TROPICAL MALADY - Apichatpong Weerasethakul

TROPICAL MALADY - Apichatpong Weerasethakul
Voici une petite série d'articles dont je ne serais pas le rédacteur. Je cède ma plume à d'autres bloggers passionnés. Là c'est Michael du blog Acte qui s'invite sur Amblin7 le temps d'une critique.


Film thailandais d'Apichatpong Weerasethakul
Genre: O.V.N.I
Annee: 2004


Synopsis:

Keng et Tong menent une vie douce et agreable de campagnards. Un jour, alors que les vaches de la region sont egorgees par un animal sauvage, Tong disparait. Une legende disant qu'un homme peut se transformer en une creature sauvage, Keng decide de se rendre seul au coeur de la jungle, un endroit ou le mythe rejoint souvent la realite...

Introduction:

Il ne ressemble a aucun autre film, il est l'experience la plus belle et la plus metaphorique du septieme art, il est une expression esoterique de l'homme reconverti, dans sa plus simple animalite. Un film fascinant, aux frontieres de l'oubli, un voyage sans retour possible, dans l'abisse la plus profonde jamais realisee au cinema.
Voulez vous embarquez avec moi, dans la plus grande quete philosophique jamais atteinte?...Suivez moi...

Un art de construire...le debut d'un long periple...

Le film commence dans son plus simple appareil, il presente les protagonistes, qui accompagneront les spectateurs que nous sommes, dans le chef d'oeuvre qu'il deviendra au fil de son etude.
On retrouve ainsi Keng, et Tong, deux hommes, que tout oppose, et qui pourtant, semblent etre en osmose constante.
Ils sont amis, du moins on le pense longtemps, puis au fil de l'epopee, aux detours de caresses, de regards, de tendresse, on le sait, ils sont "Homos", ils s'aiment, en silence.
Le film demarre lentement, la preuve avec l'apparition du staff et du titre du film, au bout de 10 minutes seulement.
Avant cela, on ne sait pas dans quoi on embarque, rien n'est indique.
Puis les minutes passent, offrant une atmosphere etrange, partagee entre onirisme et voyage dans l'intimite, atypique et fascinant.
La premiere heure passe, et la rupture casse d'un coup l'ambiance et la narration.
A l'image de cet homme, au sourire enigmatique, qui s'enfonce dans la foret, le film va changer de rythme, de genre, et de theme...
La rupture est nette, mais d'une perfection affolante. L'ecran devient noir, cela fait 55 minutes, que le film a demarre. On croirait a une coupure de courant, mais lorsque l'image reapparait, on est directement plonge au coeur d'une seconde partie, radicalement differente.
On repart pour une heure, denuee a present du moindre dialogue. Quelques murmures, et cet homme, seul, qui parcourt les bois...

Un voyage au fin fond de la folie....

Le film en devient metaphysique, un ovni, d'une perfection rare, une expression du non sens, du voyage psychique, interieur et abstrait.
Le cineaste thailandais, taille son dyptique, avec fascination, et sens de l'esthetisme. L'image est epuree, le train est en partance pour l'infini, desertique et lancinant.
L'homme marche seul, la mise en scene devient experimentale, privilegiant l'atmosphere, les sons, les bruits, berces par des murmures, des cris, et quelques notes egorgees.
La camera scrute l'horizon perdu, tel un peintre illumine. Le tableau se propage de sa couleur, dans un delire visuel d'une rarete improbable.

Le symbole d'une plongee dans l'inconscience...

Car c'est l'inconscient, qui sort sa tete de l'eau ici. Un bateau qui reste en suspend, sans jamais s'engouffrer.
La conscience s'oublit, elle laisse la place a l'aventure interieure, d'une beaute fatale, d'une profondeur labyrinthique sans egal.
Le film s'est metamorphose, comme cet homme, qui tente de retrouver le villageois disparu, qui devient lui meme l'homme disparu, le chasseur chasse, ou le chasseur, qui ne sait plus s'il chasse, ou si c'est l'inverse.
L'homme qui confond mythe et realite, qui en devient amorphe. Les metaphores fusent, et l'objet mysterieux, qui etait au depart un film, devient une quete sans explication possible. Un conte aussi fabuleux, qu'un voyage sur la lune, avec une approche fantomatique et spirituelle de l'art cinematographique.
L'art n'est meme plus assez artistique pour Weerasethakul, qui transcende son recit, en olympiade sensorielle majestueuse...
Ce quatrieme long metrage, devient la reference ultime d'un cinema asiatique en quete d'un nouvel avenir. Par son sens de la symbolique, et des mysteres sublimes qu'il evoque, la derniere oeuvre d'Apichatpong Weerasethakul, est parfaite, voire meme plus.

Conclusion:

Une experience unique, viscerale, d'une intensite et d'une profondeur absolument sublime en tout point.
L'apogee du septieme art, reunie dans cette oeuvre bouleversante d'ingeniosite et d'esthetisme .
Un OVNI cinematographique, d'une si grande perfection, qu'il represente selon moi, l'un des 10 meilleurs films de tous les temps...
Chapeau bas l'artiste...


Note: 20/20

# Posté le dimanche 09 avril 2006 16:31

MACBETH - Orson Welles

MACBETH - Orson Welles
Amblin7

Poursuivons avec Pierre du blog channel-7 qui livre à Amblin7 une toute nouvelle critique de Macbeth. Exclusivité!

Macbeth (1948)

Macbeth, poussé par sa femme et dévoré d'ambition, assassine le roi d'Ecosse, Duncan, et monte sur le trône. Trois sorcières avaient prédit qu'il deviendrait roi puis que lui succèderait Banquo, l'un de ses proches. Pour conserver le pouvoir, Macbeth ordonne le meurtre de Banquo, mais le fils de celui-ci parvient à s'enfuir. Lors d'un banquet, le spectre de Banquo réapparait. Macbeth effrayé décide de tuer son lieutenant Macduff, qui s'enfuit aussi. Macbeth assassine sa femme et ses enfants. Lady Macbeth, devenue folle, se suicide. Une armée est en marche sur le chateau où Macbeth est reclus.


Réalisé par Orson Welles
Avec Orson Welles, Roddy McDowall, Jeanette Nolan


Macbeth fut pour Orson Welles la première adaptation d'une pièce du plus grand tragédien anglais, si ce n'est le plus grand tragédien tout court. Nous parlons bien sûr de William Shakespeare, véritable modèle pour le réalisateur qui tenait des propos dont la conclusion était que Shakespeare ne serait jamais ni égalé ni dépassé.

Shakespeare délivre avec une de ses oeuvres maîtresses une des meilleures tragédies écrites à ce jour mais aussi une histoire forte, parlant de la volonté d'un homme et de son incapacité à maîtriser tout pouvoir. Au début, Macbeth galopant sur son cheval tombe nez à nez avec trois sorcières, trois sorcières qui lui font une prédiction qui finalement n'en est pas vraiment une. Cette prédiction n'est à vrai dire que l'anticipation des caractères primaires d'un homme, allant de l'amour à la soif de pouvoir. A cela s'ajoute la curiosité, le désire et la croyance. Macbeth pensant être guidé par on ne sait quelle prophétie ne pourra retenir ses évènements que lui même provoque par pur respect de l'avenir. Un avenir très loin du destin, et bien plus proche de la puissance et des femmes. Ce sont la soif de pouvoir et les femmes qui régissent le cœur d'un homme en apparence fort et sûr de lui, qui finalement ne fait qu'obéir aux volontés de son amour et de sa foi. Lorsque ces deux derniers se submergent l'un l'autre, ils engloutissent Macbeth, qui avait depuis longtemps sombré dans la violence mais qui maintenant aura affaire à ses propres peurs et devra combattre avec pour seule arme sa folie.

Macbeth étant d'abord écrit pour la scène, il fallait de ce fait puiser son inspiration très loin afin de rendre l'histoire crédible face à la caméra avec de vrais châteaux et non une simple estrade. De plus là où les spectateurs ont d'habitude un angle complet sur l'action ou du moins doivent l'avoir, Orson Welles à du placer sa caméra de telle manière à ce que les spectateurs puissent voir la scène et la comprendre le mieux possible grâce à un plan bien placé. Par ailleurs il est clair que le manque total de moyen pour ce film tourné en à peine un mois est flagrant, et les décors tout aussi bien que les costumes bien que loin d'être laids sont très peu crédibles dans l'ensemble. La musique typique est très intéressante mais à parfois du mal à s'accorder avec l'action, ceci peut-être du à un montage qui sent très rapidement la retouche de dernière minute du producteur. Pour une pièce de théâtre qui base pour la plupart du temps son intérêt sur les textes et les acteurs, Macbeth ayant déjà un sublime texte il fallait lui trouver une distribution à la hauteur. Et on est loin d'être déçus. Tous convainquant, faisant s'émoustiller n'importe qui était sensible à l'accent rocailleux écossais, mais ayant aussi tous une faculté à transmettre la folie qui leur est propre à tous. Que ce soit Orson Welles dans le personnage principal ou le reste du casting, ce point là est irréprochable et à la hauteur de la meilleur mise en scène.

Bien que certaines critiques médisantes n'est pas appréciés le travail qu'a fourni l'équipe du Mercury Theatre sur cette adaptation, il est clair que n'ayant pas le budget du Hamlet de Laurence Olivier, Welles s'en sort avec les honneurs voir plus que ça tant le film est captivant de bout en bout.

****

Anecdote : Bien que la pièce originale soit déjà très courte, Orson Welles l'a considérablement élaguée. Il appelait ainsi son film "une violente esquisse au fusain d'une grande pièce".

# Posté le lundi 10 avril 2006 14:08

LE NOUVEAU MONDE - Terence Malick

LE NOUVEAU MONDE - Terence Malick
Au tour de Jeremie du blog cinefan2006 de nous faire part de l'une de ses plus belles critiques parues sur sa plateforme.

Toute la beauté du nouveau monde

Le nouveau monde "The new world"

Historique de Terence Mallick (US)

avec Collin Farrel, Q'Orianka Kilcher, Christian Bale, Noah Taylor, Christopher Plummer...

En Virginie au début de la colonisation, des colons anglais arrivent sur les nouvelles terres. Un capitaine anglais part en reconnaissance et rencontre une indigéne


***** Ah les jolies colonies de vacances... On a tous un souvenir de colonie dans lequel on avait rencontré une fille et qu'on pensait finir notre vie avec elle mais qu'on a jamais revu. C'est à peu de choses près ce que raconte Terrence Malick. Sauf que la colonie se situe en Virgine, que le trajet se fait en bateau pendant des mois, qu'on ai au 17ème siècle et que le héros n'a pas 8 ans et il est poilu et joué très sobrement par Colin Farrel qui tient là son meilleur rôle ! L'éternelle histoire de Pocahontas que l'on connait tous grace au studio Disney trouve là sous la direction de Terence Mallick une nouvelle dimension touchée par la grace. Chaque plan, chaque mouvement de caméra, chaque soupir est sublimé par Malick qui prouve vraiment que c'est un grand du cinéma. Sa façon de filmer est sublime et chaque plan ne serais ce qu'une barque qui avance sur l'eau est gracieux, poetique et somptueux. SI les images sont ce qu'on a fait de mieux au cinéma depuis des années le reste peut quand même décevoir. Il faut reconnaitre que le film aurait pu durer un quart d'heure de moins... On peut aussi reprocher un léger manicheisme. Mais faisons fi ! Le film qui débute sur l'arrivée des colons montre parfaitement ce que les colons ressentaient. L'utopie de ce nouveau monde. Car c'est bien là que le film est fort. De l'utopie de l'arrivée des colons Malick signe une critique profonde de l'Amérique. Car rien de ce que souhaite les colons d'un monde nouveau où le bonheur, la paix et la sécurité seraient les maitres mots ne sont dans l'Amérique de Bush. Quant au temps passé chez les indiens par John Smith c'est là que la poésie Malickienne est la plus belle. C'est vraiment un monde de rêve de bonheur dans leque le grand ecran de la salle 2 nous transporte. Si le film perd un peu de sa force dans le dernier tiers et ce malgré la belle prestation de Christian Bale on reste tranporté par un tel spectacle, une poésie sur pellicule, un voyage vers un monde utopique vers un monde rêvé, un voyage vers le sommet du 7e art...

++ C'est Jonathan Pryce qui joue le rôle très bref du Roi d'Angletterre.
Malick a commencé à ecrire ce scénario il y a 25 ans !

Le casting Colin Farrel
Le bogosse irlandais est plus connu par ses frasques que par ces films. Lui qui a débute dans The war zone de Tim Roth et Ordinary decent criminal est vite devenu un second role en vogue. On l'a vu dans Tigerland, Minority report ou Daredevil. C'est avec Phone game de son mentor Joel Shumacher et La recrue ou il partage l'affiche avec Al Pacino que sa carrière demarre vraiment. Capable du pire comme SWAT il tient enfin le premier rôle dans des films ambitieux comme Alexandre ou ce nouveau monde où il est vraiment nikel ! J'espère qu'il continuera sur sa lancée avec des meilleurs films !

Q'orianka Kincher
Né en Allemagne d'un père peruvien elle a 15 ans et débute sa carrière de façon magnifique

Terence Malick
Adulé par des millions de fans il n'a pourtant réalisé que 4 films... en plus de 30 ans ! Très secret il realise La balade sauvage en 1975. Après ce film considéré comme un chef d'oeuvre il enchaine avec Les moissons du ciel 4 ans plus tard puis il disparait pendant 20 ans avant de revenir avec La ligne rouge et son casting de rêve. C'est donc avec ce projet qui le teanit à coeur depuis si longtemps qu'il revient. Il vaut mieux ne pas attendre le prochain de si tôt mais esperons car ce type est vraiment fascinant !

La réplique du film
-Wind
-Wiiind

Box-office: 650 000 entrées ce qui est peu au vue de la qualité du film

L'avis des bloggers; Globalement très très positfi malgré quelques reticences

# Posté le mardi 11 avril 2006 14:07

LES AMANTS DIABOLIQUES - Luchino Visconti

LES AMANTS DIABOLIQUES - Luchino Visconti
Les Amants Diaboliques

Au tour de Clémentine de l'excellent blog critiques-cinéma de nous faire partager un peu de sa passion pour le cinéma sur Amblin7!

Réalisé par Luchino Visconti avec Clara Calamai, Massimo Girotti, Juan De Landa.
Film italien.
Titre original : Ossessione.

Bragana tient un café-garage sur la route qui longe le Po. Gino, chômeur et vagabond, demande du travail à Bragana. D'abord méfiant, celui-ci le prend en amitié quand il découvre ses talents de mécanicien. Gino a d'autres talents et devient l'amant de la femme de Bragana, Giovanna. Très vite ils vont se débarrasser du mari gênant. Mais ce meurtre transformera leur passion en enfer.

"L'événement le plus intéressant était, et reste toujours, le vagabond, entièrement créé par moi. A travers lui, j'ai voulu représenter les thèmes essentiels de mon œuvre : les problèmes sociaux et la poésie..."

Luchino Visconti

**** Sombre, négatif et pessimiste... Voilà le ton du film de Luchino Visconti. Son premier devons-nous préciser. Un pilier du cinéma Italien puisqu'il s'agit de la première œuvre de néoréalisme Italien. En voulant adapter un roman de Verga dont le projet est finalement censuré, le cinéaste décide donc de transposer un roman noir Américain de James Cain : le Facteur Sonne Toujours Deux Fois. Mais là, il transporte cette histoire dans l'Italie provinciale et pauvre. Les Amants Diaboliques sera, au final, tout de même interdit par le régime pendant longtemps puisqu'il fit scandale en Italie par l'image qu'il en donnait : Chômage, adultère et misère rôdent dans cette Italie fasciste. Plus tard, sur ordre de Mussolini le film sera autorisé à sortir en salles.

En tournant les Amants Diaboliques au beau milieu de la guerre, Luchino Visconti lance le mouvement néoréaliste... si important dans le Cinéma Italien. Suivront le cinéaste, Roberto Rossellini (Stromboli, Rome Ville Ouverte, Allemagne Année Zéro, Voyage en Italie, Europe 51), qui sera considéré – plus tard – comme le maître du néoréalisme, ainsi que Vittorio de Sica (le Voleur de Bicyclette, Siuscià). Très inspiré du réalisme poétique Français à la Renoir ou à la Carné, le cinéaste fait vivre ce couple passionné en pleine seconde guerre mondiale tout en y montrant une pauvreté qui ne cesse d'exister : Visconti jette le regard le plus pessimiste qui soit en y ajoutant tout de même une certaine compassion et de la poésie mais qui prend, au final, une dimension tragique. Pour finir, le couple se séparera par la mort de l'un : l'amour, sentiment magnifié par la caméra du cinéaste, et la misère ne peuvent en aucun cas former qu'un. Là, déjà, on reconnaît le grand visionnaire si pessimiste qu'est Visconti. Toutes ces œuvres le sont : si négatives et si terribles. Mais contrairement à ces futurs films, dans les Amants Diaboliques, il ne s'attaque pas à son monde, celui de l'aristocratie.

Une œuvre majeure du cinéma mondial, puisque les Amants Diaboliques donne le coup d'envoie de ce qui va être le néoréalisme Italien, mais c'est aussi tout simplement un très beau et grand film grave, qui s'élève au rang, de ce qu'on appelle, chef-d'œuvre. Une histoire d'amants maudits.
Critique écrite par Clémentine

Et vous, quel est votre avis sur ce film ?

# Posté le mercredi 12 avril 2006 14:29

MOI, TOI ET TOUS LES AUTRES - Miranda July

MOI, TOI ET TOUS LES AUTRES - Miranda July
Passons à présent à Théo du blog cine-world, qui profite de son passage pour nous inciter à aller voir ce film!

Moi, toi et tous les autres
de Miranda July

Genre: Comédie dramatique
Durée: 1h30
Sortie cinéma française: 21 septembre 2005
Nationalité: Film américain
Tous publics

Christine Jesperson, une jeune artiste touchante et spontanée, mélange dans son quotidien art et réalité. Elle entre sur la pointe des pieds dans la vie de Richard, vendeur de chaussures, père de deux garçons et tout juste redevenu célibataire. Autour d'eux, Robby et Peter, les enfants de Richard, son ex-femme, la patronne d'une galerie d'art, les voisins et les voisines. Tous sont à la recherche d'un lien qui les connecte aux autres sur Terre...

Présenté au Festival de Cannes 2005 et récompensé par le Prix de la Semaine de la Critique et la Caméra d'Or, Moi, toi et tous les autres se situe dans la lignée des quelques oeuvres atypiques déjà sorties cette année telles que La vie aquatique, le navrant J'adore Huckabees ou le film touchant, Broken Flowers.
Pour cette production particulière à petit budget, Miranda July n'a pas hésité à incarner le rôle principal, en plus d'être à la réalisation et d'avoir signé le scénario du film.

Moi, toi et tous les autres apparaît très rapidement comme une oeuvre atypique, particulière, mais surtout comme une oeuvre permettant d'exprimer les idées de la réalisatrice.Miranda July signe un scénario qui se démarque de bien d'autres films où l'on suit avec plaisir plusieurs personnages légèrement désabusés, mais surtout emprunts de mélancolie et cherchant une once de bonheur dans cette vie contemporaine où les relations humaines ne semblent que devenir des plus difficiles à mettre en place.

L'histoire de ce petit film semble, à première vue, s'apparenter à une romance où des personnages sont à la recherche du grand amour. Pourtant, sur cette idée de base, loin d'être originale pour un film, s'ajoute plusieurs éléments qui différencient énormément cette oeuvre de nombreuses productions. On y découvre notamment la vie de plusieurs personnages, tous plongés dans un mal-être profond qui concerne tout le monde sans exception et sans distinction entre les différentes classes d'âge. Cette vie plutôt morose se traduit par l'absence de contact entre les gens, l'absence de relation humaine et l'accroissement de l'individualisme dans la société moderne. La cinéaste nous dévoile ainsi les divers moyens pour les gens de se sortir d'une routine monotone où il semble de plus en plus difficile de prendre contact avec autrui et de lui dire ce que l'on ressent, où l'on se sent perdu en plein milieu d'une masse qui ne prête attention à personne, et où l'impression d'être au bord de gouffre. Ces moyens passent bien évidemment, par une part de rêve qui peut être exprimé au travers de l'art, mais également par divers moyen de communications tant apprécié par ce monde moderne. Les forums de rencontres constituent en effet, l'un des moyens les plus efficaces pour parler avec des gens sans tabous. Il est en effet facile de parler de tout et de n'importe quoi avec des gens que l'on ne connaît pas. De ce fait, l'un des principaux sujets abordés dans ce genre de forums demeurent bien évidemment le sexe, et parfois de manière très directe et presque choquante pour certains. Ces discussions virtuelles déplacées traduisent-elles l'esprit pervers des gens? Non, loin de là, ces discussions retranscrivent le profond désarroi de ceux-ci, cruellement en manque d'affection, de relations humaines et de sexe. Ces personnes ne songent pas une minute à choquer les gens, mais semblent heureux de pouvoir parler librement de tout et sans crainte d'être juger, mais surtout sont heureux de rencontrer des personnes tout aussi perdues et déboussolées qu'elles et qui cherchent bien évidemment également le contact parfois même très violent afin de prouver que l'on existe et de montrer que l'on a besoin d'avoir une compagnie. Si ce moyen de communication, qui nous montre au passage l'immense détresse dans laquelle les personnages se trouvent, est très utile parce qu'il permet des rencontres et permet de s'évader un petit peu de cette routine, elle constitue également un grand frein aux relations humaines et à la possibilité d'entrer en contact avec les gens de manière directe. En effet, la réalisatrice met l'accent sur le fait qu'à force de chercher à rencontrer les gens par le biais d'Internet, le risque est de se refermer sur soi-même et chez soi, de ne plus s'ouvrir autant aux autres et surtout d'amplifier le gouffre qui existe entre les gens en raison d'un problème de communication et de ne plus savoir comment allez vers les autres. Miranda July se permet rapidement de rappeler que ce mode de communication comporte des risques et que l'on est jamais sûr de l'interlocuteur qui se cache derrière l'autre écran. Néanmoins, elle n'insiste pas sur ce point pour laisser l'histoire suivre son cours avec la plus grande finesse possible et pour surprendre le spectateur avec son scénario brillant et intelligent qui arrive à surprendre par sa tournure à de nombreux moments. Le mal-être des personnages n'est jamais exagéré et ni prétexte à créer des passages larmoyants inutiles ou un sentimentalisme exacerbé. Mais, la réalisatrice souligne l'importance de tous les personnages en leur donnant beaucoup de profondeur et surtout en les dotant d'un caractère particulièrement touchant et très attachant, ce qui octroit une dimension particulièrement humaine et touchante au film.Moi, toi et tous les autres est d'autant plus réussi qu'il s'accompagne de beaucoup de poésie, d'un humour parfois loufoque mais toujours très fin et de beaucoup d'émotion. De plus, le film dépeint également avec énormément de justesse l'adolescence préoccupée par les des problèmes que l'on retrouve chez l'adulte, à savoir les relations, l'amour, le sexe et la vie ou plutôt ses difficultés.Miranda July nous propose, ainsi, un récit plein de tendresse sur la vie et nous incite à réfléchir sur quelques questions existentielles qui ne trouvent pas toujours de réponses et nous plongent parfois dans la dépression. Celle-ci nous suggère certaines de ses idées et nous montre que la solitude est toujours source de désillusion et amplifie le mal-être que l'on peut déjà ressentir. Cette solitude semble, d'ailleurs, l'une des principales peurs des personnages, et l'on comprend de ce fait, pourquoi tous ceux-ci se réconfortent sur les forums de rencontres sur Internet. Finalement, en plus de son émotion, son humour, ses personnages particulièrement attachants, sa tendresse, sa poésie et son scénario passionnant, Moi, toi et tous les autres bénéficie d'une mise en scène remarquable et d'une photographie un peu kitch, mais qui retranscrit la manière dont le personnage interprété par Miranda July voit les choses. De plus, la musique est tout aussi magnifique que l'ensemble du film et les acteurs jouent tous à la perfection et sans fausse note leurs personnages si particuliers mais si touchants.

La cinéaste américaine Miranda July a fait preuve de beaucoup de talent, autant dans son interprétation remarquable d'une artiste rêvant du prince charmant qu'en signant un scénario subtil, magnifique, émouvant, touchant et brillant.
Mais elle nous surprend encore plus en réalisant un film doté de beaucoup de tendresse et de poésie qui se révèle des plus somptueux quant à la description de ses personnages tous plus attachants les uns que les autres et des plus magnifiques quant à la description juste de la vie et de la recherche du bonheur.Moi, toi et tous les autres n'est pas un simple film, il se révèle comme un chef d'oeuvre où l'on ne cesse de s'émouvoir devant le portrait, réalisé tout en finesse, d'une population déboussolée, isolée, déprimée et en quête du moindre espoir de vivre heureux, mais surtout de vivre accompagné et d'éviter la solitude. On se retrouve devant un film simple, mais beau et pourvu d'une grande humanité.

Note film : 5/5

# Posté le vendredi 14 avril 2006 04:08