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QUENTIN TARANTINO
Noir. Respiration haletante. Uma Thurman en mariée, bien amochée, image noir et blanc. Sur un mouchoir, un prénom. Bill. Une parole: "Bill, c'est ton bébé". Un coup de feu, BANG!!! Le film n'a pas commencé depuis plus de cinq minutes que le spectateur est déjà au bord de la crise cardiaque. Je suis allé le voir cinq fois au cinéma. Les cinq fois, ce coup de feu m'a fait sursauté. Et les cinq fois, je tremblais d'excitation devant cet hallucinogène. A présent la voix de Nancy Sinatra résonne dans la salle de cinéma "bang bang, my baby shot me down..." Le chapitre 1 s'appelle "2". C'est bien du Tarantino. Est-ce un flash-back ou pas? On sera vite fixé. La première scène de combat donne le ton, mais aussi étonne car Tarantino n'a jamais réalisé de films d'action. Le rythme est soutenu, c'est violent, amusant et surtout drôle. Une première séquence d'anthologie qui se termine par l'arrivée impromptue de la fille de Vernita Green. "Tu veux un café?" Il y a deux secondes elles se battaient à mort et voilà qu'elles boivent du café ensembles. On se dit qu'on va avoir droit aussi à un film décalé, comme je les adore par dessus tout. On ne se prend pas au sérieux, l'objectif principal est le divertissement pur et simple. J'ai déjà fait dans ma culotte, durée du long pour l'instant: 7 minutes. Et le tout dure 4 heures. Là je refais dans ma culotte rien que d'y penser. Paf, retour en arrière à El Paso. "Fils numéro 1, cette suceuse de bites n'est pas morte" Seconde séquence d'anthologie, la scène de l'hôpital avec le clin d'oeil à Brian DePalma (écran splité et splendide morceau de Herrmann même reprise dans des publicités depuis). Troisième scène culte, l'arrachage de lèvre de Buck ("Who wants to fuck"). Le troisième chapitre est un manga ultra violent storyboardé par Quentin lui-même et avec pour trame musicale une partition de western spaghetti! Là aussi c'est complètement fou, décalé, terriblement jouissif, un vrai bonheur, une vraie audace de malade. Là aussi on comprend l'interdiction aux moins de 16 ans: pédophilie, massacres, fusillades d'une violence à peine, à peine hein, exagérée (ironie quand tu nous tiens). Retour au live, ça fait bizarre de revoir Uma. Plan caractéristique sur des pieds féminins que l'on retrouve dans tous les films du cinéaste (petit fétichiste va!). En route pour Okinawa, rencontre avec le légendaire Hattori Hanzo incarné par un dieu vivant, Sonny Chiba. Un chapitre entier pour la bataille rangée à la villa bleue, un chapitre proprement hallucinant, où presque rien n'est dit, mais où l'action est transcendantale. Là on nage en plein délire visuel: le sang gicle comme si les veines étaient des tuyaux sous pression (les deux plus beaux sont sans aucun doute la décapitation de Boss Tanaka par O Ren et le tranchage du bras de Sophie Fatale par Beatrix, une scène limite destabilisante, avec l'insert sur les yeux d'O Ren!), Beatrix nous fait une démonstration surhumaine où les deus ex machina sont bien évidemment légion, mais qu'importe! On retiendra surtout de ce long chapitre d'action pure le duel avec Gogo (terrible hommage à Kinji Fukazaku), le carnage orgasmique noir et blanc des Crazy 88 (l'énucléation manuelle, la tranchage d'un homme dans le sens de la hauteur!), et surtout le duel avec O'Ren, sublimissime (essoufflement des corps, le katana devient lourd, et cette formidable musique). Mais ce n'est pas fini! Changement de cap avec la seconde moitié du film avec une superbe révélation: la fille de Beatrix est vivante. Prend ça cher spectateur! La claque est douloureuse mais comme je suis masochiste, ça fait du bien. Seuls deux ennemis sont tués à ce niveau là (sur cinq) et le long métrage est très loin d'être terminé. Tarantino joue avec nos nerfs et s'amuse maintenant à bouleverser l'avancée logique de l'histoire telle qu'on aurait pu la prévoir: Beatrix ne tue pas Budd mais c'est Elle Driver qui s'en occupe (monstrueuse scène culte du Black Mamba, ce n'est pas Beatrix qui le tue, mais son incarnation à sang froid), Beatrix ne liquide pas Elle mais se contente de lui arracher un oeil (il raccourcit alors le combat dans la caravane, ce qui n'est pas sans nous frustrer!), Beatrix se trouve en forte mauvaise passe en se faisant avoir bêtement par Budd (sans doute la meilleure séquence de ces quatre heures, celle où elle est enterrée vivante, une scène absolument insoutenable!), et ses retrouvailles avec Bill... Tarantino s'amuse à aller là où on ne l'attend pas. La scène avec Bill, B.B. (pour Bill et Beatrix) et Beatrix est proprement incroyable. "Bang bang! Je t'ai tué maman!" Là le cinéaste se surpasse. Tout est parfait ici: la performance des acteurs, la mise en scène, tout. On a même des frissons au moment de la mort de Bill, avec cette formidable musique d'Enio Morricone "Comment tu me trouves?" "Je trouve que tu es prêt" (sans entendu, à mourrir). Mon dieu. Si un dieu du cinéma existe, je lui dresserais un autel pour prier tous les soirs. Immense. Absolument immense. Le long générique final nous montre que Tarantino ne veut pas en finir avec ce projet du feu de dieu. On y retrouve les éléments inhérents à son univers cinématographique comme le costards des criminels, les cigarettes Red Apple, le rectangle qu'Uma Thurman a déjà dessiner imaginairement dans Pulp Fiction, les céréales (Quentin collectionne les boîtes de céréales), la fameuse vue du coffre, la voiture intégrée dans un paysage qui défile, les longues lignes de dialogues décalés (bien que ce soit pour la première fois un film d'action), etc... Ajoutons à cela une photographie très saturée en couleurs, une bande originale géniale, une mise en scène sans faille blindée de clins d'oeil et nous obtenons Kill Bill, oeuvre immense, fresque vengeresse, qui a quelque chose de malade, de jouissivement extrême, d'extraordinairement complexe (malgré le fait que la trame scénaristique soit aussi mince que la lame d'un katana). Tous les personnages sont inoubliables, si bien que l'on pourrait faire des spin-off sur n'importe qui. L'oeuvre d'un fanatique de cinéma, le film d'un fou furieux de son art, qui aime ce qu'il fait, qui n'a rien demandé à personne, qui ne demande qu'à avoir la paix et réaliser encore le plus de films possibles. Et c'est tout ce que l'on lui souhaite. Son quatrième et son meilleur film. Un chef-d'oeuvre.
amblin7




