SILENT HILL - Christophe Gans

SILENT HILL - Christophe Gans
Film franco-américano-japonais avec Radha Mitchell, Sean Bean, Laurie Holden (2006).





















Résumé: De plus en plus souvent, la petite Sharon rêve d'une ville abandonnée, Silent Hill. Sa mère, Rose, décidée à comprendre l'étrange mal dont souffre son enfant, décide de l'accompagner sur place. Alors qu'elles pénètrent dans cet univers lugubre, Sharon disparaît. Rose se lance à sa poursuite, mais se rend vite compte que ce lieu étrange ne ressemble à rien de normal. Noyée dans le brouillard, peuplée d'étranges créatures, hantée par des ténèbres vivantes qui dévorent littéralement tout ce qu'elles touchent, cette dimension va peu à peu livrer ses terrifiants secrets... Avec l'aide de Cybil, de la police locale, Rose se jette dans une quête éperdue pour arracher sa fille au monde de Silent Hill. D'indices en épreuves, elle va découvrir tout ce que Sharon risque et ce qu'elle représente dans une malédiction qui dépasse tout...-Résumé Allôciné-

Quel "videogamer" ne s'est-il jamais essayé à Silent Hill, jeu vidéo devenu très rapidement culte en prenant le contrepied de Resident Evil et son aspect bourrin. Ici l'atmosphère glauque et la psychologie prédomine. Résultat: une série de 4 opus dont le sommet est sans aucun doute le second volet, profond, viscéral, destabilisant, presque traumatisant. Depuis sa sortie sur les plateformes vidéoludiques, Christophe Gans est dans le coup. Mouais. Crying Freeman est laborieux dans son scénario et Le Pacte des Loups est une honteuse démystifiquation de la légende du Gévaudan, saveur Kung Fu. L'impatience se mêlait à la crainte de voir Henry Mason shooter du monstre et culbuter Rose à la fin de la bande. Les premières images n'ont en rien effacé ces peurs. L'enjeu est énorme. Ou bien Gans pond une merde qui souille l'esprit du jeu, ou bien l'ancier rédacteur en chef de Starfix engendre un film respectueux. Voilà je le dis d'emblée: Silent Hill n'est pas vraiment la claque attendue, mais il a le mérite de remplir un très grand nombre de critères contenus dans le (lourd) cahier des charges.
En g
ros, l'histoire est celle du premier volet de la saga. Henry Mason est remplacé par Rose Mason, un choix judicieux car un personnage féminin qui n'est pas une Lara Croft dans un environnement cauchemardesque renforce l'aspect dangereux des situations. Autre bonne chose: elle ne possède aucune arme, excepté un couteau qu'elle perd en route (!) et son téléphone portable qui émet la fameuse friture qui nous a tant fait frissonner en tant que joueurs. Mais revenons à l'histoire. Je dois dire que j'ai été agréablement surpris par le déploiement du scénario qui, même s'il est d'une facture assez classique pour un film de ce genre, colle parfaitement à l'esprit du jeu. L'ensemble est flou, tout n'est pas expliqué, le climax est infernal et gore à souhait, comme dans le jeu. Cerise sur le gâteau: on a droit à un faux happy end! Même s'il en sent quelques frilosités du point de vue de l'écriture (on aurait pu faire plus original et aller encore plus loin), le fan comme le spectateur lambda en ressort un peu surpris. Bien vu! Bon, gardons toutefois à l'esprit: scénario relativement classique et usant de ficelles connues. Rien de bien révolutionnaire.
Pou
rsuivons avec la mise en scène. Plastiquement... c'est superbe. La photographie est très belle, Silent Hill dans la brume se matérialise réellement sous nos yeux, même si l'on regrette un filtre qui aurait rendu le tout plus granuleux et crade. La réalisation est assez impersonnelle puisque l'on reconnaît jusqu'aux angles de caméra utilisées dans le jeu vidéo. Dommage également que Gans ait gardé toujours ces tics désagréables: par exemple lors de l'apparition du monstre qui sera tué par balles par la flic. Ces petits mouvements rapides qui distordent l'image n'ajoute rien à l'intensité de la scène. Beaucoup trop de cinéastes aujourd'hui laissent tomber le plan fixe? Pourquoi? Pour une telle scène, l'impact aurait été beaucoup plus puissant. Dommage. Les effets spéciaux sont parfaits et l'on a droit à quelques images qui restent en mémoire, comme l'écorchage de Pyramid Head. L'atmosphère est très travaillée et est extrêmement fidèle au jeu: Gans a repris les musiques (dont le thème principal, mémorable), les bruitages, les couleurs, les décors... Tout ou presque est similaire. Merci Akira Yamaoka!
Gans fai
t plaisir aux fans en leur offrant un festival de monstres, dont le célèbre Pyramid Head, horrible boucher au masque égyptien et armé d'un énorme couteau qu'il peine à traîner derrière lui. J'ai été un peu déçu de sa première apparition, qui est beaucoup plus choquante dans le jeu, mais bon. Tout est conforme: créatures nues, aux formes généreuses et aux jambes galbées (sexe et mort, eros et thanatos). On notera aussi la présence de la culte infirmière du premier épisode, qui ajoute une connotation malsaine à une scène déjà intense. Les fans ne seront pas déçus! Quant aux néophites, ils ne sont pas pour autant laissés de côté (cf. les mauvaises adaptations d'Harry Potter). Une petite prouesse. Mais pas étonnant quand on sait que c'est Roger Avary qui a co-écrit le film. Enfin, la réflexion est assez immense: relation mère-fille, légendes urbaines avec ses croque-mitaines, religion (dénonciation de la religion et de toute son hypocrisie, n'est-ce pas Rox), réalité ou fiction? Rêve éveillé? Monde parallèle? Loin d'être parfait (Gans aurait pu aller beaucoup plus loin encore dans l'horreur, même si c'est déjà bien malsain. Il a fait un film un peu trop parfait à mon goût mais a compris l'esprit de Silent Hill, ce qui est déjà énorme), Silent Hill se dévore quand même avec un plaisir immense.

En deux mots: Respectueux, Gans signe une très bonne adaptation du jeu vidéo qui se regarde avec plaisir mais souffre d'une petit manque... d'ambition.




--14/20--

# Posté le mercredi 03 mai 2006 09:16

CAMPING - Fabien Onteniente

CAMPING - Fabien Onteniente
Film français avec Franck Dubosc, Gérard Lanvin, Mathilde Seigner (2006).





Avoue que ça t'excite, les oiseaux, Franck!















Résumé: Au camping des Flots Bleus, ça débarque de toute la France. Comme tous les ans, c'est le moment des retrouvailles autour de l'apéro d'usage pour les familles d'habitués. Sauf que cette année, les Pic n'ont plus leur emplacement 17, les Gatineau font tente à part, et Patrick Chirac, le playboy de Dijon, se fait plaquer par sa femme. C'est dans ce camping que Michel Saint Josse, chirurgien esthétique à Paris, se retrouve bien malgré lui pour y subir les problèmes existentiels d'une espèce jusqu'alors inconnue de lui : le campeur...-Résumé Allôciné-

Tout ceux qui connaissent l'univers de l'humoriste savent que ce dernier a une affection toute particulière pour cette manière tout à fait particulière de passer les vacances: le camping. Tout en se foutant des campeurs et de leur hallure ringarde et beauf au possible (la casquette Ferrari, les chaussettes avec les sandalettes, le maillot de bain avec un t-shirt, etc...), Dubosc jette un regard plein de tendresse sur cette population à part dont il faisait partie étant jeune. Fabien Ontoniente en a donc fait un film, comportant quelques personnages de ses sketshs, notamment Jacky et Paul. Le long métrage ne se prend pas la tête et ne prétend pas être autre chose que ce qu'il est: une comédie familiale simple. Elle en respecte les principaux codes, histoire d'amour, de tromperie, un père et sa fille tombent dans cet univers qui ne lui correspondent pas, et puis finalement une amitié va naître, etc, etc... bon bref, rien de bien excitant. Il ne faut évidemment pas s'attendre à y trouver matière à je ne sais quelle réflexion mais juste à y trouver matière à de bonnes poilades. Ceux qui connaissent Dubosc souriront lors de la scène de la discothèque où l'on entend le fameux tube "toucher la chatte à la voisine" et au moment de la célèbre réplique "pastis par temps bleu, pastis délicieux" (dommage que l'on ait pas eu droit aux autres variantes "pastis de nuit, pastis aussi" ou "pastis poilu... pastis quand même"). Certaines répliques valent le détour, comme "cette nuit j'ai rêvé qu'on faisait l'amour et tu m'as dit merci" ou encore "chassez le campeur, il revient au bungalow". Passons évidemment sur la mise en scène, des plus classique, et sur le jeu des acteurs qui n'a rien d'exceptionnel (Dubosc sonne souvent faux mais bon... aller, on t'excuse Frank). Les mauvaises langues diront que c'est une espèce de "sous-bronzés", il a au moins le mérite de faire aussi bien que ces films. Parions sur un beau petit succès, même si, question comédie française, OSS 117 paraît de meilleure qualité, à ce que j'ai entendu...

En deux mots: Une comédie très légère qui ne se prend pas la tête, mais très loin d'être exemplaire. Tu prends l'apéro?




--11/20--

# Posté le jeudi 04 mai 2006 11:16

THEOREME - Pier Paolo Pasolini

THEOREME - Pier Paolo Pasolini
Film italien avec Silvana Mangano, Terence Stamp, Massimo Girotti (1968).


















Résumé: Un jeune homme d'une étrange beauté s'introduit dans une famille bourgeoise. Le père, la mère, le fils et la fille succombent à son charme. Son départ impromptu ébranle tous les membres de la famille.-Résumé Allôciné-

Mon premier Pasolini. Et mon dieu que ce fut bon. Tout comme l'homme du film ce long métrage extraordinaire a agit en moi comme une révélation. Après Kubrick, je peux affirmer sans crainte qu'il est mon cinéaste préféré... une opinion que je me suis forgé en ne regardant de lui qu'une seule oeuvre. Et peut-être même que ce Théorême deviendra avec le temps le deuxième meilleur film que j'ai vu à ce jour après 2001. C'est dire. C'est donc du lourd, du très lourd. En quelques mots avant l'analyse: mystique, métaphysique, complexe, artistique, théologique...
Théorême est un long métrage quasiment muet, sa force réside dans l'intensité des images, le jeu monumental des acteurs, la musique. C'est donc d'abord une oeuvre sensorielle, qui se vit, se ressent. On s'impregne de tout ça grâce au rythme très lent imposé par le cinéaste. Ce qui est donc propice à la réflexion. Et de la réflexion on en a besoin car le film, d'apparence simpliste, est extrêmement complexe... Ais-je déjà vu oeuvre aussi complexe? Blow Up, 2001, oui... Laissons donc tout cela pénétrer en nous pour profiter du spectacle. La dimension biblique apparaît dès le début, grâce à une citation sur fond de désert. Les inserts montrant des dunes de sable servent non seulement à indiquer la progression du temps, mais aussi à symboliser le vide de l'existence. Pourquoi vivre? Dans le désert, on ne peut se raccrocher à rien. Mais Dieu est là pour guider l'homme dans sa solitude et sa détresse. Au départ il y a donc le désert. Puis ensuite il y a Dieu. La divinité est incarnée par un homme, incroyablement beau et séduisant, au comportement étrange, qui, sans presque rien dire, fait succomber tous les membres de la petite famille qui l'accueille. La mère trouve en lui un amant (la scène où il tombe dans ses bras montre clairement le caractère divin du personnage, avec le soleil couchant derrière lui, comme si c'était une apparaition), le père trouve en lui un guérisseur (tiens, il accompli un miracle, mais oui c'est bien ça), le fils trouve en lui un formidable ami avec lequel il peut parler de peinture (homosexualité?), la fille trouve en lui un homme mûr qui l'initie à la sexualité, la bonne quant à elle trouve en lui une source d'inspiration divine très puissante.
Le film est très bien structuré, c'est clair, délimité, chaque personnage a sa petite place dans le puzzle. Ce qui surprend, c'est la manière dont agit le charme de l'homme. Rien n'est dit, simplement en le regardant, la bonne a les larmes aux yeux par exemple. Le fils est irrésistiblement attiré par lui et ne peux s'empêcher de le regarder, comme un aimant. C'est troublant et inquiétant par moment. C'est réellement quelque chose de surnaturel, d'inexpliquable. Puis soudain, l'événement perturbateur: un départ soudain de l'homme, laissant chaque membre de la famille dans le désarroi. Ils se retrouvent nus dans le désert, sans rien ni personne pour s'y raccrocher. Ils ont perdus leur Dieu. Livrés à eux même, seuls, chacun va prendre une direction différente mais qui changera leur vie à jamais. La fille entre dans une sorte de catatonie hystérique qui la cloue au lit, la mère se prostitue dans l'espoir de retrouver ce qu'elle a ressenti avec ce jeune homme, le fils essaye en vain de peindre son portrait dans une sorte de psychose furieuse (il va même jusqu'à faire simplement une tâche de peinture sur une toile les yeux fermés: l'homme seul, c'est la tâche qui n'a rien à faire au milieu du tableau), le père fait don de son entreprise aux salariés et se déshabille en pleine rue (sans Dieu, l'homme est nu, ou bien c'est une sorte de volonté de retourner dans le jardin d'Eden, sans avoir honte d'être nu), enfin la bonne a le destin le plus spectaculaire: elle devient une sorte de sainte qui ne mange rien d'autre que des orties, qui s'envole au-dessus des toîts des maisons (une scène choquante qui m'a laissé sans voix, sans doute L'IMAGE que j'ai retenu du film), et qui se fait volontairement enterrée vivante et dont les larmes seront la source d'une rivière.
Le long métrage s'achève sur le père, nu dans le désert du début, errant sans fin à la recherche de ce qu'il a perdu, le sens de sa vie, et cet abominable cri final... L'homme donne un sens aux vies, tout comme Dieu. Je pense que c'est ce que nous enseigne ce long métrage sublime et magistral. Au niveau de la mise en scène, les plans sont souvent longs et fixes, il y a un peu de Haneke, mais en plus destabilisant encore. La photographie est très pure, la musique est splendide (Mozart) et ajoute toute la dimension artistique à une oeuvre éblouissante de maîtrise et d'intelligence. Théorême est fulgurant, c'est une vraie claque, absolument unique en son genre, délicieusement complexe, jouissivement mystique, choquant même par moment (car on ne s'attend pas beaucoup à l'enchaînement des événements), d'une profondeur et d'une ampleur cosmique, sujette à de multiples relectures et interprétations différentes, comme tous les énormes chef-d'oeuvres. Les superlatifs me manquent. Un chef-d'oeuvre qui entre désormais dans ma filmo culte. A chérir comme un joyau.

En deux mots: Du grand Art. L'un des meilleurs films que je n'ais jamais vu de ma vie.




--20/20--

# Posté le jeudi 04 mai 2006 16:38

Modifié le jeudi 04 mai 2006 16:53

ENFERMES DEHORS - Albert Dupontel

ENFERMES DEHORS - Albert Dupontel
Film français avec Albert Dupontel, Claude Perron, Nicolas Marie (2006).






















Résumé: Un SDF trouve un uniforme de flic et le met pour manger dans les cantines de police... -Résumé Allôciné-

Après le génial Bernie et Le Créateur, Dupontel revient enfin derrière la caméra pour un film moins violent, moins trash, mais très pertinent et intelligent, surtout servi par une mise en scène énregique, débordant de trouvailles, d'inventivité et de passion pour le septième art. Enfermés Dehors est donc bel et bien le film que l'on attendait. Sans doute le meilleur film du cinéaste. Dupontel nous raconte une histoire simple, celle d'un SDF paumé et à côté de ses pompes, qui ne comprend quasiment rien à rien mais sait écouter son ventre. Animé quasiment par le seul désir de se remplir la panse, il dégotte un uniforme de flic au bout du rouleau qui s'est jeté du haut d'un pont. D'abord plein de bonnes intentions il décide de le rapporter au commissariat mais rien n'y fait, personne ne veut l'écouter puisque c'est un sans abri. Rien à foutre, notre SDF au sourire d'ange (dents pourries) endosse le "costume" pour aller manger à la cantine de ce même commissariat. Et là, il passe inaperçu. Il est quelqu'un d'autre. Un flic. Ainsi, il change de statut, il passe d'une extrême à une autre. Mais il devient la critique du flic, sa parodie: il est le flic tel que le SDF voit le flic, autoritaire, vilain, sans le moindre intérêt pour les pauvres gens. Malin! En plus de cela, il tombe sur la femme de sa vie, vendeuse dans un sex shop et ancienne actrice porno "soft". Après la bouffe, c'est l'amour qui le guide. Il est prêt à tout pour elle, même l'impossible. Car il est incroyablement naif, stupide, il évolue dans un monde qu'il ne comprend pas, il ne craint rien derrière son costume que tout le monde craint, justement.
A l'aide d'un scénario pertinent, Dupontel dresse une véritable critique de la société et des classes qui la composent. Etonnant et bluffant d'intelligence. L'histoire évolue de manière logique et les enjeux sont clairs dès le début. Il se termine évidemment dans un brouhaha comique, allant jusqu'à l'absurde. Attention donc aux spectateurs réticents aux éléments farfelus qui composent cette histoire de fou furieux. Les acteurs sont excellents, à commencer par Dupontel, absolument parfait, aussi dingue devant que derrière la caméra, il gesticule, saute, court, rien ne l'arrête, il est blindé d'énergie du début à la fin, sans pour autant que ce soit moins convainquant. Vraiment bien. Les seconds rôles sont aussi géniaux, citons simplement un Berroyer client d'un sex shop à la recherche d'images les plus trash possibles, comme une césarienne avec complications, ou encore Terry Giliam en personne dans le rôle d'un SDF (si, si, Dupontel et giliam sont potes dans la vraie vie). La photographie est chaleureuse, les couleurs sont pétantes et la musique est aussi survitaminée de que le reste (normal, Noir Dez quoi). Bref, une histoire pleine de bonnes choses, des rebondissements, des surprises, de l'intelligence, une mise en scène réfléchie, des acteurs excellents, de l'humour et de l'absurde à la Tex Avery, tout y est pour passer un très bon moment. Le début d'année fut un peu fade, mais je trouve que les comédies françaises sortent vainqueurs du lot, avec Enfermés Dehors en tête. Magnifique!

En deux mots: Dupontel est en train de devenir l'un des grands du cinéma français, avec Noé. Un excellent film.




--17/20--

# Posté le jeudi 11 mai 2006 06:20

THE USUAL SUSPECTS - Bryan Singer

THE USUAL SUSPECTS - Bryan Singer
Film américain avec Gabriel Byrne, Kevin Spacey, Benicio Del Toro (1995).






















Résumé: Une légende du crime contraint cinq malfrats à aller s'aquitter d'une tâche très périlleuse. Ceux qui survivent pourront se partager un butin de 90 millions de dollars.-Résumé Allôciné-

The Usual Suspects constitue l'un des plus grands thriller de l'histoire du cinéma. Autant dire que depuis sa sortie en 1995, on n'a pas vu mieux. Voici donc le suspect. Je vais vous exposer maintenant les faits et surtout le crime horrible dont il est suspecté d'avoir commis. Tout le monde est présent, le public est silencieux, les journalistes guettent l'issue de la séance. Messieurs les jurés, monsieur le juge, j'appelle à la barre les témoins!
EXPOSE DES FAITS: Bryan Singer réalise son film sur un scénario de Christopher McQuarrie, un ami d'enfance. Dès sa sortie officielle lors du Festival de Cannes, les réactions sont extrêmement positives, aussi bien auprès des spectateurs que des professionnels du milieu du cinéma. Le film continua sur cette lancée et fut un succès public et critique. Non content de récolter une moisson de récompenses (dont une nomatination au César du Meilleur Film Etranger et deux Oscars, celui du Meilleur Second Rôle pour Kevin Spacey et celui du Meilleur Scénario pour Christopher McQuarrie), il fit de Keyser Soze, le mystérieux criminel psychopathe, un personnage vériatblement emblématique du Septième Art. En effet, qui aujourd'hui ne connaît pas Keyser Soze? Le crime horrible du réalisateur est de nous avoir berné sur l'identité de Soze: la surprise finale est légendaire.
TEMOIN N°1: L'écriture n'a aujourd'hui presque aucun équivalent dans le domaine du thriller à suspense. Le scénario est d'une intelligence phénoménale, nous entraînant (non sans nous perdre par moment, sic) le long d'une intrigue tortueuse et terriblement complexe où cinq malfrats se voient réunis par un coup monté avant de les obliger à remplir une mission dangereuse. En alternant présent et passé, le cinéaste nous oblige à un véritable exercice mental, une gymnastique très plaisante, ainsi le spectateur n'est pas seulement passif devant le défilement de la bande. Il cherche à comprendre, essaie de deviner le pourquoi du comment. Ce sera sans compter sur le choc final, absolument impossible à deviner tant il est unique au cinéma. Je vous demanderais d'attendre un des témoins suivants qui se présentera à la barre pour l'analyse de cette ritournelle flamboyante, merci de votre compréhension.
TEMOIN N°2: L'un des points fort du film est sans conteste la mise en scène, qui utilise des procédés adaptés à toutes les situations. Singer connait le cinéma: les flashbacks sont introduits de manière nette, flou pour les séquences les plus violentes (le massacre de la famille de Soze), ralentis pour les moments critiques (ce formidable plan sur la tasse de café qui tombe des mains de l'inspecteurs pour se fracasser sur le sol), il exploite correctement les champs contre champs, l'arrière plan et rien n'est de trop, tout est à sa place, c'est fluide, c'est beau. Les longues séquences dialoguées sont indispensables à la bonne compréhension de l'ensemble et le climax remplit sa mission de divertissement (les nombreuses fusillades sur le bateau). Ici encore, rien est à redire, c'est un travail de chef qu'a réalisé Singer, du très propre, jamais d'excès mais toujours de l'indispensable et du pertinent. Un vrai plaisir! "Autre chose à rajouter?" Non, monsieur, passez plutôt au témoin suivant. "Suivant, alors!"
TEMOIN N°3: L'autre point fort du long métrage est l'interprétation sans faille des acteurs, à commencer pour Kevin Spacey, dont l'Oscar était amplement mérité. Verbal Kint est loin d'être un rôle facile à jouer, d'abord parce que c'est un personnage assez atypique: handicapé moteur, il traîne la patte en boîtant et peu à peine tenir un flingue, il est peureux, trouillard, faible et surtout pas très malin. Le jeu de Spacey est extraordinaire. N'oublions pas de citer Gabriel Byrne, très convainquant en flic ripoux reconvertit mais finalement forcé à commettre des atrocités. Benicio Del Toro en est à ses début, à peine reconnaissable, mais déjà très bon... "Poursuivez" La photographie est assez quelconque mais ce n'est pas le plus important. Finalement, The Usual Suspects est un film de fond et non pas une oeuvre de forme, bien que sa forme soit quasiment parfaite. La musique aussi est mémorable, composée par John Ottman. "Autre chose à rajouter?" Oui. "Et bien allez-y" C'est que... C'est au tour du témoin numéro quatre, donc je vais prévenir l'audience que ceux qui n'ont pas vu le film se doivent de quitter la salle car il débite un bon nombre de spoilers. "Merci du conseil, suivant!"
TEMOIN N°4: ... "Parlez!" Je peux? "Evidemment" Selon moi, le point majeur de ce chef-d'oeuvre est le personnage de Keyser Soze, autour duquel gravite toute l'histoire. Bryan Singer a créé un véritable mythe, Soze est passionnant en diable personnifié, il a même quelque chose de surnaturel, d'incroyable. Personne ne sait s'il existe ou pas, personne ne sait à quoi il ressemble mais tout le monde a peur de lui. Ceux qui travaillent pour lui ne le savent pas. C'est un monstre, un fantôme, il est invisible mais surveille tout le monde, il est intelligent, extrêmement intelligent, et autant dire qu'un mec pareil dans le milieu du crime, c'est à craindre comme la peste. Selon moi, Soze est le meilleur personnage de criminel jamais imaginé, avec le Bill de Tarantino. Durant tout le film, on essaye de deviner qui est Soze et plus le film avance et moins on en sait. C'est une véritable enquête que l'on mène dans notre tête, c'est très rare. A ce qu'il paraît, aux USA, le film a été vu par des inspecteurs afin de tester leur perspicacité! C'est passionnant à suivre, sincèrement. Je n'avais jamais connu ça avant. La révélation finale est étourdissante. "Pouvez-vous m'en dire plus sur cette révélation?" A ce qu'il paraît, Singer n'avait dit à personne qui était vraiment Soze, même les acteurs ne le savaient pas. Byrne a avoué qu'il n'a su qui était Keyser Soze qu'une fois après avoir visionné le film en entier! C'est un peu comme dans L'Empire Contre-Attaque, où même Mark Hamill ne savait pas qui était Dark Vador. La surprise en tout cas vaut son pesant d'or. "Merci, j'appelle maintenant à la barre le témoin suivant, qui va nous faire une analyse détaillée des dernières scènes du film. Je demanderais donc à ceux qui n'ont pas vu le film de quitter maintenant la salle, merci de votre compréhension".
TEMOIN N°5: [Début du spoiler] "Mais qui est alors Keyser Soze?" Keyser Soze est interprété par Kevin Spacey. (brouhaha dans l'audience, le juge appelle au calme avec son marteau) Oui. Mais ce n'est pas tout. Dans les dernières scènes, le scénario prend une ampleur unique. C'est au moment où Verbal raconte qu'il voit Soze sur le bateau. Il est facile de soupçonner, et cela dès le début, que Verbal est en fait Soze mais à ce stade du film, le scénario nous dit le contraire. Comment Verbal et Soze peuvent-ils être la même personne puisqu'ils sont bien deux entités distinctes dans le récit de Verbal? Et puis Soze, on voit bien son visage dans le flashback montrant le massacre de sa famille, il a les cheveux longs et les traits sévères, il ressemble un peu à un indien. Comment est-ce possible? C'est là que le scénario devient génial: parce que Verbal/Soze a inventé toute l'histoire dès le début. (un nouveau brouhaha rempli la salle) Oui. Soze étant quelqu'un d'extrêmement intelligent, il est capable non seulement de se faire passer pour un infirme, mais een plus de raconter des cracks qui tiennent la route. Il réussit ainsi à convaincre l'inspecteur que ce n'est pas lui Soze. Magistral non? De multiples indices sont dispersés dans le film: au début, Keyser regarde attentivement le bureau de l'inspecteur de police, comme s'il cherchait quelque chose, de plus, il regarde le dessous de la tasse de café où est écrit le nom de Kobayashi. Il y a aussi le briquet que Verbal peine à allumer, etc... La mise en scène de la suprise finale est déroutante: d'abord on veut nous faire croire (et cela d'une manière très convainquante d'ailleurs) que Soze est en fait Dean Keaton (un plan nous montre même Keaton sous le chapeau de Soze en train de... se tuer lui-même). C'est pertinent, mais ça ne tient pas la route car le spectateur VOIT mourrir Keaton dès le début. Ensuite, on voit l'inspecteur seul dans son bureau après le départ de Soze, qui regarde son mur. Puis on devine qu'il a comprit quelque chose. Le plan se resserre, il laisse tomber sa tasse de café. On apprend alors que tout ce qu'il a raconté est né de ce qui occupait le mur. Puis, un plan sur les pas de Keyser nous montre qu'il boîte de moins en mois, Verbal se transforme en Keyser sous nos yeux, il allume une cigarette de la même manière qu'au tout début. "Le coup le plus rusé que le diable ait jamais fait, c'est de faire croire à tout le monde que le diable n'existe pas c'est ça?" Oui voilà. Puis un dernier plan sur Kevin disant "il disparaît". Magnifique. On est sur le cul. Bravo monsieur Singer et à son pote scéariste pour ce coup de maître! [Fin du spoiler]
RESUME DE L'AUDIENCE: The Usual Suspect est bel et bien coupable d'avoir fait bondir plus d'un spectateur sur son siège, par sa maestria hors du commun, son intelligence démoniaque, sa perversion à trop vouloir berner le spectateur. Nous le condamnons donc à une gloire immortelle et nous encourageons les fans à vouer un culte à cette perle rare. Très rare. Merci à Singer et à sa team.

En deux mots: Je crois que tout est dit, Bryan Singer signe là un chef-d'oeuvre de manipulation où les fausses pistes côtoient de vraies jubilations.




--19/20--

# Posté le jeudi 11 mai 2006 08:30