Top 50: MES DIX FILMS CULTES

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2001: L'ODYSSEE DE L'ESPACE

STANLEY KUBRICK



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Critique:

Si je devais faire un classement purement objectif, ce film occuperait la première place de ce Top 50. Pour moi, il s'agit ni plus ni moins du plus grand film jamais réalisé par la main de l'homme (mais Kub' était-il seulement humain?). 2001 est une oeuvre grandiose, fascinante, mystérieuse, hypnotique, psychédélique, poétique, visionnaire, qui influenca bon nombre de production ultérieure en matière d'effets spéciaux, comme Star Wars, Alien ou Blade Runner. Film sur la beauté, les merveilles et les promesses de la conquête spatiale (il est sortit en 1968, un an avant le premier pas de l'homme sur la lune), il intrigue et ébloui par l'infinité de questionnements qu'il soulève, c'est d'une profondeur philosophique et mystique encore jamais égalée. Adapté de la nouvelle d'Arthur C. Clarke, La Sentinelle, 2001 devait originellement être un semi-documentaire avec voix-off et interview de scientifiques, avant qu'un projet artistique et cinématographique plus ambitieux l'emporta. Le film parle de la relation que l'homme entretient avec le cosmos, cette infinité, cet univers inconnu qui étourdit tellement il est immense, et suscite crainte, parfois même de la terreur.
Le long métrage débute (dans sa version intégrale DVD et non cinéma) par un écran noir. On entend le morceau Atmosphères de Ligeti durant presque trois minutes. C'est comme un échauffement avant un concert, c'est comme le néant avant le quelque chose, l'origine de l'homme, l'origine de l'art. Le support de Kub' est le celluloid et dès le début, il nous enveloppe de musique, comme pour nous dire "fermez les yeux, détendez-vous, laissez-vous aller, je vais vous raconter la plus merveilleuse des histoires". Puis le logo MGM apparaît en même temps que début le très célèbre Ainsi parlait Zarathustra de Strauss, puis, un alignement de planètes. Cette musique sera le leitmotiv qui marquera tout au long du film les grands tournants, les importantes poussées intellectuelles, l'évolution de l'homme vers celui de surhomme immortel. Première partie: l'aube de l'humanité. Une première partie dérangeante car on s'attend évidemment à voir des vaisseaux spatiaux et des hommes en scaphandre. Que neni. Kubrick nous présente l'homme à ses débuts, à l'époque ou presque rien ne le différenciait du singe. Et puis un jour, un étrange monolithe. La scène est divine, la musique dérangeante, effrayante. D'où vient ce bloc noir? Quel est son but? Après l'avoir touché, un singe apprend à se servir d'un os comme arme. Nouvelle poussée intellectuelle, nouvelle évolution, la scène est culte. Ce monolithe très lisse, impénétrable, opaque, incassable, non humain, contient la source de cette évolution. Ellipse fulgurante: l'os jeté en l'air se transforme en vaisseau spatial (qui contiendrait des ogives nucléaires: on passe de l'arme primitive, à l'arme ultime). Le Beau Danube Bleu résonne dans les oreilles, c'est un poème visuel que nous offre le génial cinéaste, une danse cosmique légère, où tout le monde lutte contre l'apensanteur, cette force qui nous pousse à rester les pieds sur terre. Là Kubrick développe un semblant d'intrigue, juste suffisante pour maintenir l'attention. Une édcouverte sur le sol lunaire, un nouveau monolithe, un signal, un message envoyé vers Jupiter. Ce nouveau monolithe a été placé ici par des intelligences extra-terrestres et les avertir au moment où l'homme le découvrirait. Une nouvelle étape a été atteinte.
Troisième partie, une mission vers Jupiter, le coeur de l'histoire, je ne dévoilerait rien pour celui qui ne l'a pas vu mais ici Kub' dresse le portrait d'un ordinateur savant à la voix suave, incarnation de l'évolution technologique, et duquel il faut se méfier. La technologie fait peur, mais ne peut en aucun cas dépasser l'intelligence humaine. Troisième monolithe, qui ouvre l'homme a un voyage interstellaire, le fait découvrir des choses qu'il ne soupçonnait pas, des merveilles, des bijoux, des trésors. Là on atteint des sommets de poésie. Comment plonger encore une fois son regard dans l'immensité d'un ciel nocturne sans avoir son regard définitivement différent? L'homme est alors placé dans un appartement style renaissance, un zoo humain où l'on sent la présence d'êtres étrangers. Grâce à d'habiles ellipses, on s'aperçoit que l'homme vieillit pour mourrir, mais renaître, sous l'impulsion d'un quatrième monolithe. Sauf que là il ne renaît pas en homme, mais en surhomme, un foetus stellaire, un enfant des étoiles, le plan final nous le montre de retour sur terre. Même si Kubrick se montre pessimiste en ce qui concerne la technologie, je trouve qu'il est extraordinairement optimiste pour la condition humaine. C'est une boucle, un cycle. L'apensanteur a encore ramené l'homme sur terre, mais il en est revenu changé, un voyage dans les étoiles bénéfique, purificateur. Il est important pour l'esprit de l'homme qu'il ne reste pas figé sur sa planète, mais qu'il prenne son envol. Que cache l'univers? Pourquoi sommes-nous ici? D'où venons-nous? Où allons-nous? Ce film nous met face à ces grandes questions philosophiques en laissant libre cours à la réflexion du spectateur. Paradoxalement, il s'agit de l'oeuvre la plus émotionnelle du cinéaste. Je dis paradoxalement parce que l'homme y est insignifiant, il n'y a quasiment pas de dialogues, pas de grandes performances d'acteur. Que de plus merveilleux que de se laisser émouvoir par quelques notes de musiques et quelques images sublimes? Autant dire que rien n'est laissé au hasard.
Chaque plan a une signification particulière, chaque composition, chaque mouvement de caméra, rien n'est de trop, rien n'est inutile. En ce qui concerne la mise en scène, on atteint la perfection cinématographique. On ne voit même pas les 205 scènes d'effets spéciaux, réalisées avec des maquettes très détaillées et photographiées avec une extrême précision. Des effets spéciaux qui ont valu à Kubrick le seul Oscar de sa carrière, et qui non seulement n'ont pas vieillit, mais en plus n'ont jamais été surpassés au jour d'aujourd'hui car rien n'est plus réaliste que les maquettes alors que tout est en images de synthèse en ce moment. Aux interprétations multiples, 2001 est un film simplement immense.




Je ne trouve pas les qualificatifs qu'il faudrait que j'utilise ici que je n'ai déjà utilisé dans la critique. 2001 est une oeuvre parfaite à tous les points de vue. L'un de mes dix films cultes.




amblin7
Top 50: MES DIX FILMS CULTES

# Posté le lundi 20 février 2006 10:23

Modifié le samedi 04 mars 2006 07:21

LA MOUCHE - David Cronenberg

LA MOUCHE - David Cronenberg
Film américain avec Jeff Goldblum et Geena Davis (1986).






"Une vieille dame a avalé une mouche au dîner, peut-être est-elle morte..."








Résumé: Seth Brundle est un jeune biologiste très doué. Après avoir fait ses premières armes dans une brillante équipe, il se décide à travailler seul. Il met au point une invention qui doit révolutionner le monde : la "téléportation" qui consiste à transporter la matière à travers l'espace. Les essais sur un babouin sont peu convaincants et après des fuites dans la presse, il décide de se téléporter lui-même. Seulement il ne s'apercoit pas qu'une mouche fait partie du voyage. -Résumé Allôciné-

La Mouche est le remake du très moyen La Mouche Noire avec Vincent Price, où la tête et un bras d'un scientifique se voient transformés en ceux d'une mouche après une erreur dans la manipulation de ses étranges inventions. Malheureusement, ce film des années soixante a un énorme défaut: il focalise toute l'action sur la femme du scientifique au détriment de ce dernier. David Cronenberg y remédia avec intelligence en réalisant cet excellent long métrage, davantage centré sur la psychologie de Seth Brundle, le malheureux scientifique visionnaire, tout en replaçant l'intrigue dans un contexte plus actuel. Le film bénéficie d'une structure exemplaire, deux parties, la première centrée sur les sentiments amoureux qu'éprouvent les deux personnages principaux et la seconde centrée sur l'horrible décomposition de Seth, sa transformation d'homme en effrayant insecte. Alors que la première façonne le suspense, présente le protagoniste, expose les enjeux très efficacement, la seconde détruit tout ce qui a été construit, une véritable descente aux enfers et un déluge d'effets gore à souhait. Le rythme global est assez lent, le temps pour le spectateur de s'imprégnier de cette atmosphère mécanique et technologique (d'abord) et organique (ensuite). Une structure qui transpire le sujet maîtrisé à fond, bien trop rare de nos jours, surtout dans le cinéma américain. Toute la deuxième moitié de la bande est d'autant plus percutante que la première a été bien menée.
Une mécanique de la peur qui ne repose aucunement sur les effets de surprise ou sur des violons grinçants. Non, ici la peur réside dans ce que nous avons tous au fond de nous, cette peur viscérale, plus profonde, plus inconsciente, plus abstraite. La peur de la maladie notamment, notez comment le début de la transformation de Seth ressemble à une maladie, un cancer, ou même le Sida, on le voit marchant difficilement, appuyé sur une canne. Mais aussi la peur de voir se décomposer notre propre corps, la perte des cheveux et des dents par exemple. Seth perd tout, ses ongles, son sexe. Qui n'a jamais fait ce rêve, où l'on perd nos dents? Nous voulons toujours posséder et maîtriser notre corps, celui-ci ne doit pas nous échapper. C'est d'ailleurs ce que ressent le protagoniste juste après sa téléportation: il se sent plus fort, plus souple, "amélioré", comme un surhomme, qui gouvernerait sur le monde entier, une évolution, une nouvelle race. Cette phase ne fait qu'accentuer le désespoir de Seth et ses illusions perdues. Proprement fascinant. C'est un des thèmes que l'on retrouve dans toute la filmographie de Cronenberg, a commencer par Vidéodrôme, son chef-d'oeuvre, où le corps est malmené pour ensuite ne plus exister qu'au travers le support vidéo.
Et puis il y a cette mouche, minuscule insecte, cette faille, ce grain de sable dans l'engrenage, incarnation du papillon de la théorie du Chaos, il passe inaperçu mais a de catastrophiques répercutions. Et pourtant la mouche est un insecte très résistant et habile, capable de véritables prouesses aériennes. Mais La Mouche est surtout une formidable histoire d'amour, un amour qui résiste malgré la souffrance de voir l'être aimé mourrir à petit feu devant nos yeux. La métamorphose, parabole de la maladie? Cela ne fait presque aucun doute. Jeff Goldblum est saisissant dans son rôle, ses heures de répétitions et de musculation n'auront pas été vaines. Il nous réserve quelques bons moments de frayeur pure, comme lorsqu'il s'attaque à l'ex de Véronica avec l'acide qu'il sécrète par la bouche, ou encore sa mutation finale en créature démoniaque. N'oublions pas de signaler que les maquillages sont très bons, bien qu'ayant vieillis, ils ont ce charme indéniable qui nous font tout de suite oublier leurs défauts. On accroche, on adhère, c'est gluant, visqueux, biologique, sanglant, terrifiant. La mise en scène, subtile, est presque sans faille pour une production du genre, les mouvements de caméra sont amples et les points de vue travaillés. La photagraphie, couleurs glauques et lumière tamisée, est superbe. N'oublions surtout pas la musique, inoubliable.

En deux mots: Un classique du cinéma d'horreur, qui distille une atmosphère unique et qui recelle d'inombrables moments forts. A voir et à revoir de toute urgence.




--17/20--

# Posté le jeudi 23 février 2006 16:56

NOCTURNE - Lars Von Trier

NOCTURNE - Lars Von Trier
Court métrage danois (1980).




















Résumé: Une jeune femme est atteinte d'une maladie la menaçant de devenir complètement aveugle.

Troisième court métrage du célèbre cinéaste danois (The elements of crime, Breaking the waves, Dancer in the Dark, Dogville, Manderlay, Washington), Nocturne est une bande très sombre, où l'impact de chaque image, de chaque plan, est stupéfiant. Passionnant à regarder en boucle, il plonge le spectateur dans la peau d'une jeune femme qui semble perdre la vue à petit feu. La cécité, un thème cher à Lars Von Trier que l'on retrouvera notamment dans Dancer in the Dark, mais pas seulement. Contrairement à son style actuel, caméra à l'épaule, tournage en DV (ce qui confère une esthétique très documentaire à ses films), celui de ce court est plus épuré, tout en plans fixes et en mouvements calmes. Rien ne doit briser cette bande fragile, murmurée, où tous les dialogues sont chuchotés. En forme de huis-clos, les quelques minutes nous enferment et nous forcent à nous replier sur la psychologie du protagoniste, dont le seul lien avec l'extérieur est le téléphone. Elle parle à quelqu'un d'un voyage en avion vers Buenos Aires. La recherche graphique et sonore est tout simplement géniale, rien que ce tout premier plan fixe, étrange, onirique, bizarre, qui marque et guide, qui expose toute une théorie de la mise en scène. Les différentes scènes sont montées sur une partition musicale aussi étrange que les images auxquelles on a droit, faite de quelques notes de l'album Heroes de Bowie et de bruits curieux. Certaines associations rappellent Bunuel, comme cette bouteille laissant s'écouler l'eau qu'elle contient faisant échos à une larme roulant sur une joue et aux gouttes que le personnage s'injectent dans les yeux. C'est mélancolique, très beau, très tranquille, c'est comme si on était sous l'eau, en apnée, rien n'est agressif et le final optimiste. Le soleil se lève, une nouvelle journée commence, l'aube, un vol d'oiseaux rappelant le vol en avion à Buenos Aires et le fait que la personne au bout du fil lui ait dit: "tu as toujours aimé voler". Oiseaux symboles de liberté, on passe d'un environnement confiné à l'air libre, on respire enfin et on admire le travail du cinéaste. Un court métrage très prometteur.

En deux mots: Un court magnifique, à la recherche stylistique frisant le génie.




--19/20--

# Posté le vendredi 24 février 2006 09:53

BATMAN - Tim Burton

BATMAN - Tim Burton
Film américain avec Michael Keaton, Kim Basinger, Jack Nicholson (1989).

































Résumé: Le célèbre et impitoyable justicier, Batman, est de retour. Plus beau, plus fort et plus depoussiéré que jamais, il s'apprête à nettoyer Gotham City et à affronter le terrible Joker... -Résumé Allôciné-

Il était une fois mon super héros préféré, inquiétant, torturé, évoluant dans un univers des plus sombre et des plus sordide, affrontant les ennemis les plus déjantés jamais vus, il était une fois Batman, personnage aujourd'hui mytique créé par Bob Kane et Bill Finger en 1939 (et oui, Batman est vieux...), dont les aventures sont publiées par DC Comics. Bien qu'il ne possède pas de super pouvoirs comme Spiderman ou Superman, son adresse au combat, sa force, son intelligence ou encore ses gadgets font tout de même de lui un super héros. Le jour, Batman est Bruce Wayne, l'un des hommes les plus riches et les plus mystérieux de Gotham City, jouissant d'une fortune colossale héritée de ses parents, assassinés sous ses yeux par des malfrats alors qu'il n'avait que dix ans. Avant Batman Begins, Tim Burton a déjà mis en image ce drame de façon fort convainquante. L'oeuvre centre effectivement beaucoup son propos sur la psychologie schizophrène d'un homme qui a du mal à faire la part des choses. Après les deux adaptations live du comics mis en scène en 1943 par Lambert Hillyer et en 1966 par Leslie H. Martinson, Tim Burton rescucite le super héros noyé dans le kitsh et le ridicule et lui offre un écrin majestueux, bien qu'il ne s'agisse que de divertissement. C'était vraiment l'artiste idéal pour ce très difficile compromis: divertir mais rester passionnant de complexité. Peu de réalisateurs peuvent aujourd'hui se vanter d'en être capable (Sam Raimi avec ses Spiderman a fait aussi bien).
En retardant l'apparation de l'homme chauve souris et en gardant le mystère sur l'identité de Bruce Wayne, Burton captive malgré un script des plus classique, et puis aujourd'hui, qui ne connaît pas cette histoire... Il met notamment le protagoniste face à son ennemi juré, Le Joker, dont il montre également l'épouvantable transformation. Jack Nicholson est parfait dans ce rôle de méchant, profitant d'un charisme à toute épreuve. Ce qui est bien avec Burton, c'est qu'il n'hésite pas à aller très loin et pousse jusqu'au bout ses idées, ce qu'il fera avec d'avantage de panache dans la suite, Batman Returns. Ainsi Joker tue de sang froid et parfois de façon vraiment sadique, comme cette scène où il s'adresse au cadavre d'un homme qu'il vient d'électrocuter. Tout simplement délicieux. Le côté très froid et sombre du comics est très bien retranscrit, comme cela a déjà été le cas en ce qui concerne la série de dessins animés diffusée à partir de 1992, mais en gardant en tête qu'elle s'adresse à un large public. Rien n'est choquant, mais certaines situations peuvent être dérangeantes, avec toujours un décalage certain entre violence et humour, sans que l'humour ne dénature la violence, comme c'est le cas dans beaucoup de productions actuelles. Un humour très présent accentué par la présence du méchant Joker, avec un rictus permanent sur son visage maquillé de fou. Joker et Batman sont pareils, schizophrènes, poussés par des impératifs sociaux et des drames dans leur vie à mener une double existence. Plus passionnant encore sera le personnage de Catwoman dans la suite géniale de ce premier opus.
La mise en scène de Burton est propice aux séquences d'action et reste avant tout orientée vers un cinéma de divertissement. Néanmoins, on reconnaît sa patte, surtout dans des décors dantesques sublimes, le Gotham City de Burton est vraiment le plus spectaculaire, le plus noir, le plus mal famé de tous les Gotham live. Même si le film a vieilli, la ville reste extraordinairement convainquante, un Oscar des Meilleurs Décors amplement mérité donc. Michael Keaton campe un Bruce Wayne moins charismatique que Christian Bale, mais nettement plus à sa place que n'importe quel Val Kilmer ou encore George Clooney (pour des Batmans atteignant des sommets de niaiseries). Enfin, Kim Basinger est la touche de charme dans ce monde de brutes, une touche féminine bien venue, bien que sujette à de nombreux clichés mais rien d'important, rien qui pourrait porter préjudice à l'oeuvre, qui reste d'abord un divertissement et qui s'assume comme tel. Bref, tous les ingrédients sont réunis pour passer un bon moment: un scénario qui tient la route (bon, peut-être un peu trop linéaire), d'excellents personnages bien travaillés et surtout un grand réalisateur aux commandes, que demander de plus, je vous le demande?

En deux mots: Un divertissement qui fit renaître de ses cendres un super héros dénaturé. Voilà le vrai Batman, torturé et introspectif.




--16/20--

# Posté le mardi 28 février 2006 13:35

BATMAN RETURNS - Tim Burton

BATMAN RETURNS - Tim Burton
Film américain avec Michael Keaton, Michelle Pfeiffer, Danny DeVito (1992).

























Résumé: Non seulement Batman doit affronter le Pingouin, monstre genetique dote d'une intelligence a toute epreuve, qui seme la terreur mais, plus difficile encore, il doit faire face a la seduction de deux super-femmes, la douce Selina Kyle et la feline Catwoman qui va lui donner bien du fil a retordre. Si Bruce Wayne apprecie Selina, Batman n'est pas insensible au charme de Catwoman. -Résumé Allôciné-

Batman revient dans un film encore plus sombre, encore plus violent, avec encore plus de monstres et de méchants, avec encore plus d'action et de suspense, avec ce Batman Returns (mal traduit par "Batman Le Défi") Tim Burton signe un divertissement de haute volée, qui atteint les cimes des meilleurs films de super héros jamais réalisés! Passé le splendide prologue baroque, qui nous fait déjà constater l'allure incroyable des décors, et passé le générique définitivement très burtonien où la mise en image conjuguée à la formidable musique d'Elfman est une claque, on assiste à la naissance des deux méchants. Alors que dans le premier opus le scénar se concentrait sur Batman et son opposé fou furieux, cette suite fait plus fort en mettant face à notre héros deux ennemis redoutables: le pinguin et catwoman. Le protagoniste est même largement rélégué au second plan durant toute la première moitié du film, le temps d'approfondir la richesse psychologique des personnages, des méchants si travaillés qu'ils en deviennent plus passionnants que Batman lui-même! Le pinguin (formidable Danny DeVito!!!) est d'abord une victime, un enfant rejeté, en quête de ses origines. Ne pas savoir d'où il vient lui fait le plus grand mal et trouver son nom est d'abord son premier objectif. Catwoman (subliiiiime Michelle Pfeiffer!!!) est bien le personnage le plus malade des deux, une vraie schizophrène en pleine crise psychotique, qui se prend pour un chat dans une combinaison de cuir sado-masochiste que Pitof a complètement dénaturé. Ce qui n'en fait absolument pas un film manichéen, tout le monde a ses failles, ses faiblesses, personne n'est invincible.
Bruce Wayne, toujours interprété tout en finesse par Michael Keaton, apparaît encore plus torturé que dans le premier film, seul, abandonné par les femmes, éternel séducteur mais incapable de maîtriser une relation de couple stable, résultat: ses conquêtes sont toutes un fiasco. On est loin de James Bond qui se tape toutes les nanas qui lui tombent sous la..., enfin bon, passons. L'univers est traité avec davantage de sérieux mais il reste néanmoins bien déjanté. La mise en scène conjugue avec une très grande habileté les scènes intimistes et les séquences d'action, dont l'agencement laisse pantois de maîtrise. Ce qui est vraiment formidable avec ce long métrage, c'est que Tim Burton s'approprie un mythe, le fait sien, c'est SA vision d'une histoire. Ainsi il nous surprend avec tant de noirceur, tant de violence, tant d'érotisme, tant d'ambiguité. Une richesse presque étourdissante tellement elle est inépuisable. C'est un énorme propos sur la dualité homme animal, un homme en chauve-souris, une femme en chat, un homme-animal qui n'a pas besoin de porter de masque pour impressionner. Tout le monde est étrangement malade, ce sont des personnes sans identité, le pinguin n'a pas de parents et Catwoman est une ratée, le néant existentiel. Tous souffrent de ce qu'ils sont. Rarement film a gros budget aura permis autant de dérapages contrôlés, Burton devant faire face à de nombreuses pressions, qu'il a su gérer merveilleusement. Batman Returns est un film malade, où tout n'est qu'élucubration phantasmatique, un cauchemar pour toute la famille, où sous-entendus sexuels ("il faut que je rentre chez moi pour nourrir ma chatte") côtoie un côté baroque terrifiant (la scène d'ouverture, le pinguin saignant vert par la bouche). Pessimiste, le film s'achève sur la mort ou la solitude de ce trio formidable, triangle complexe et en tout point passionnant.
A 95 pourcent nocturne, le film se déroule dans un Gotham City qui a perdu de sa grandiloquance et qui ne se constitue plus que dans quelques ruelles mal famées où les malfrats sont légion. La musique formidable de Danny Elfman a un impact émotionnel très puissant. Le réalisateur est allé très loin, il y a mis toutes ses tripes et nous a pondu une chose étrange, malléable, obscure, qui peut être comprise d'abord comme un excellent film d'action et puis ensuite comme un chef-d'oeuvre ultra-complexe sur la nature humaine et sa schizophrénie sous-jacente. Ce batman là est indiscutablement le meilleur, profitant également d'une photographie noir bleutée qui ne fait que supprimer la lumière du soleil pour rendre la nuit magnifique. Plus je m'avance dans cette critique et plus je deviens persuadé que ce Batman là est non seulement le meilleur de la série, mais également le meilleur film de super héros, assez loin devant Spiderman 2. C'est beau, c'est excentrique, c'est déchaîné, survitaminé, plus de deux heures de pur délire cinématographique. Merci Tim!

En deux mots: Désespérément malade, Batman Returns est une chose impeccable qui n'existait que dans les rêves des cinéphiles les plus fous. Le meilleur de la série et encore d'avantage.




--18/20--

# Posté le mercredi 01 mars 2006 14:06