Top 50: MES DIX FILMS CULTES

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LE FABULEUX DESTIN D'AMELIE POULAIN

JEAN-PIERRE JEUNET



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Critique:

Combien croyez vous qu'il y ait d'orgasmes dans votre ville, au moment ou vous lisez ces lignes?

Enfin un vrai film qui apporte véritablement quelque chose! Enfin de l'originalité, de l'inventivité, de l'unique! Enfin un film qui change la vie! On en ressort comme sous l'effet d'une drogue, la vie nous semble plus belle, plus colorée! Enfin un chef-d'oeuvre de bonne humeur, d'émotions et de drôlerie dans ce monde de brutes! C'est avec des films comme celui-ci que je continue à aller au cinema avec l'espoir de retrouver cette fougue créative!
Jean-Pierre Jeunet se disait, en écrivant l'oeuvre de toute une generation de spectateurs, "mais qui est-ce que cela va intéresser?" Il ne se doutait certainement pas d'un tel succès. Public et critiques seront unanimes, même s'il a été injustement bâni de la compétition du Festival de Cannes l'année de sa sortie, où il aura certainement remporté la Palme d'Or tant convoitée. Je ne vais donc pas m'attarder sur son aspect artistique, puisque tout frôle la perfection. Un dieu du cinéma existe-t-il? Les acteurs, la splendide musique de Yann Tiersen, la photographie saturée (Paris, ô Paris idéalisé), le rythme effréné de la réalisation, l'originalité du scénario, la drôlerie des dialogues (écrits avec une plume enchanteresse), la portée philosophique et moraliste, tout, tout conspire à tendre vers la perfection cinématographique.
Qui se souvient du prologue et de la voix d'André Dussollier? "Madame Poulain aime...", "Madame Poulain n'aime pas..." C'est tellement fort! Qui se souvient de la mise en images des fantasmes d'Amelie enfant, son ami imaginaire, les disques vyniles qui sont fabriqués comme des crêpes ou encore son appareil photo qui cause des accidents? Qui se souvient de son imagination débordante et de sa fragilité lorsqu'elle espère voir son Nino arriver chez elle? Et quel timide ne se souvient pas des paroles de l'homme de verre: "Vous n'avez pas des os en verre, vous pouvez vous cogner a la vie." J'en ai des frissons a chaque fois, rien que d'y penser.
C'est un film écrit avec le coeur, qui réconcilie avec le genre humain. On le regarde émerveillé, le sourire aux lèvres, les yeux grand ouverts, comme des enfants devant un spectacle de marionnettes. C'est un film sur la vie, sur le bonheur, d'une simplicité déconcertante et en meme temps d'une richesse phénomenale. Rares sont les films qui offrent autant de choses a voir en deux heures. Un chef-d'oeuvre je vous dit!
Le fabuleux destin d'Amélie Poulain est arrivé dans une periode oà la fréquentation du cinéma pour les films francais était en train de flancher sévère. Le film a fait retrouver à tout le monde le goût pour les fims exagonaux. Il a battu des records en 2001, ce qui en fait l'un des plus grands succès en France. Film culte au Japon ou encore en Allemagne, c'est le film français le plus vu aux Etats Unis, où il a battu le record détenu jusqu'a present par La cage aux folles en totalisant 20,9 millions de dollars de recette. Du jamais vu. Une pluie de récompenses s'est abattu sur le film, ce qui en fait également l'un des films les plus récompensés de l'histoire du cinema.
Audrey Tautou et Matthieu Kassovitz forment un couple inoubliable, qui n'a pas frissonné lors de la scène des baisers? Ecrit et réalisé par un Jean-Pierre Jeunet aux doigts d'ange, le long métrage bénéficie de ce charme de film d'auteur, un charme que l'on ne retrouvera pas dans Un long dimanche de fiançailles. Touché par la grâce, ce fabuleux destin touche par son histoire simple, le titre est paradoxal, ici rien n'est fabuleux, rien n'est extraordinaire. Il a un peu le même effet que Big Fish de Tim Burton, il embellit le quotidien en le rendant magique, la vie est magique et il faut en profiter! Cette façon de décrire d'infimes détails (le film commence tout de même par la courte histoire d'une mouche qui se fait écraser par une voiture à Montmartre!) rend l'ensemble abyssal de profondeur où l'humour (même parfois assez noir, caractéristique de l'auteur) est prédominant. Il faut regarder ce film avec les yeux d'un enfant, se laisser aller, se laiser emporter par la fantaisie, l'excentrisme, et ne pas avoir peur des contes simples. Ceux qui n'ont pas aimé n'ont tout simplement pas compris la portée du long en n'acceptant pas les partis pris du cinéaste: lâchez-vous, non d'un chien!




De très très loin le meilleur film français jamais réalisé et l'une des oeuvres les plus marquantes de ces dix dernières années. Une leçon de vie grandiose, magistrale, inventive, originale, puissante, qui agit sur le mental comme un euphorisant. Une drogue, à regarder en boucle lorsque ça va mal. L'un de mes dix films cultes.





amblin7
Top 50: MES DIX FILMS CULTES

# Posté le samedi 04 mars 2006 07:18

A propos du FABULEUX DESTIN D'AMELIE POULAIN: Une analyse intéressante

Le texte suivant a été rédigé par Jean-François Vézina, psychologue et psychothérapeute. Il a été publié dans le magazine Cerveau et Psycho numéro 14. Il propose une interprétation nouvelle et simple du chef-d'oeuvre absolu de Jean-Pierre Jeunet.


Amélie Poulain ou la quête de l'identité


Qui n'a jamais souhaité être compris? Etre apprécié pour ce qu'il est, et non pour une image artificielle, conforme aux exigences de son milieu social ou professionnel? Or ces images trompeuses qu'on peut regretter se constituent nécessairement: au travail, en soirée, même avec nos proches, nous cherchons à nous présenter sous un jour favorable, ou à répondre aux attentes d'autrui. Avec autant plus de force que nous manquons de confiance en nous-mêmes. Comment découvrir et accepter son vrai visage?
Cette question, qui préoccupe philosphes et psychologues, est au coeur du film Le fabuleux destin d'Amélie Poulain, sorti sur les écrans en 2001. Ce film retrace l'histoire d'une jeune femme qui prend subitement conscience qu'elle s'est longtemps cachée derrière de multiples masques, craignant de révéler aux autres qui elle est. Cette histoire est chargée de concepts clés de la psychologie, notamment de la notion de faux self, ou de faux soi, introduit par le pédiatre anglais Donald Winnicott dans les années 1950. Rappelons en quelques lignes l'histoire d'Amélie Poulain. Ayant vécu entre une mère perpétuellement alitée, et un père accaparé par sa profession de médecin, Amélie a été privée du regard de ses parents, condamnée à se construire toute seule. Dès lors, le regard des autres lui manque. Son père, ne lui accordant quelque attention que lors des rares examens médicaux qu'il lui consacrait, ne lui a pas offert ce "reflet" nécessaire à la construction de sa personnalité: Amélie ne sait pas comment elle est perçue par ceux qui comptent pour elle, et en vient à croire que quelque chose "ne fonctionne pas bien" en elle. Il est assez facile de conclure que les enfants comme Amélie qui n'ont pas été assez regardés par leurs parents éprouveront plus tard un besoin excessif d'être regardés par les autres. Et pour séduire, ils dissimuleront leur véritable identité.
Ainsi, en manque d'attention, n'ayant pas été assez regardée par ses parents, Amélie enfouit une partie de son enfance en un lieu secret, au plus profond d'elle-même. Cette intimité n'est connue que d'elle seule. Le reste, l'image qu'elle donne aux autres, est artificiel: Amélie se compose un rôle de fille modèle responsable de sa mère, car, si on ne lui a pas assez prêté attention, c'est qu'elle a été une mauvaise fille, pense-t-elle. Elle se sent aussi l'obligation de pousser son père à voyager, lui qui n'aime pas bouger. Ainsi, Amélie évolue dans une logique dite de suradaptation, combinant oubli de soi et souci perpétuel de pallier les défaillances de son entourage en voulant aussi démêler les imbroglios de la vie des autres. Tout cela l'éloigne de sa vraie personnalité, de son vrai self. L'image qu'elle montre aux autres est un faux self conçu uniquement pour répondre à ce qu'elle croit être les exigences d'autrui.
Le vrai self d'Amélie, son intimité cachée, prend la forme d'une boîte aux trésors, qu'elle trouve dans le creux d'un mur de son appartement, et qui contient quelques vieilles figurines de cyclistes en étain et des timbres-poste. Devant ce symbole de l'intimité de l'enfance, Amélie s'interroge: l'intimité vaut-elle la peine d'être cultivée, retrouvée, appréciée? La boîte lui offre l'occasion de répondre à cette question: elle décide de retrouver son propriétaire, et d'observer ses réactions. S'il bondit de joie, cela prouvera le prix de l'intimité oubliée, du vrai self. S'il reste indifférent, c'est que ces bribes du passé ne sont qu'une trace éphémère à laquelle il est inutile d'accorder de l'importance.

Les masques de la persona

Au moment de voir rejaillir son enfance, l'homme est submergé par un flot d'émotions. Profondément bouleversé, il ira jusqu'à renouveler son existence en changeant de conduite, renouant par exemple des liens avec un fils oublié, et rétablissant la "vérité" de son existence.
Pour Amélie, c'est décidé. L'épreuve de la boîte est le signe que l'intimité et le vrai self sont des trésors qu'il faut retrouver. Dès lors, elle accepte d'établir un contact sincère avec l'homme qu'elle désire (ce qui lui était impossible tant qu'elle n'affichait que son faux self), et les personnages qui l'entourent agissent également en accord avec leur "vérité": son père, notamment, prend enfin la décision de partir en voyage.
LE concept de faux self a été exprimé à travers une autre image: la notion de persona, proposée par le psychiatre Carl Gustav Jung. La persona est tout ce que les autres croient que nous sommes, mais que nous ne sommes pas réellement. Dans la mythologie grecque, la persona était le masque qu'utilisaient les comédiens afin de faire résonner leur voix dans l'amphithéâtre, ce qui permettait au public d'identifier leurs rôles. Psychologiquement, il s'agit des adaptations qui nous permettent de nous faire entendre dans la société. Le masque social nous permet de nous adapter au monde.
La persona d'Amélie s'incarne dans son dévouement aux autres; elle est symbolisée par la fonctionde serveuse qu'elle occupe dans un petit bistrot de Paris, et par le masque de Zorro qu'elle porte dans une scène du film. C'est avec ce masque qu'elle se révèle pour la première fois à Nino, l'homme qu'elle aime. Elle incarne une personnalité prise au piège de son faux self et de cette persona qui l'empêche d'être elle-même.
Apparemment autonome et bien adaptée socialement, Amélie vit seule dans un petit appartement de Montmatre. Comme beaucoup de personnes empêtrées dans un faux self, elle fait de l'"évitement affectif". Elle a peur de se montrer au grand jour, syndrome révélé de façon saisissante lorsqu'elle s'effondre en une flaque d'eau quand vient le temps d'approcher l'homme de sa vie.
La quête d'Amélie Poulain, celle d'une relation sentimentale réussie et d'un rapport serein à ses proches, consistera à prendre confiance en sa valeur, valeur méconnue par ses parents. Dans le film, la transition difficile du faux self vers la réalité s'accomplit à travers un personnage, un homme qui se révélera être un réparateur de photomaton, symboliquement, un révélateur d'identité.
Chacun peut-il trouver l'équivalent de ce révélateur d'identité? Des circonstances favorables, un événement impromptu, un désir d'établir des liens nouveaux avec un proche, peuvent y contribuer. Mais s'il est si difficile d'offrir aux autres son intimité, c'est également parce que l'on prend le risque de briser son image, même si elle est fausse: cela suppose d'accepter ses limites.
Le fabuleux destin d'Amélie Poulain a réconforté les spectateurs en leur montrant que la restauration du soi était possible. C'est sans doute la clé de son succès. Le film révélait aussi que, derrières des existences apparemment bien réglées, se dissimule une forme d'ignorance de ses vrais besoins. Pour offrir à autrui son vrai self, possible ingrédient d'une relation épanouissante, encore faut-il sortir de sa cachette et affronter ce faux self et cette persona qui inhibent la spontanéité.



Amblin7
A propos du FABULEUX DESTIN D'AMELIE POULAIN: Une analyse intéressante

# Posté le lundi 06 mars 2006 15:36

Réaction à chaud: INCONTROLABLE - Raffy Shart

Réaction à chaud: INCONTROLABLE - Raffy Shart
Film français avec Michaël Youn, Hélène De Fougerolles, Thierry Lhermitte (2005).





















Résumé: Imaginez. Un beau matin, votre corps décide de ne plus vous obéir. Pire, il n'en fait qu'à sa tête, prend un malin plaisir à vous mettre dans les situations les plus humiliantes, et passe son temps à vous vanner avec la voix de l'âne de Shrek ! Cet étrange phénomène, c'est ce qui arrive au pauvre Georges, devenu incontrôlable bien malgré lui...-Résumé Allôciné-

Bon, là excusez-moi mais je vais me déchaîner comme rarement je l'ai fait. En général, quand je vois un mauvais film, je n'écris pas de critique car je ne sais jamais trop comment argumenter un film que je n'ai pas aimé à la base. Mais là, trop c'est trop quoi. D'abord, je ne sais pas pourquoi, mais j'ai eu un mauvais pressentiment avant d'entrer dans la salle ("je ne sais pas pourquoi" -ironie?-). Et à mesure que la bande défilait sous mes yeux écarquillés (par deux alumettes pour éviter que je ne les ferme), mes craintes se voyaient petit à petit, insidusieusement confirmées. Le film étonne par l'absence incroyable d'intrigue un tant soi peu captivante: le scénario a été écrit avec les pieds tellement tout sonne creux, vide, plat, sans aucune consistance. Et surtout on rit. Mais non pas à cause des blagues débiles qui jonchent tout le film, à cause de l'aspect profondément ridicule de la plupart des scènes, surtout celle où il se fait électrocuté. On atteint ici des sommets de nullité. La mise en scène est... comment dire... mauvaise. Si, si, mauvaise, elle ne brille que par son extraordinaire platitude. Digne d'un mauvais téléfilm. Ne parlons même pas des effets spéciaux, tous ratés. Là on se dit, la main appuyée sur le rebord de l'accoudoir qui écrase notre pauvre joue, "mais qu'est-ce que je fous là?" et on se met à penser à un tas d'autres choses bien plus passionnantes. Une comédie n'a pas besoin de tenir des propos intelligents, mais elle peut AU MOINS posséder une bonne histoire et une réalisation plus ou moins inspirée, comme Un ticket pour l'espace par exemple. Une comédie peut être extrêmement drôle en étalant une série de blagues débiles, mais tout en gardant cet aspect plastique si essentiel et une certaine écriture, primordiale. Incontrôlable est une sorte de mauvais The Mask qui aurait mal supporter l'importation. Le seul point positif, aller le seul, je vais l'avouer, c'est Michael Youn, qui y croit, qui donne tout pour être convainquant et il l'est. Il a un talent certain, mais un mec qui a du talent dans un mauvais film ne donne qu'une mauvaise mayonnaise. Ce serait bien qu'il pense à tourner dans un long métrage qui lui permette un rôle de composition, ainsi tout le monde l'appréciera à sa juste valeur.

En deux mots: Une comédie française mineure qui atteint le statut de daube internationale. Le plus mauvais film de ce début d'année.




--05/20--

# Posté le mardi 07 mars 2006 07:22

Réaction à chaud: HOSTEL - Eli Roth

Réaction à chaud: HOSTEL - Eli Roth
Film américain avec Jay Hernandez, Derek Richardson, Eythor Gudjonsson (2005).


































Résumé: Deux étudiants américains, Paxton et Josh, ont décidé de découvrir l'Europe avec un maximum d'aventures et de sensations fortes. Avec Oli, un Islandais qu'ils ont rencontré en chemin, ils se retrouvent dans une petite ville de Slovaquie dans ce qu'on leur a décrit comme le nirvana des vacances de débauche : une propriété très spéciale, pleine de filles aussi belles que faciles... Natalya et Svetlana sont effectivement très cools... un peu trop, même. Paxton et Josh vont vite se rendre compte qu'ils sont tombés dans un piège. Ce voyage-là va les conduire au bout de l'horreur...-Résumé Allôciné-

Lorsqu'Eli Roth discute avec le webmaster de Aintitcoolnews.com, Harry Knowles, de ce que l'on peut trouver de plus horrible sur le net, ce dernier lui fait part d'une trouvaille qui le mit sans dessus dessous: un site, situé en Europe de l'est, proposait aux internautes de tuer quelqu'un moyennant une importante somme d'argent ou bien d'être tué. Un commerce clandestin hallucinant qui provoqua chez Eli, le réalisateur du très remarqué deCabin Fever, une vive émotion. L'envie d'en faire un documentaire s'imposa immédiatement à lui mais il y renonça, de peur de s'embourber dans des lieux et avec des gens dangereux. Le projet devint rapidement Hostel, dont la réalisation fut boostée par l'enthousiasme de Quentin Tarantino, immédiatement séduit. Il prit le jeune cinéaste sous son aile et fut à sa disposition durant toute l'écriture du film, l'aidant dans des situations où il ne savait pas trop quoi faire. La fougue de l'un l'emporta sur l'autre. Ainsi naquit Hostel, petit film d'horreur et d'épouvante par un fan de cinoche de genre qui a pratiquement tout compris. Le résultat est peut-être légèrement inférieur à ce que l'on était en droit de s'attendre mais l'ensemble reste largement au-dessus de la moyenne, quoi qu'en disent ses plus virulents détracteurs.
Le scénario est tout simple et le déroulement rappelle un certain Audition de Takashi Miike, qui apparaît d'ailleurs quelques instants dans le long (il a fait spécialement le voyage du Japon en Europe!). C'est-à-dire qu'Eli Roth retarde exagérément les événements les plus insoutenables pour les concentrer à la fin de la bande, ce qui permet d'accroître le sentiment de malaise, surtout quand le début ressemble à une sorte d'American Pie ultra sexy (limite raccoleur mais passons). Souvenez-vous. Audition ressemble dans toute sa longue première partie à une espèce de mélo familial qui touche la comédie par moments. Cependant, là où Audition est méticuleusement génial, c'est justement dans cette progression, dans cette descente pour finir dans l'insoutenable. Malheureusement l'oeuvre de Roth n'atteint pas ce statut pour des raisons intrinsèquement liées aux facilités et aux rebondissements convenus qui jonchent les trente dernières minutes. En gros, le film commence superbement bien, poursuis de façon percutante mais sombre dans le déjà-vu pour finir. Le héros aurait pu mourrir et pourquoi montrer la vengeance? Pour dire que c'est pas bien de torturer et tuer? Mouais, le film passe à côté de la fin perturbante et aucune scène de frise le vomitif, contrairement au chef-d'oeuvre de Miike.
Concernant le gore, car c'est ce que nous attendons tous n'est-ce pas, fans de violence et d'effusion de sang, Hostel atteint des sommets: c'est vraiment extrêmement violent et à ne pas mettre sous tous les yeux mais comme je l'ai dit au-dessus, rien n'est spécialement insoutenable. Bon, c'est mon côté pervers qui va parler mais, j'attendais tout de même au moins une longue séance de torture. Je ne parle pas du fait de voir les sévices et d'ailleurs Roth l'a très bien compris, montrer ne sert pas à grand chose dans toutes les situations et il a su justement faire la part des choses en suggérant bon nombre de faits terrifiants. La retenue était effectivement la clé. On retiendra surtout les plans fixes se succedant sur fond des cris du mec qui se fait percer de partout avec une perceuse électrique, ou encore cette merveilleuse scène du coupage du nerf optique. Tout simplement délicieux. Le mise en scène est simple et efficace mais l'ambiance aurait pu être un chouia plus travaillée, la photographie est encore trop "nette", trop pure pour un film de ce genre. Mais je me demande maintenant finalement si l'effet traumatisant était finalement recherché. En cela le film est avant tout un divertissement et doit être regardé en tant que tel. Un divertissement qui a tout de même le luxe de nous faire un peu réfléchir: pourquoi des hommes prennent du plaisir à tuer? Dans quel état psychologique extrême faut-il être pour être prêt à payer pour fair de telles choses? Ces gens souffrent-ils? C'est effectivement ce que nous suggère le long métrage. Bon point finalement.

En deux mots: Même si Hostel souffre de défauts certains, arrêtons de casser à tort son travail. J'espère qu'Eli Roth continuera sur cette lancée et arrivera à nous pondre un jour un petit bijou culte. Son enthousiasme et sa fougue de jeunesse sont à encourager. Tiens bon!




--14/20--

# Posté le mercredi 08 mars 2006 07:18

BLOW UP - Michelangelo Antonioni

BLOW UP - Michelangelo Antonioni
Film britannique avec Vanessa Redgrave, David Hemmings, Sarah Miles (1967).




















Résumé: Dans un parc de Londres, un jeune photographe surprend ce qu'il croit être un couple d'amoureux. Il découvre sur la pellicule une main tenant un revolver et un corps allongé dans les buisssons... -Résumé Allôciné-

Un chef-d'oeuvre, ce film est un chef-d'oeuvre. Long film "support" à la réflexion sur l'art et la relation de l'artiste avec son art, Blow Up évolue avec délicatesse, s'insinue doucement dans l'esprit du spectateur pour constamment l'interpeler, l'interroger. Il pose des questions sans donner de réponses, il nous laisse seuls devant l'oeuvre d'art, à nous de prendre la distance suffisante pour en comprendre les rouages, mais surtout les nuances. Car sous des faux airs d'intrigue maccabre un peu à la Hitchcock (elle reste embryonnaire, à peine esquissée), Blow Up constitue une véritable traversée intellectuelle en constant bouillonnement. C'est un long métrage mou, malléable, différent selon le point de vue, différent selon le contexte (à l'image de ce morceau de guitare que les fans d'un groupe en vogue s'arrachent et qui, sortie de son contexte, fini dans un caniveau): il n'est pas à prendre comme une oeuvre sans importance bonne à finir au cimetière mais bel et bien une oeuvre d'importance, intelligente, inscrite dans son époque avec sa culture. Il n'est pas simple d'y voir quelque chose, aussi il ne faut pas se laisser méprendre et le spectateur se doit d'aller au-delà de la simple image, image qui n'est rien en soi. On est toutefois bien loin de l'opacité d'un Lynch par exemple et Antonioni opte pour une histoire simple, enfin d'"apparence" simple, pour pouvoir être suivie par tout le monde, sans brouiller à aucun moment les pistes. A nous d'y ajouter la réflexion qui s'impose. Réflexion portée sur l'art d'abord.
Le regard de l'artiste, celui qui voit, qui croit voir, l'artiste s'invente un monde, vit dans un monde. Tom regarde les choses avec l'oeil du photographe, il a cette distance qui lui permet d'être libre et détaché de tout. L'artiste voit des choses que lui seul peut voir, il est libre mais attaché à son oeuvre, à son objet. Soit par le regard (le peintre qui regarde ses toiles et qui chaque fois découvre un détail qui lui était passé inaperçu auparavant, où il dit en montrant du doigt "comme cette jambe" que personne d'autre ne voit), soit par le corps (la relation sexuelle suggérée entre Tom et la femme qu'il photographe, qu'il domine, c'est son objet, la femme est un objet d'art, pas plus). Fusion de l'artiste avec son oeuvre, il ne fait qu'un avec lui dans une parfaite unité et là... que dire de la différence entre l'oeuvre (fiction) et la réalité? Comment faire la part des choses, entre ce que l'on voit, ce que la photographie (et la caméra d'Antonioni) nous expose et ne pas confondre la réalité avec l'irréalité de l'art? Un "blow up" c'est un agrandissement, un zoom. Tom désire voir toujours toujours plus, mais reste "scotché" à l'image. Seulement voilà, plus les détails deviennent importants et plus l'image devient floue, incertaine, abstraite (le passage où Tom montre le cliché d'un détail agrandi à une amie en lui expliquant qu'il s'agit d'un cadavre et elle s'étonne en disant que ça ressemble à une des peintures abstraites que son copagnon peint). Si les photos sont des preuves, alors un crime a bel et bien été commis. Mais est-ce que les photos peuvent servir de pièces à conviction? C'est lors de l'hallucinante scène finale qui, dans un silence religieux prend presque des allures de révélation divine, que Tom accèpte qu'il s'est peut-être trompé. En prenant part au jeu des mimes, en prenant en main la balle de tennis invisible, il accèpte qu'il a été abusé par ses propres sens. L'homme, de part sa nature, ne vit jamais dans la réalité. Chacun de nous vivons dans un monde qui nous ait propre, une interprétation personnelle d'une réalité insaisissable, inaccessible pour nous. C'est ce que nous enseigne ce merveilleux film.
Du point de vue de la mise en scène, c'est une claque: Michelangelo Antonioni n'est pas l'un des cinéastes les plus talentueux de l'histoire pour rien. Dès le générique, avec les lettres qui forment des images de mode (au-delà du texte, au-delà de la signification), le réalisateur subjugue continuellement grâce à une réalisation hors du commun. En quelques mouvements bien pensés et terriblement astucieux, il capte l'attention du spectateur qui se surprend à serrer les poings par exemple dans toute la séquence des "bow up". Un balayage millimétrique de clichés en clichés, sans une seule ligne de dialogues, sans une seule partition musicale, rien, juste Tom pris au piège par son art qu'il croyait maîtriser sur le bout des doigts. Les plans larges légèrement grand angle sont de toute beauté, notamment dans la séquence du parc. La caméra d'Antonioni se fait passerelle vers son art à lui, le cinéma, une mise en abîme qui atteint le magistral lors de la scène finale, surtout sur le petit travelling sur la balle de tennis imaginaire que personne ne voit (vous n'avez rien vu, vraiment rien?) ou lorsque Tom retourne sur les lieux du "crime" et retrouve la dépouille mortelle d'un inconnu (mais l'avez-vous vu? moi je ne suis plus certain de ce que j'ai vu). La caméra se fait l'appareil photo du personnage principal dans de sublimes zoom, surtout celui sur le dos de Tom dansant sur la musique qu'il fait écouter à l'étrange femme de ses photos. Au niveau des personnages d'ailleurs, on frise ici encore le génie. Tom est complexe, incarnation parfaite de l'artiste dans toutes ses dimensions (lorsqu'il achète une hélice parce qu'il la trouve simplement "belle"). Je pourrais encore en dire des tonnes sur cette oeuvre unique, mais je m'arrête ici, sachant qu'il faut voir le film pour pleinement comprendre de quoi il retourne.

En deux mots: Un chef-d'oeuvre absolument magistral!!!




--20/20--

# Posté le lundi 13 mars 2006 13:56

Modifié le lundi 13 mars 2006 14:17