Réaction à chaud: LORD OF WAR - Andrew Niccol

Réaction à chaud: LORD OF WAR - Andrew Niccol
Film américain avec Nicolas Cage, Jared Leto, Ian Holm, Ethan Hawke (2006).









"Les balles sont plus efficaces que les bulletins de vote!"










Résumé: Né en Ukraine avant l'effondrement du bloc soviétique, Yuri arrive aux Etats-Unis avec ses parents. Il se fait passer pour un émigrant juif... Audacieux et fin négociateur, il se fait une place dans le trafic d'armes. Les énormes sommes d'argent qu'il gagne lui permettent aussi de conquérir celle qui l'a toujours fasciné, la belle Ava. Parallèlement à cette vie de mari et de père idéal, Yuri devient l'un des plus gros vendeurs d'armes clandestins du monde. Utilisant ses relations à l'Est, il multiplie les coups toujours plus risqués, mais parvient chaque fois à échapper à Jack Valentine, l'agent d'Interpol qui le pourchasse. Des luxueux immeubles new-yorkais aux palais des dictateurs africains, Yuri joue de plus en plus gros. Convaincu de sa chance, il poursuit sa double vie explosive, jusqu'à ce que le destin et sa conscience le rattrapent...-Résumé Allôciné-

La guerre est un sujet en vogue ces derniers temps. Lord Of War le traite à partir d'un point de vue original, fort d'une intrigue très linéaire mais indestructible, un peu comme vêtu d'un solide gilet par balles. C'est avec une légerté certaine et un humour très décalé que le cinéaste nous parle de ce vendeur d'armes mythomane et irrésistiblement amoureux d'un top model. Le sujet est grave, propre à la polémique mais qu'importe, le parti pris est pertinent et les idées sont poussées jusqu'au bout. Malheureusement tout cela est bien trop intellectuel pour nos chers amis amerloques qui lui ont réservé un accueil des plus merdique. Un "va te faire foutre" général qui arrive juste après le cuisant échec public du très lucide SimOne avec Al Pacino.
La mise en scène est toujours inventive et teintée d'ironie, ce qui fait beaucoup sourire. L'image est propre, la photographie très pure et les morceaux musicaux de premier choix. D'entrée de jeu, le superbe générique résume et présente le ton global de la bande à venir: on y suit toutes les étapes de fabrication d'une meurtrière balle, de l'usine à son utilisation finale (elle finira dans la cervelle d'un jeune innocent pris au coeur d'un conflit civil). On rit, mais d'un rire jaunâtre car le constat est affligeant, scandaleux même, et plus les minutes avancent moins on en croit nos oreilles. La guerre enrichit oui, tous les membres du conseil de sécurité de l'ONU (les gardiens de la paix dans le monde) s'empifrent de billets de banque en vendant des armes aux pays en guerre (d'Afrique Noire par exemple) mais tout le monde a les yeux grands fermés (Kub', si tu m'écoutes...). La guerre est un business comme les autres finalement et la meilleure scène du film le montre à merveille, celle où Yuri négocie la vente de deux camions plein à craquer d'armes au chef d'une tribu dans le but de commettre un génocide. La mission de Yuri s'arrête à la vente, il n'est donc pas responsable de son utilisation ultérieure et cette attitude est plutôt caractéristique de tout ce qui fait notre société moderne: des opérateurs proposent des forfaits ADSL de plusieurs méga mais décalent leur responsabilité sur les actes illégaux qui seront commis ensuite (téléchargements). Navrant.
Mais bien que la réalité soit terriblement amère, le cinéaste ne s'arrête pas ici et ne se contente pas d'une vulgaire dénonciation explicite qui aurai rendu le film ennuyeux, inconsistant et loin d'être aussi percutant qu'il ne l'est au final. La tonalité du film, son côté volontairement léger, drôle, méchant et tranchant confère à l'ensemble un charme qui rend le propos d'autant plus intolérable et choquant. De la dénonciation tout en subtilité quoi. Le film repose également sur de superbes jeux d'acteurs, à commencer par Nicolas Cage, toujours fidèle à lui-même, ni plus ni moins bon que d'habitude. Jared Leto confirme une fois de plus son immense potentiel dans un rôle qui rappelle par moment sa meilleure performance dans Requiem for a dream. Enfin, n'oublions par Ian Holm, discret mais correct et surtout Ethan Hawke, qui joue trop peu.

En deux mots: Avec son humour corrosif teinté d'amertume, Lord Of War est la première bonne surprise de ce début d'année.




--16/20--

# Posté le samedi 21 janvier 2006 09:45

Réaction à chaud: LE SECRET DE BROKEBACK MOUNTAIN - Ang Lee

Réaction à chaud: LE SECRET DE BROKEBACK MOUNTAIN - Ang Lee
Film américain avec Heath Ledger, Jake Gyllenhaal, Michelle Williams (2006).



















Résumé: Eté 1963, Wyoming. Deux jeunes cow-boys, Jack et Ennis, sont engagés pour garder ensemble un troupeau de moutons à Brokeback Mountain. Isolés au milieu d'une nature sauvage, leur complicité se transforme lentement en une attirance aussi irrésistible qu'inattendue. A la fin de la saison de transhumance, les deux hommes doivent se séparer. Ennis se marie avec sa fiancée, Alma, tandis que Jack épouse Lureen. Quand ils se revoient quatre ans plus tard, un seul regard suffit pour raviver l'amour né à Brokeback Mountain. -Résumé Allociné-

Après l'excellent Tigre et Dragon et la semi réussite Hulk, Ang Lee récidive sur les terres américaines pour nous offrir son meilleur film amerloque. L'histoire est simple et touchante, échappe de justesse au mélo grâce à une retenue assez caractéristique. Le script, très linéaire, suit classiquement son déroulement, avec peut-être un léger essoufflement vers la fin de la bande. Mais à part ça, c'est pratiquement du tout bon. Le coup de foudre entre Jack et Ennis est immédiat, cela se lit d'abord dans le regard de Jack, dont la fougue et l'entrain s'oppose à la froideur et au mutisme d'Ennis. Pourtant, leur attraction est irrésistible et bien qu'il semble y avoir d'abord un déséquilibre, leur amour est parfaitement réciproque. Le temps d'une transhumance, très courte, une histoire naît, puis elle restera coincée plus de vingt ans dans les montagnes du Wyoming. Aussi, durant quatre ans, ils vivront leur vie, l'un épouse une riche héritière, l'autre n'arrive pas à joindre les deux bouts. Au moment de leurs retrouvailles, l'une des plus belles scènes du film, quelques secondes suffisent pour réallumer la flamme. Ils vivront durant plusieurs longues années leur amour en pointillé, car la société est incapable d'accepter leur "différence" (même s'il n'y a strictement rien de différent). Ils se doivent d'entrer dans le moule et garder le secret (voir le flash back sur la jeunesse d'Ennis).
Il y a quelque chose de sublime dans l'attente amoureuse: l'amour résiste-t-il à l'absence? Ce film prouve que oui, cela ne fait strictement aucun doute. Ce que j'apprécie aussi, et c'est ce qui me fait aimer ce genre de film, c'est la complexité et la profondeur de la psychologie des personnages. Deux hommes, des cow-boys, archétypes du macho (jambes écartées, stetson, alcooliques), qui ne se doutent pas une seconde de leur homosexualité latente (mais peut-on seulement parler d'homosexualité?), se trouvent en quelques secondes, en quelques regards, pris au piège par des sentiments nouveaux incontrôlables. Ici réside toute la complexité de l'âme humaine, des sentiments, des émotions, et c'est ce qui est absolument remarquable, surtout que pour ce long Ang Lee fait preuve d'un traitement parfait qui soutient à merveille le propos. Les paysages sont superbes et font rêver. Le cinéaste les filme avec panache. Quant aux deux interprètes... il s'agit bien là de la grosse surprise du film. Jake Gyllenhaal est parfait, que de chemin parcouru depuis Donnie Darko! Sa performance est stupéfiante et il confirme une fois de plus son immense talent. Heath Ledger, malgré un accent et un marmonnement assez bizarre au début, éclate et se montre comme jamais auparavant. Moi qui n'aimais pas cet acteur, je me suis trouvé les yeux écarquillés devant son jeu. Ce film est bien caractéristqiue des films à Oscar, il a donc toutes ses chances, sans compter que le succès est au rendez-vous. Mais n'oublions pas d'autres performances d'acteur amplement oscarisables comme Johnny Depp dans Charlie.

En deux mots: Ce n'est pas un vulgaire western gay, mais bel et bien une merveilleuse histoire d'amour. Bravo.




--17/20--

# Posté le samedi 21 janvier 2006 09:55

Modifié le lundi 23 janvier 2006 12:53

Réaction à chaud: UN TICKET POUR L'ESPACE - Eric Lartigau

Réaction à chaud: UN TICKET POUR L'ESPACE - Eric Lartigau
Film français avec Kad, Olivier Barroux, Marina Fois, Guillaume Canet, André Dussolier (2006).





















Résumé: Face à l'incompréhension de la population française quant au montant des crédits alloués à la recherche spatiale, le gouvernement lance une vaste opération de communication. En partenariat avec le Centre spatial français, un grand jeu est organisé. "Le ticket pour l'espace", un jeu à gratter, va permettre à deux civils de séjourner dans la station orbitale européenne, en compagnie d'un équipage professionnel. L'opération est un immense succès. Tout se passe bien, jusqu'à ce que l'un des deux gagnants prenne la station en otage... -Résumé Allôciné-

L'autre jour je suis allé voir Un Ticket pour l'Espace avec ma Rox dans un cinéma où j'ai payé ma place au prix unitaire et imbattable de vingt centimes (ne me demandez pas comment j'ai fais je n'ai rien compris moi non plus). Je m'installe, bien content de cette petit affaire (hihi) et puis le film commence. Après le pastiche des enquêtes policières à l'américaine Mais qui a tué Pamela Rose? (de qualité très limite, au scénario douteux) Kad et Oliver continuent sur la même lancée en parodiant les blockbusters de science fiction. La recette est à peu près la même et elle fonctionne à merveille: l'humour est essentiellement basé sur le ridicule des personnages, les anachronismes ou autres incrongruités loufoques (une brebis qui pilote un hélicoptère par exemple ou l'attaque d'un dindon géant). Mais là où le film surprend vraiment je trouve, c'est qu'il propose un scénario tout à fait cohérent d'un bout à l'autre de la bande, sans jamais faiblir. En plus d'être cohérent, il est surprenant et réserve son lot de surprises et de moments critiques où le suspense se fait indéniablement ressentir. Bref, le divertissement est de qualité.
Pour ce qui est de la réalisation, bon c'est un film français qui ne se prend pas la tête, la mise en scène ne fait pas de recherche artistique particulière, rien de tout ça, que de la mise en image simplissime, c'est bête et méchant. Pas de prétention non plus mais plutôt beaucoup d'ironie et de dérision. Les effets spéciaux sont de qualité moyenne mais ça franchement on s'en fout, donc ça passe très bien, même sur grand écran. Même le dindon dangereusement baveux articulé est presque crédible tant l'on ressent que l'objectif n'est pas le réalisme. Idem pour la musique, plus parodique qu'autre chose. Marina Fois garde ses rôles de débile et nous pond une composition moyenne qui sent le déjà vu. Plus agaçant qu'autre chose. Olivier Barroux est par contre très convainquant, bien que ce ne soit pas le type de rôle qui lui convienne le mieux. La palme revient à Kad, très drôle et vraiment attachant. Guillaume Canet n'est ni bon ni mauvais et André Dussolier ne tient pas un rôle à la hauteur de son talent. Les cinéphiles s'amuseront à déceler les nombreux clins d'oeil à d'autres oeuvres comme 2001: L'Odyssée de l'Espace, Alien, Jurassic Park ou encore Armaggedon. En gros, une comédie qui n'a pas la lourdeur d'un RRRrrr!!! et qui garde une ligne directrice du début à la fin. Chapeau.

En deux mots: Un divertissement qui tient la route et qui remplit amplement son contrat.




--14/20--

# Posté le mardi 24 janvier 2006 07:09

LA HAINE - Matthieu Kassovitz

LA HAINE - Matthieu Kassovitz
Film français avec Vincent Cassel, Karim Belkhadra, Hubert Koundé (1995).

























"C'est l'histoire d'un mec qui tombe d'un immeuble de cinquante étages. Tout au long de sa chute, le mec se rassure en se disant "jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien...""

Résumé: Trois copains d'une banlieue ordinaire trainent leur ennui et leur jeunesse qui se perd. Ils vont vivre la journee la plus importante de leur vie apres une nuit d'emeutes provoquee par le passage a tabac d'Abdel Ichah par un inspecteur de police lors d'un interrogatoire. -Résumé Allôciné-

Avec La Haine, Matthieu Kassovitz signe l'un de ses plus grands films. Dans une banlieue parisienne, trois jeunes zonent avec leurs potes, entre deux fumettes et deux danses de rue, entre deux graffitis "Nik la Police" bien placés juste où il faut, il y a des endroits statégiques, comme sur la fourgonette des forces de l'ordre. Au début du film, une émeute éclate entre les agents et les jeunes de la cité. Pourquoi? Parce que l'un des leur, Abdel, est à l'hôpital, souffrant des blessures infligées par un policier lors d'une interrogatoire. La vengeance les ronge, si Abdel meurt, un flic doit mourrir, c'est comme ça. L'une des grandes forces de La Haine, c'est d'abord d'avoir centré le récit sur trois personnages au final très attachants. Vinc d'abord, joué par un nouvel acteur surdoué, Vincent Cassel (au jeu déjà inégalable). Bien que d'abord antipathique, une sorte d'anti-héros, vulgaire et bête, Vinc gagne en sympathie à mesure que l'histoire progresse parce que c'est malgré tout un bon ami et qu'il est prêt à tout pour leur venir en aide. Karim ensuite, le petit rigolo de la bande. Et enfin le plus sage d'entre eux, cousin "Hub" qui n'a pas besoin de boire du cacolac car c'est déjà un cacolac, qui n'en peux plus de vivre dans la cité et qui veut s'affranchir de toute cette... haine. Le deuxième point fort du film est son scénario, très simple, très linéaire, tout se passe en une journée, mais comme chaque nouveau chapitre est indiqué par l'heure de la journée, on s'attend irrémédiablement à un dénouement fatal. Ces jeunes ont-ils un avenir? Dans ce microcosme où ils évoluent, rien ne leur fait penser à leur avenir mais tout les enferme dans un monde fait de béton et de flics. Pourtant, parfois une affiche le leur rappelle: "Le Monde est à Vous" (l'une des dernières scènes montre Karim taguant cette affiche et remplaçant "Vous" par "Nous"). Et oui, le monde est à eux pourtant, mais rien dans cette vie leur donne l'occasion d'en prendre possession.
Ce deuxième point renforce énormément l'impact du film. Critique de la société d'accord, mais oeuvre cinématographique d'abord, le long métrage ne se revendique pas seulement comme un traité sur la société mais propose réellement un regard neuf et propre sur l'un des problèmes les plus importants, la jeunesse perdue, la jeunesse violente. Pourquoi la vengeance? Pourquoi cette haine? Le film tente de nous donner une réponse mais nous laisse également seuls pour interpréter et émettre notre avis sur ce qui se passe en France tout particulièrement. Tout le film reste ouvert et c'est ce qui est absolument remarquable. J'en viens donc au troisième point fort du film, le fait qu'il s'accèpte d'abord comme une oeuvre d'art. La réalisation de Kassovitz est léchée, tous les plans sont cadrés au millimètre près, les mouvements sont lascifs, les ralentis superbes et les accélérations servent à l'action, soutiennent le propos. Le noir et blanc est superbe, pas étonnant qu'il ait reçu le prix de la mise en scène lors du Festival de Cannes. Lorsqu'on le regarde, on ne peut s'empêcher de se dire que visuellement, c'est un bijou. Vraiment. je n'ai rien à redire à propos de la mise en scène de Kassovitz, qui est finallement un très très grand réalisateur (Les Rivières Pourpres est nettement moins bon de ce côté). On notera donc quelques accélérations, quelques ralentis (superbes), un long et superbe effet vertigo (lorsqu'ils arrivent dans Paris, ce qui renforce le fait qu'ils ne sont rien, ce sont des fourmis qui marchent dans le monde) et un superbe vol plané au-dessus de la cité. Vincent Cassel y est définitevement parfait dans le rôle qui l'a fait découvrir au grand public. C'est l'un de mes acteurs préférés, charismatique, et quel bonheur de le voir lancer devant sa glace à la manière de Travis: "C'est à moi qu'tu parles?" Hubert Koundé a lui aussi fait du chemin depuis puisqu'on l'a vu récemment dans The Constant Gardener de Meirelles.
La fin laisse sur le cul, on est littéralement cloué au siège par tant de maîtrise. A nous d'imaginer comment cela se termine réellement, le long ne nous dit rien, tout comme la vie ne nous dit rien. C'est imprévisible, incertain. La Haine se révèle être un constat très pertinent de l'état actuel des choses, mais tout en restant relativement distant et en insistant sur la réalisation, parfaite. La vraie grosse claque du film.

"C'est l'histoire d'une société qui va mal. Et tout au long de sa chute, elle ne fait que de se rassurer: jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien..."

En deux mots: Un excellent film, presque choquant, mis en scène avec génie par Môssieur Kassovitz, César du meilleur film, respect...




--19/20--

# Posté le mardi 24 janvier 2006 09:30

BREAKING NEWS - Johnnie To

BREAKING NEWS - Johnnie To
Film hong kongais avec Richie Jen, Kelly Chen, Nick Cheung (2005).






















Résumé: Une équipe du journal télévisé retransmet en direct la fusillade qui oppose un bataillon de forces de police à cinq malfrats qui viennent de dévaliser une banque. La diffusion de la défaite humiliante des policiers porte un coup terrible à leur crédibilité. Alors qu'il mène une autre enquête dans un bâtiment vétuste, le détective Heng découvre par hasard le repère des cambrioleurs. Le chef du gang, Yuan, voit alors des milliers de policiers se rassembler autour de l'immeuble et se préparer à lancer l'assaut. Pour damer le pion aux médias sur leur propre terrain, l'inspecteur Rebecca décide de transformer cet assaut en véritable spectacle télévisé. -Résumé Allôciné-

Breaking News dès le début se la pète déjà. En effet, le film commence par un immense plan séquence du tonnerre de dieu et il est vrai, je n'en ais jamais vu d'aussi beau. Sans une once de musique, en quelques minutes, en quelques mouvements de caméra, To pose la situation, le lieu, les enjeux, présente les personnages, qui? où? pourquoi? comment? Tout y est, et c'est d'une maîtrise à faire rougir les plus grands cinéastes. Mis à part un léger tremblement de la caméra qui ne fait finalement que d'ajouter du charme à l'image, ce plan séquence là est absolument magistral. Il part du bout d'une ruelle, longe les murs d'un immeuble, pénètre presque dans une fenêtre pour dévoiler ce qui s'y passe, redescend (en suivant un journal emporté par le vent) vers une voiture où sont postés deux agents des forces de l'ordre en civil (l'un d'eux attrape le journal), puis une fusillade éclate, la caméra tourne au milieu des échanges de balles, prend de nouveau de l'altitude pour découvrir un voyou posté à une fenêtre, ce dernier saute par celle-ci, on le suit, plongée, sublime je vous dit. Tout est précisément chronométré à la suisse, orchestré à la Woo mais en temps réel! Cette séquence pose le leitmotiv de toute la mise en scène de l'oeuvre: une caméra tournoyante et virevoltante filme une action quasi ininterrompue. C'est du cinéma d'action, du vrai, du pur. Mais ce n'est pas comme ces films américains blindés de testostérone plus que de matière grise, ici tout a une raison et rien n'est illogique, tout est cohérent et plausible, bien que le postulat de départ soit simplissime, To réussit en plus à y glisser quelques nouveautés.
Breaking News est une jolie critique de l'influence des médias dans notre société actuelle. Ici, l'intervention policière est vue à travers la caméra et utilise tous les moyens de communication imaginable: internet, téléphone portable,... Critique des médias d'accord, mais aussi constat d'un monde numérique et analogique, où tout passe par des fibres électroniques. L'information est primordiale et l'oeuvre montre bien combien les gens, les téléspectateurs, sont influençables. On peut nous faire croire tout à fait n'importe quoi, à partir du moment où l'info est véhiculée au travers du tube cathodique. Ici l'information se transforme en une sorte de télé-réalité dangereuse où des otages peuvent mourrir en direct. Breaking News, ou le choc des images. Celui qui gouverne les médias ne serait-il pas en fait de compte le maître du monde? Le film se fait tour à tour violent, ironique, drôle, ne lésinant pas sur certains clichés (la scène où ils préparent le festin). En ce qui concerne l'action, c'est du lourd, du musclé, sans fioritures, juste ce qu'il faut, avec quelques explosions et quelques fusillades, To nous hypnotise et nous émerveille. Dommage juste que le split screen ne soit pas plus exploité car lorsque les actions y sont vraiment élaborées c'est très jouissif. On retrouve vers la fin quelques séquences de toute beauté, comme celle dans la fourgonette que poursuit l'agent en moto. Le long métrage s'achève enfin sur une happy end en demi-teinte, sans l'emphase caractéristique des films amerloques. Tout à fait plaisant!

En deux mots: De l'action intelligente, une critique pertinente, Breaking News est un concentré de plaisir, avec en prime l'un des trois plus beaux plan-séquences de l'histoire du cinéma.




--18/20--

# Posté le mardi 24 janvier 2006 11:04