Film thailandais d'Apichatpong Weerasethakul
Genre: O.V.N.I
Annee: 2004
Synopsis:
Keng et Tong menent une vie douce et agreable de campagnards. Un jour, alors que les vaches de la region sont egorgees par un animal sauvage, Tong disparait. Une legende disant qu'un homme peut se transformer en une creature sauvage, Keng decide de se rendre seul au coeur de la jungle, un endroit ou le mythe rejoint souvent la realite...
Introduction:
Il ne ressemble a aucun autre film, il est l'experience la plus belle et la plus metaphorique du septieme art, il est une expression esoterique de l'homme reconverti, dans sa plus simple animalite. Un film fascinant, aux frontieres de l'oubli, un voyage sans retour possible, dans l'abisse la plus profonde jamais realisee au cinema.
Voulez vous embarquez avec moi, dans la plus grande quete philosophique jamais atteinte?...Suivez moi...
Un art de construire...le debut d'un long periple...
Le film commence dans son plus simple appareil, il presente les protagonistes, qui accompagneront les spectateurs que nous sommes, dans le chef d'oeuvre qu'il deviendra au fil de son etude.
On retrouve ainsi Keng, et Tong, deux hommes, que tout oppose, et qui pourtant, semblent etre en osmose constante.
Ils sont amis, du moins on le pense longtemps, puis au fil de l'epopee, aux detours de caresses, de regards, de tendresse, on le sait, ils sont "Homos", ils s'aiment, en silence.
Le film demarre lentement, la preuve avec l'apparition du staff et du titre du film, au bout de 10 minutes seulement.
Avant cela, on ne sait pas dans quoi on embarque, rien n'est indique.
Puis les minutes passent, offrant une atmosphere etrange, partagee entre onirisme et voyage dans l'intimite, atypique et fascinant.
La premiere heure passe, et la rupture casse d'un coup l'ambiance et la narration.
A l'image de cet homme, au sourire enigmatique, qui s'enfonce dans la foret, le film va changer de rythme, de genre, et de theme...
La rupture est nette, mais d'une perfection affolante. L'ecran devient noir, cela fait 55 minutes, que le film a demarre. On croirait a une coupure de courant, mais lorsque l'image reapparait, on est directement plonge au coeur d'une seconde partie, radicalement differente.
On repart pour une heure, denuee a present du moindre dialogue. Quelques murmures, et cet homme, seul, qui parcourt les bois...
Un voyage au fin fond de la folie....
Le film en devient metaphysique, un ovni, d'une perfection rare, une expression du non sens, du voyage psychique, interieur et abstrait.
Le cineaste thailandais, taille son dyptique, avec fascination, et sens de l'esthetisme. L'image est epuree, le train est en partance pour l'infini, desertique et lancinant.
L'homme marche seul, la mise en scene devient experimentale, privilegiant l'atmosphere, les sons, les bruits, berces par des murmures, des cris, et quelques notes egorgees.
La camera scrute l'horizon perdu, tel un peintre illumine. Le tableau se propage de sa couleur, dans un delire visuel d'une rarete improbable.
Le symbole d'une plongee dans l'inconscience...
Car c'est l'inconscient, qui sort sa tete de l'eau ici. Un bateau qui reste en suspend, sans jamais s'engouffrer.
La conscience s'oublit, elle laisse la place a l'aventure interieure, d'une beaute fatale, d'une profondeur labyrinthique sans egal.
Le film s'est metamorphose, comme cet homme, qui tente de retrouver le villageois disparu, qui devient lui meme l'homme disparu, le chasseur chasse, ou le chasseur, qui ne sait plus s'il chasse, ou si c'est l'inverse.
L'homme qui confond mythe et realite, qui en devient amorphe. Les metaphores fusent, et l'objet mysterieux, qui etait au depart un film, devient une quete sans explication possible. Un conte aussi fabuleux, qu'un voyage sur la lune, avec une approche fantomatique et spirituelle de l'art cinematographique.
L'art n'est meme plus assez artistique pour Weerasethakul, qui transcende son recit, en olympiade sensorielle majestueuse...
Ce quatrieme long metrage, devient la reference ultime d'un cinema asiatique en quete d'un nouvel avenir. Par son sens de la symbolique, et des mysteres sublimes qu'il evoque, la derniere oeuvre d'Apichatpong Weerasethakul, est parfaite, voire meme plus.
Conclusion:
Une experience unique, viscerale, d'une intensite et d'une profondeur absolument sublime en tout point.
L'apogee du septieme art, reunie dans cette oeuvre bouleversante d'ingeniosite et d'esthetisme .
Un OVNI cinematographique, d'une si grande perfection, qu'il represente selon moi, l'un des 10 meilleurs films de tous les temps...
Chapeau bas l'artiste...
Note: 20/20




