JEAN-PIERRE JEUNET
Combien croyez vous qu'il y ait d'orgasmes dans votre ville, au moment ou vous lisez ces lignes?
Enfin un vrai film qui apporte véritablement quelque chose! Enfin de l'originalité, de l'inventivité, de l'unique! Enfin un film qui change la vie! On en ressort comme sous l'effet d'une drogue, la vie nous semble plus belle, plus colorée! Enfin un chef-d'oeuvre de bonne humeur, d'émotions et de drôlerie dans ce monde de brutes! C'est avec des films comme celui-ci que je continue à aller au cinema avec l'espoir de retrouver cette fougue créative!
Jean-Pierre Jeunet se disait, en écrivant l'oeuvre de toute une generation de spectateurs, "mais qui est-ce que cela va intéresser?" Il ne se doutait certainement pas d'un tel succès. Public et critiques seront unanimes, même s'il a été injustement bâni de la compétition du Festival de Cannes l'année de sa sortie, où il aura certainement remporté la Palme d'Or tant convoitée. Je ne vais donc pas m'attarder sur son aspect artistique, puisque tout frôle la perfection. Un dieu du cinéma existe-t-il? Les acteurs, la splendide musique de Yann Tiersen, la photographie saturée (Paris, ô Paris idéalisé), le rythme effréné de la réalisation, l'originalité du scénario, la drôlerie des dialogues (écrits avec une plume enchanteresse), la portée philosophique et moraliste, tout, tout conspire à tendre vers la perfection cinématographique.
Qui se souvient du prologue et de la voix d'André Dussollier? "Madame Poulain aime...", "Madame Poulain n'aime pas..." C'est tellement fort! Qui se souvient de la mise en images des fantasmes d'Amelie enfant, son ami imaginaire, les disques vyniles qui sont fabriqués comme des crêpes ou encore son appareil photo qui cause des accidents? Qui se souvient de son imagination débordante et de sa fragilité lorsqu'elle espère voir son Nino arriver chez elle? Et quel timide ne se souvient pas des paroles de l'homme de verre: "Vous n'avez pas des os en verre, vous pouvez vous cogner a la vie." J'en ai des frissons a chaque fois, rien que d'y penser.
C'est un film écrit avec le coeur, qui réconcilie avec le genre humain. On le regarde émerveillé, le sourire aux lèvres, les yeux grand ouverts, comme des enfants devant un spectacle de marionnettes. C'est un film sur la vie, sur le bonheur, d'une simplicité déconcertante et en meme temps d'une richesse phénomenale. Rares sont les films qui offrent autant de choses a voir en deux heures. Un chef-d'oeuvre je vous dit!
Le fabuleux destin d'Amélie Poulain est arrivé dans une periode oà la fréquentation du cinéma pour les films francais était en train de flancher sévère. Le film a fait retrouver à tout le monde le goût pour les fims exagonaux. Il a battu des records en 2001, ce qui en fait l'un des plus grands succès en France. Film culte au Japon ou encore en Allemagne, c'est le film français le plus vu aux Etats Unis, où il a battu le record détenu jusqu'a present par La cage aux folles en totalisant 20,9 millions de dollars de recette. Du jamais vu. Une pluie de récompenses s'est abattu sur le film, ce qui en fait également l'un des films les plus récompensés de l'histoire du cinema.
Audrey Tautou et Matthieu Kassovitz forment un couple inoubliable, qui n'a pas frissonné lors de la scène des baisers? Ecrit et réalisé par un Jean-Pierre Jeunet aux doigts d'ange, le long métrage bénéficie de ce charme de film d'auteur, un charme que l'on ne retrouvera pas dans Un long dimanche de fiançailles. Touché par la grâce, ce fabuleux destin touche par son histoire simple, le titre est paradoxal, ici rien n'est fabuleux, rien n'est extraordinaire. Il a un peu le même effet que Big Fish de Tim Burton, il embellit le quotidien en le rendant magique, la vie est magique et il faut en profiter! Cette façon de décrire d'infimes détails (le film commence tout de même par la courte histoire d'une mouche qui se fait écraser par une voiture à Montmartre!) rend l'ensemble abyssal de profondeur où l'humour (même parfois assez noir, caractéristique de l'auteur) est prédominant. Il faut regarder ce film avec les yeux d'un enfant, se laisser aller, se laiser emporter par la fantaisie, l'excentrisme, et ne pas avoir peur des contes simples. Ceux qui n'ont pas aimé n'ont tout simplement pas compris la portée du long en n'acceptant pas les partis pris du cinéaste: lâchez-vous, non d'un chien!
amblin7



