaut tout de même le détour. C'est plus classique, moins original, mais tout aussi surprenant. Bien vu. Dommage que les personnages enfermés dans la maison soient assez caricaturaux, l'homme mystérieux dont personne ne connait quoi que ce soit, la bimbo idiote, le baraqué prêt à tout, le black gentillet, l'ado peureux, la femme forte et sauvage qui sait déjà tout, etc... Malgré cela, on se laisse facilement prendre au jeu et le massacre est plaisant sans atteindre des sommets de gore. On se serait attendu à pire tout de même, dans le premier opus nous avions même eu droit à des tripes, ce qui n'est pas le cas ici. Les pièges et les énigmes ne sont pas très drôles, excepté la bain de seringues et les mains prisonnières (à la Fort Boyard) de cutters tranchants. J'aurais préféré une bonne dose de gore, même si c'est déjà pas mal et que cela en satisfera la plupart des amateurs. Saw II reste un divertissement d'horreur bien mené, au rythme soutenu et au suspense continu. Le clown à roulettes n'a décidemment pas envie de s'arrêter là, car un troisième épisode est dors et déjà en préparation. Pour notre plus grand plaisir!

En deux mots: Thriller horrifique mené tambours battants, Saw II est très correct dans l'ensemble.




--13,5/20--

# Posté le vendredi 30 décembre 2005 16:43

Modifié le samedi 31 décembre 2005 08:59