Film américain avec Bela Lugosi, Vampira, Lyle Talbot, Criswell (1956).
Résumé: Craignant pour le maintien de la sécurité et de la paix dans l'univers, un général martien envoie sur Terre Eros et Tanna afin de convaincre les terriens de renoncer à la bombe. Pour parvenir à leur fin, les extra-terrestres vont mettre en action le plan 9 : ils vont ressusciter les morts et les retourner contre les vivants. Arme imparable ?
Considéré (peut-être à tort) comme le plus mauvais film de tous les temps par les critiques américains, Plan 9 est le sommet de l'art Edwoodien, la pierre angulaire d'une oeuvre qui inspira notamment David Lynch. Sans doute l'un des plus mauvais films jamais réalisé, il est néanmoins culte désormais. Car ceux qui disent qu'il s'agit d'un navet sont ceux qui ne l'ont pas vu et qui en parle sans le connaître. Ce que l'on peut dire avec certitude, c'est que l'on en apprend énormément en regardant un tel film. On en apprend même encore plus qu'en regardant un chef-d'oeuvre. Aussi, il s'en dégage un charme sans borne, les erreurs (très très nombreuses) sont autant de merveilles, à la naiveté presque touchante.
Ce qu'il y a de plus étonnant dans Plan 9, c'est l'extraordinaire mélange des genres, qui frise évidemment le mauvais goût. Science-fiction cotoie le film de mort-vivant, drame familial et amoureux, tout s'entremêle sans honte et dans l'excès. Mais ce n'est pas ce que j'ai trouvé de plus remarquable dans ce long métrage. Non, ce qui fait son charme, ce qui attire irréistiblement et paradoxalement, ce sont les innombrables bavures et autres erreurs, autant en mise en scène qu'au niveau scénaristique, à croire que le cinéaste les a laissé comme ça, volontairement, comme un fait exprès. Le policier tombe et renverse une tombe en carton, travelling arrière et l'on distingue l'ombre de la caméra (erreur de lumière), les soucoupes volantes sont en simple carton suspendues à des fils, Bela Lugosi (mort au moment du tournage) remplacé par une doublure approximative (le chiropracteur de la femme d'Ed Wood!) plus grande que l'original qui se cache le visage tout du long, champ contre champ avec une différence de jour et de nuit (dans la même scène!), une horde d'extra-terrestres se limitant à deux petits méchants, l'intérieur de la soucoupe volante avec des meubles en bois (!), le policier sait par où est parti le zombie alors qu'il était inconscient, cruels défauts de rythme dans les scènes d'effroi (le zombie entre dans la pièce, y fait quelques pas, champ contre champ, la victime crit enfin), on distingue les yeux de Criswell (le narrateur) bouger à la lecture de son texte, un pilote affirme que la soucoupe volante avait une forme de cigare, plan sans aucun rapport avec les autres, aucune tension dans les moments critiques, acteurs mauvais (les rares scènes avec le vrai Lugosi sont risibles tant il en fait des tonnes), mon dieu, je n'ai jamais listé autant de points négatif dan une critique. Et le tout est traité avec un sérieux en parfait décalage avec le résultat final.
Mais... paradoxalement... on ne peut s'empêcher de tomber sous le charme de cette production, dont le manque de moyen est évident. Il y a bien une histoire, abracadabrante, mais elle a le mérite d'être là, il y a une morale aussi, les extra-terrestres face à face avec la race des hommes, une nation adolescente et une nation sage. Au-delà des images, au-delà de la réalisation, on sent qu'il y a quelque chose, c'est comme vivre un rêve, on sent le travail, on sent la volonté de bien faire et de faire quelque chose de résolument grand. Je comprend mieux le rapport avec Lynch, c'est un long métrage très onirique tout de même, on y retrouve le même mélange, le même foure-tout, la même façon de passer du coq à l'âne, sans raison apparente. Je sais ce qu'il y a derrière: il y a la passion, la passion d'un homme pour le septième art. Je ne peux m'empêcher de penser au formidable film de Tim Burton, Ed Wood, dans lequel Wood rencontre Orson Welles. Le plus grand, le plus talentueux, le plus génial, face à celui dont les ambitions ne combleront jamais le manque de talent. Mais malgré les différences ente les deux personnes, une chose les réunit: leur passion respective. Welles, dans cette scène, lui dit une chose primordiale: qu'il doit faire comme il sent, sans se préoccuper de l'opinion des autres.
En deux mots: Culte, Plan 9 se regarde avec un plaisir démeusuré malgré les imperfections qui donnent à l'oeuvre une tonalité singulière. Vive le cinéma quand même! -rires-
hum, hum
raclement de gorge
regard timide (honteux?)
main au menton
fronçage de sourcils
"non, je n'arrive pas noter ce film."
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