Résumé: De plus en plus souvent, la petite Sharon rêve d'une ville abandonnée, Silent Hill. Sa mère, Rose, décidée à comprendre l'étrange mal dont souffre son enfant, décide de l'accompagner sur place. Alors qu'elles pénètrent dans cet univers lugubre, Sharon disparaît. Rose se lance à sa poursuite, mais se rend vite compte que ce lieu étrange ne ressemble à rien de normal. Noyée dans le brouillard, peuplée d'étranges créatures, hantée par des ténèbres vivantes qui dévorent littéralement tout ce qu'elles touchent, cette dimension va peu à peu livrer ses terrifiants secrets... Avec l'aide de Cybil, de la police locale, Rose se jette dans une quête éperdue pour arracher sa fille au monde de Silent Hill. D'indices en épreuves, elle va découvrir tout ce que Sharon risque et ce qu'elle représente dans une malédiction qui dépasse tout...-Résumé Allôciné-
Quel "videogamer" ne s'est-il jamais essayé à Silent Hill, jeu vidéo devenu très rapidement culte en prenant le contrepied de Resident Evil et son aspect bourrin. Ici l'atmosphère glauque et la psychologie prédomine. Résultat: une série de 4 opus dont le sommet est sans aucun doute le second volet, profond, viscéral, destabilisant, presque traumatisant. Depuis sa sortie sur les plateformes vidéoludiques, Christophe Gans est dans le coup. Mouais. Crying Freeman est laborieux dans son scénario et Le Pacte des Loups est une honteuse démystifiquation de la légende du Gévaudan, saveur Kung Fu. L'impatience se mêlait à la crainte de voir Henry Mason shooter du monstre et culbuter Rose à la fin de la bande. Les premières images n'ont en rien effacé ces peurs. L'enjeu est énorme. Ou bien Gans pond une merde qui souille l'esprit du jeu, ou bien l'ancier rédacteur en chef de Starfix engendre un film respectueux. Voilà je le dis d'emblée: Silent Hill n'est pas vraiment la claque attendue, mais il a le mérite de remplir un très grand nombre de critères contenus dans le (lourd) cahier des charges.
En gros, l'histoire est celle du premier volet de la saga. Henry Mason est remplacé par Rose Mason, un choix judicieux car un personnage féminin qui n'est pas une Lara Croft dans un environnement cauchemardesque renforce l'aspect dangereux des situations. Autre bonne chose: elle ne possède aucune arme, excepté un couteau qu'elle perd en route (!) et son téléphone portable qui émet la fameuse friture qui nous a tant fait frissonner en tant que joueurs. Mais revenons à l'histoire. Je dois dire que j'ai été agréablement surpris par le déploiement du scénario qui, même s'il est d'une facture assez classique pour un film de ce genre, colle parfaitement à l'esprit du jeu. L'ensemble est flou, tout n'est pas expliqué, le climax est infernal et gore à souhait, comme dans le jeu. Cerise sur le gâteau: on a droit à un faux happy end! Même s'il en sent quelques frilosités du point de vue de l'écriture (on aurait pu faire plus original et aller encore plus loin), le fan comme le spectateur lambda en ressort un peu surpris. Bien vu! Bon, gardons toutefois à l'esprit: scénario relativement classique et usant de ficelles connues. Rien de bien révolutionnaire.
Poursuivons avec la mise en scène. Plastiquement... c'est superbe. La photographie est très belle, Silent Hill dans la brume se matérialise réellement sous nos yeux, même si l'on regrette un filtre qui aurait rendu le tout plus granuleux et crade. La réalisation est assez impersonnelle puisque l'on reconnaît jusqu'aux angles de caméra utilisées dans le jeu vidéo. Dommage également que Gans ait gardé toujours ces tics désagréables: par exemple lors de l'apparition du monstre qui sera tué par balles par la flic. Ces petits mouvements rapides qui distordent l'image n'ajoute rien à l'intensité de la scène. Beaucoup trop de cinéastes aujourd'hui laissent tomber le plan fixe? Pourquoi? Pour une telle scène, l'impact aurait été beaucoup plus puissant. Dommage. Les effets spéciaux sont parfaits et l'on a droit à quelques images qui restent en mémoire, comme l'écorchage de Pyramid Head. L'atmosphère est très travaillée et est extrêmement fidèle au jeu: Gans a repris les musiques (dont le thème principal, mémorable), les bruitages, les couleurs, les décors... Tout ou presque est similaire. Merci Akira Yamaoka!
Gans fait plaisir aux fans en leur offrant un festival de monstres, dont le célèbre Pyramid Head, horrible boucher au masque égyptien et armé d'un énorme couteau qu'il peine à traîner derrière lui. J'ai été un peu déçu de sa première apparition, qui est beaucoup plus choquante dans le jeu, mais bon. Tout est conforme: créatures nues, aux formes généreuses et aux jambes galbées (sexe et mort, eros et thanatos). On notera aussi la présence de la culte infirmière du premier épisode, qui ajoute une connotation malsaine à une scène déjà intense. Les fans ne seront pas déçus! Quant aux néophites, ils ne sont pas pour autant laissés de côté (cf. les mauvaises adaptations d'Harry Potter). Une petite prouesse. Mais pas étonnant quand on sait que c'est Roger Avary qui a co-écrit le film. Enfin, la réflexion est assez immense: relation mère-fille, légendes urbaines avec ses croque-mitaines, religion (dénonciation de la religion et de toute son hypocrisie, n'est-ce pas Rox), réalité ou fiction? Rêve éveillé? Monde parallèle? Loin d'être parfait (Gans aurait pu aller beaucoup plus loin encore dans l'horreur, même si c'est déjà bien malsain. Il a fait un film un peu trop parfait à mon goût mais a compris l'esprit de Silent Hill, ce qui est déjà énorme), Silent Hill se dévore quand même avec un plaisir immense.
En deux mots: Respectueux, Gans signe une très bonne adaptation du jeu vidéo qui se regarde avec plaisir mais souffre d'une petit manque... d'ambition.
--14/20--




