LE CERCLE ROUGE - Jean-Pierre Melville

LE CERCLE ROUGE - Jean-Pierre Melville
Film français avec Alain Delon, Bourvil, Gian Maria Volonte (1970).






















Résumé: Un truand marseillais, un detenu en cavale et un ancien policiers mettent au point le hold-up du siecle. Le commissaire Mattei, de la brigade criminelle, leur tend une sourriciere.-Résumé Allôciné-

« Le Cercle rouge » a maintenant plus de 30 ans et n'a rien perdu de son impact. On y retrouve les thèmes fidéles à Melville: la fatalité, le destin et la trahison.
« Le Cercle rouge » repose sur une intrigue conventionnelle mais la force du film réside en grande partie dans la distribution d'acteurs prestigieuse avec des acteurs comme Bourvil, Delon, Montand, Gian Maria Volonté sans oublier l'excellent François Perrier, au service d'un mise en scène sobre et épurée qui force l'admiration. Les comédiens jouent avec une sobriété rare dans le cinéma français. « Le Cercle rouge » est dans la même lignée que « Le Samourai » tourné 3 ans plus tôt avec un Delon toujours aussi élégant et enigmatique, qui joue pour la 2éme fois sous la direction de Jean Pierre Melville. Pour son dernier rôle, Bourvil interprête un rôle à contre emploi et le résultat est plutôt convaincant. Il incarne un personnage solitaire et efficace aux méthodes policiéres pas toujours conformes aux normes (à l'instar de Perrier dans « Le Samourai »). Yves Montand livre également une belle prestation dans le rôle d'un ancien flic déchu.

Les qualitées techniques du film reposent sur une photographie qui frôle la perfection. Chaque plan, chaque scène est minutieusement travaillée. La première scéne dans le train rappelle le début « d'Un condamné à mort s'est échappé » que Robert Bresson a réalisé quatorze ans plus tôt, ou seuls les changements de rythme du moteur se font entendre. La scène du Hold-up est une scène d'anthologie. Tant dans le suspense que dans l'execution filmée avec concision. Il faut également rendre hommage à la scène finale qui conclut le film sur un ton dramatique. Le rythme du Cercle Rouge est lent mais nous sommes plongés dans le vif du sujet. Les personnages sont ainsi presentés sous tous leurs aspects.

Pourquoi Le cercle rouge ?

A force de se croiser, de se chercher, tous les protagonistes policiers et truands vont inexorablement se rejoindre à la rencontre de leurs destins. Le film est une succession de plans symetriques des principaux acteurs qui aboutiront à la confrontation finale. « Quand des hommes même s'ils s'ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d'entre eux, et ils peuvent suivre des chemins divergents. Au jour dit inexorablement, ils seront réunis dans le cercle rouge. ». Le destin méne les hommes à leur sort fatal et à ce titre, la scène finale est conforme à la morale. Si vous avez un avis sur la signification du titre, n'hésitez pas à le laisser dans les commentaires !

« Le Cercle rouge » est le polar Français par excellence, une oeuvre majeure réalisée par le maître en la matière. Certains cinéastes comme Martin Scorsese, John Woo, Quentin Tarantino avouent s'en inspirer mais n'atteignent pas le talent de Melville.



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# Posté le mercredi 21 juin 2006 15:51

Modifié le mercredi 21 juin 2006 16:15

MATCH POINT - Woody Allen (Version 2)

MATCH POINT - Woody Allen (Version 2)
Film américano-britannique avec Jonathan Rhys-Meyers, Scarlett Johansson, Emily Mortimer, Brian Cox (2005).



















Résumé: Jeune prof de tennis issu d'un milieu modeste, Chris Wilton se fait embaucher dans un club huppé des beaux quartiers de Londres. Il ne tarde pas à sympathiser avec Tom Hewett, un jeune homme de la haute société avec qui il partage sa passion pour l'opéra. Très vite, Chris fréquente régulièrement les Hewett et séduit Chloe, la soeur de Tom. Alors qu'il s'apprête à l'épouser et qu'il voit sa situation sociale se métamorphoser, il fait la connaissance de la ravissante fiancée de Tom, Nola Rice, une jeune Américaine venue tenter sa chance comme comédienne en Angleterre... -Résumé Allôciné-

A l'occasion de la sortie de Match Point en DVD, j'ai décidé d'écrire une nouvelle version de la critique du dernier Woody Allen, nouveau visionnage, donc forcément, nouvelles sensations. Je préviens le lecteur qu'il est préférable d'avoir vu le film avant de lire ce texte!
Il est des films comme ça, que l'on pense qu'ils ne nous surprendront pas, que l'on prend un peu à la légère. "Oui oui, une sorte de comédie romantique à l'anglaise, et puis voilà, c'est du Woody Allen, donc ce sera drôle." On s'installe donc dans la salle, la tête un peu ailleurs, on réfléchit à d'autres choses et puis le film commence. Bon. Premier plan, une balle de tennis au ralenti, un discours sur la chance (un peu naif, certes), puis un arrêt sur image et la frustration de ne pas savoir si la balle franchira ou nous le filet. Peut-être que le film nous le dira! Chris est une sorte de beau gosse orphelin, un Candide venu tenter sa chance à Londres, son objectif: gravir les échelons de l'échelle sociale. Heureusement, la chance est avec lui, très vite il rencontre Tom, fils d'un riche magnat de la bourse, et fait la connaissance d'un milieu au centre duquel il jure, il fait tache. Le voilà propulsé au coeur de la noblesse anglaise. Transpirant la gentillesse, il aguiche toute la famille, dont la fille, qu'il ne tarde pas à épouser, et le père, qui lui offre une place importante dans l'une de ses sociétés. Au même moment, il fait la connaissance de Nola. Nola. La déesse, la sirène au chant irrésistible, elle a l'oeil charmeur, la bouche pulpeuse et la démarche lascive. Chris tombe irrémédiablement sous le charme. Et c'est réciproque. Entre eux, c'est la passion animale, c'est l'attirance physique contre lequel on ne peut rien faire, c'est le sexe, le sexe, le sexe. Brut, sauvage. S'aiment-ils? Sans doute oui. Mais Chris aime Chloé, sa femme. L'aime-t-il vraiment? Sans doute que non. Avec elle c'est la routine, tout est mécanique, ridicule (difficile pour un homme d'avoir des soucis à mettre enceinte sa femme, surtout lorsqu'on doit porter des amulettes de fertilité!). Mais Chloé lui apporte la stabilité sociale, la richesse, à laquelle il s'est tellement bien habitué. Avec Nola, il n'y aura qu'elle, et rien d'autre autour, pas de métier à aussi heute responsabilité, pas de véritable richesse. Mais il y aura Nola. Nola...
Seulement voilà, Nola devient envahissante, elle exige que Chris quitte sa femme qu'il n'aime pas. Elle devient folle, furieuse, incontrolâble. Elle lui échappe. Tout est en train de lui filer entre les doigts. Tout s'envenime. Il doit inventer mille stratagèmes pour pouvoir concilier ses deux vies, ses deux visages. Chris est politiquement incorrect, c'est l'anti-héros par excellence. Il est totalement soumis à ses pulsions, qu'il ne canalise pas. Ca explose! Une nuit, il a une idée. Il a trouvé une solution. Il a enfin trouvé comment se défaire de cette situation plus qu'embarrassante. Parce qu'il est lâche, parce qu'il est incapable de prendre une décision, parce qu'il ne peut pas faire de choix, de bon choix, il va se débarrasser de Nola au sens propre. Il monte un plan bien huilé, tellement bien huilé, qu'on y voit que de feu. Et cette scène de l'anneau qui renvoie à la balle de tennis du premier plan, va-t-elle tomber du bon côté? Non! Malheur, il est cuit. Et bien non, par un habile retournement de situation, le scénariste sublime son discours sur la chance. Quelle beauté! A en chialer, vraiment. Mais Chris a-t-il bien fait de choisir Chloé? Avec elle, il est riche mais malheureux, alors qu'avec Nola, il aurait été heureux, mais sans être riche. Que vaut-il mieux privilégier? Le bonheur ou la richesse? Splendide critique des classes! Au final, Chris est pauvre à l'intérieur, malgré un aspect extrêrne des plus prometteur. Il n'est que le reflet de l'homme idéal qu'une passion a déchiré en deux, il n'est plus que l'ombre de lui-même, de ce qu'il aurait voulu être et de ce qu'il est réellement. C'est donc un personnage extrêmement complexe, très travaillé, très profond, quel génie ce Woody Allen!
Johnathan Rhys-Meyers est parfait dans son rôle, son jeu ayant quelque chose qui sonne étrangement faux, comme son physique, ce qui en rajoute à la profondeur hors du commun de Chris Wilton. Scarlett Johansson est plus sexy que jamais, aussi bizarre et bancale que sa beauté si particulière, au jeu décidemment génial, peut-être son meilleur rôle? On ne voit que trop peu Brian Cox, le pédophile de Long Island Expressway, qui n'a pas souvent l'occasion de déplier la panoplie de son talent. La mise en scène est parfaite, sans la moindre fause note, posée, tranquille, privilégiant les longs plans fixes au champs contre champs par exemple. La photographie est très claire, l'image est propre, nette, sans grain. L'utilisation de morceaux d'Opéra pour la Bande Originale renforce le tragique de l'histoire, le point d'orgue étant la violence des meurtres commis. Géniale, parce qu'on ne s'y attend pas, l'écriture est le vrai point fort de ce film très riche, où tout s'enchaîne avec une fluidité déconcertante. C'est complexe sans être difficile à suivre, on rentre bien dans l'histoire pour en ressortir un peu étourdi. C'est ça du cinéma, du vrai, du grand. Si Woody Allen a réalisé un grand film, il touche du bout des doigts évidemment le chef-d'oeuvre, tant le propos est intelligent. Nous tenions sans aucun doute là le meilleur film de l'année 2005, brillant comme l'or d'un anneau. Très peu de films peuvent se targuer de m'avoir fait un tel effet, je les compte sur les doigts d'une main: Kill Bill, Sixième Sens, Amélie Poulain, Mulholland Drive. Chapeau bas, Woody.

En deux mots: Un chef-d'oeuvre qui a déjà des allures de grand classique!




--19/20--

# Posté le lundi 03 juillet 2006 15:53

Modifié le mardi 04 juillet 2006 10:36

SYMPATHY FOR LADY VENGEANCE - Park Chan Wook (Version 2) *1*

SYMPATHY FOR LADY VENGEANCE - Park Chan Wook (Version 2) *1*
Film sud-coréen avec Yeong-ae Lee, Choi Min-sik, Su-hee Go (2005).


















Résumé: Geum-ja, une belle jeune fille, devient un personnage public lorsqu'elle est accusée de l'enlèvement et du meurtre d'un garçon de 5 ans. Ce crime atroce obsède les médias. Geum-ja passe aux aveux et est condamnée à une longue peine de prison. Elle va consacrer ses 13 ans d'enfermement à la préparation méticuleuse de sa vengeance contre son ancien professeur Mr. Baek... -Résumé Allôciné-

1. Sympathie pour Mr Chan Wook

Là encore, petit retour en arrière, pour l'un des meilleurs films de l'année passée à l'occasion de la sortie de la superbe édition collector de Lady Vengeance (coffret triple DVD blanc, livret, avec Lee Geum Ja en Sainte sur les trois galettes, une pour le film cinéma, une autre pour le film du réalisateur (sensiblement différente) et une dernière pour les bonus). Impossible pour moi de passer à côté et comme pour Old Boy, la redécouverte fait figure de véritable révélation. Les différences avec le deuxième volet de la trilogie de Chan Wook m'avait quelque peu laissé de marbre. Une sensation à présent inexistante: ce long métrage est largement supérieur au précédent opus. Plus posé, moins faussement complexe, mieux construit, moins divertissant (donc forcément un chouia moins accessible), une violence moins visuelle mais plus viscérale, d'avantage suggérée (le film est beaucoup plus choquant que ne l'est Old Boy), un personnage principal ultra profond que son apparente froideur n'empêche pas au spectateur de s'y attacher, bref, un chef d'oeuvre très lourd, à la strucure sans faille, aux multiples surprises, aux trouvailles scénaristiques géniales et aux pointes d'humour aussi délicieuses que destabilisantes (de l'humour crade dont seul Chan Wook a le secret). C'est dit, Lady Vengeance est devenu en l'espace de deux heures l'un de mes films préférés (décidemment mon Top 50 n'est déjà plus vraiment d'actualité!^^). Le thème de la vengeance a déjà maintes fois été utilisé mais rarement avec ce génie. Le cinéma sud-coréen est donc l'un des plus prometteur au monde et Chan Wook commence a être courtisé par Hollywood (on lui a récemment proposé de faire un remake de Evil Dead, dont il a décliné l'offre, et Old Boy va faire l'objet d'un remake stupide, mon dieu je ne suis pas bien impatient de voir le résultat).

Dans Lady Vengeance, Chan Wook retrouve l'un des monstres du cinéma coréen, une superstar, récompensée pour son interprétation fulgurante de Oh Dae Su (l'une des meilleures que je n'ai jamais vu de toute ma vie), j'ai nommé l'immense Choi Min Sik, éclatant de charisme et au jeu impeccable. Ici il joue le rôle de l'effrayant Baek, impitoyable instituteur et tueur... d'enfants. Même dans des rôles de "méchants", il est incroyablement à l'aise et professionnel. Il ajoute même une dimension vraiment malsaine à son personnage. Le cinéaste retrouve également Yeong-ae Lee, qu'il avait déjà engagé dans le film qui le fit connaître, Joint Security Area. Surprenante, elle porte sur ses épaules toute la réussite du film, en ajoute toute l'ambivalance et la sensualité nécessaire. Car Lady Vengeance est d'abord un film de femmes! On y retrouve énormément de seconds rôles passionnants, dont beaucoup sont incarnés par les acteurs de Old Boy. On suit donc les péripéties d'un pâtissier, d'un prêtre qui ne jure que par Geum-Ja, de nombreuses femmes incarcérées en même temps que Geum-Ja (beaucoup de scènes inoubliables et de flash-backs surprenants), d'un jeune garçon qui vit ses premiers émois sexuels avec Geum-Ja, de la petite fille de l'héroine, une australienne capricieuse et rongée par l'absence de sa mère (la splendide scène où les nuages lui disent: "You have no mother"!), une mère de famille fragile du coeur mais qui n'hésite pas à torturer son ennemi, j'en passe et des meilleurs. Difficile d'en faire l'inventaire ici tant le long métrage est riche en personnages décalés et psychopathes. Espérons que Chan Wook ne s'arrête jamais et qu'il nous fasse encore vibrer longtemps avec ses histoires de dingues à dormir debout!

# Posté le mardi 04 juillet 2006 11:44

Modifié le mercredi 05 juillet 2006 12:43

SYMPATHY FOR LADY VENGEANCE - Park Chan Wook (Version 2) *2*

SYMPATHY FOR LADY VENGEANCE - Park Chan Wook (Version 2) *2*
Photo: l'impitoyable Baek interprété par le monstre Choi Min Sik.

2. Un style hors du commun

Lady Vengeance
transcende le cinéma de Park Chan Wook, qui opte cette fois-ci pour une mise en scène moins schizophrénique que celle d'Old Boy. Ici la caméra se pose, elle est plus calme, plus réfléchie, plus pensée. Fini les tourbillons "pour faire classe" (quoique j'exagère puisque la réalisation du précédent opus du cinéaste ne se contentait pas de "faire classe"), les angles de vue deviennent plus distants, les plans sont souvent fixes et les mouvements sont la plupart du temps assez lents. Chan Wook porte son art à la maturité. Ce film est bel et bien celui de la consécration de son indéniable talent de réalisateur. Rien que le générique laisse sans voix. Déjà la musique est absolument inoubliable, j'en ai des frissons rien qu'en y pensant, mélancolique à souhait. Ensuite le générique est fait de différents inserts très clairs sur fond blanc, où se mêlent farine, fleurs rouge sur une peau diaphane, sang qui s'écoule et une ultime larme qui va donner naissance au nom du cinéaste: magnifique! A en pleurer de beauté, dès le début. Durant toute la bande, la couleur blanche reviendra sans arrêt, symbolisant la rédemption. Car la rédemption est l'un des grands thèmes de Lady Vengeance. Au début, le prêtre offre à Geum-Ja du tofu, un gâteau tout blanc, dès sa sortie de prison. Mais elle le refuse en le faisant tomber par terre (sublimes plans d'ailleurs, où on ne voit pas le gâteau s'écraser au sol mais un autre objet qu'un personnage lâche au même moment sur le coup de la surprise, un effet que Chan Wook réutilisera plus tard): il n'est pas encore temps pour elle d'en finir avec le meurtre, car elle désire se venger de l'homme à cause duquel elle a passé 13 ans en prison. A la fin, elle y plongera son visage dans un ultime plan inoubliable: ça y est, elle désire être pardonnée, elle en a finit. On notera que Chan Wook voulait utiliser un effet auquel il renonça: il aurait voulu que le film passe très progressivement de la couleur au noir et blanc, sans que le spectateur ne le remarque, pour finir totalement en noir et blanc. Un effet qu'il abandonna pour le cinéma pour des raisons esthétiques, alors qu'il l'utilisa à l'occasion de la sortie du DVD collector...

3. Humour et violence


L'une des plus importantes caractéristiques du cinéma du réalisateur sud-coréen est la violence quasi permanente. Dans Old Boy, elle donnait au film des allures de long métrage d'action, alors que dans Lady Vengeance, elle est beaucoup plus discrète, mais plus lourde, plus choquante, plus destabilisante. C'est donc moins visuel, moins démonstratif, plus suggéré, mais ce qui est suggéré est insoutenable. Le long métrage gagne en lourdeur à mesure qu'il avance dans le temps, soutenu par une structure irréprochable qui en impose par l'irréversibilité de son dénouement. Baek, le "méchant", est donc très vite et très facilement capturé, mais l'accomplissement de la vengeance prend vite une dimension inattendue. Quel génie tout le passage dans l'école désafectée, où les parents des enfants tués se livrent tour à tour à des séances de torture horrible. Pas de pitié pour les tueurs d'enfants. Lady Vengeance n'est donc vraiment pas à prendre à la légère, ne serait-ce que par les quelques scènes où les meurtres sont suggérés: véritablement monstrueux et trèc choquant (l'image de cette fillette la corde au cou par exemple, à ne pas mettre sous tous les regards!). Néanmoins, l'humour est présent, mais quel humour! De l'humour essentiellement noir, qui peut paraître mal venu, mais qui nous rappelle que nous sommes bien devant une fiction. Il y aussi cet humour méchant, ce "crève salope" mémorable, et cet humour pipi caca, à en juger le rot énorme lâché en pleine figure de Geum-Ja (Chan Wook use beaucoup de ce genre de farce, dans Old Boy mais aussi dans Coupez!, l'un des courts de Trois...Extrêmes, où le protagoniste émet un très long pet ridicule). Humour et violence font donc ici parfaitement bon ménage et rendent l'ensemble par moment très gênant, surtout pour ceux n'étant pas habitué au cinéma de Chan Wook. Humour et violence soutiennent surtout un propos traîté de manière impeccable. L'histoire alambiquée n'est qu'une façade pour mieux dissimuler une vraie complexité dramatique: l'écriture en est pour beaucoup, et elle est irréprochable, largement supérieure à l'adaptation de manga du précédent opus. Voyons ça!
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# Posté le mercredi 05 juillet 2006 12:36

Modifié le jeudi 06 juillet 2006 13:27

SYMPATHY FOR LADY VENGEANCE - Park Chan Wook (Version 2) *3*

SYMPATHY FOR LADY VENGEANCE - Park Chan Wook (Version 2) *3*
4. "Pourquoi avez-vous fait ça? Vous avez l'air tellement normal." "Mais dans la vie personne n'est parfait, madame..."

Lady Vengeance est un film passionnant par bien des aspects. Le scénario, classique et simple à suivre, se distingue énormément du fouillis d'Old Boy, plus linéaire, moins de tiroirs mais sous-tendu par une structure exemplaire. La première partie présente la protagoniste ainsi qu'une flopée de personnages secondaires à l'aide de multiples retour en arrière plus ahurissants les uns que les autres et parfaitement bien agencés et intégrés au déroulement de l'histoire. Cette partie pourrait décontenancer plus d'un spectateur mais Chan Wook est imbattable à cet exercice. Il rend ainsi l'ensemble vraiment intéressant à regarder et simple à comprendre, malgré l'apparente complexité de ce jeu de légos cinématographiques. Au début de la bande donc, Geum-Ja est résolue à se venger. Dans une seconde partie, elle rencontre sa fille, qui insiste pour venir avec elle à Seoul, ce qui n'était pas prévu. Difficile pour Geum-Ja dans ces conditions de mener à bien son plan qu'elle a mûrit durant 13 années. Néanmoins, Baek est capturé au milieu du film. Là les scènes magistrales s'enchaînent, comme celle où Baek joue le traducteur entre la mère et la fille: celui qui les avait séparé auparavant devient celui qui les unit, le trait d'union qui va leur permettre d'enfin se comprendre: sa fille va avoir son explication, le trou sera comblé. La troisième partie est aussi suprenante qu'inattendue. Le film gagne aussi en lourdeur, l'ambiance devient horrible, les couleurs disparaissent, on frémit souvent et les plus sensibles auront la larme à l'oeil. La vengeance est longue, douloureuse, implacable. Les plans sont de toute beauté et même si la violence est suggérée, c'est difficilement soutenable. C'est là aussi que l'humour fait son entrée et qu'il met irrémédiablement mal à l'aise. Culte! Tout est maintenant culte, inoubliable, parfait, grandiose, magistral. La musique, la photographie, la mise en scène, les acteurs, tout est en parfait harmonie, pour un Chan Wook au sommet. Il égalise les plus grands cinéastes que la Terre ait jamais porté, du grand cinéma, immense cinéma. Et ce dernier plan, aussi destabilisant que monumental, où Geum-Ja plonge sa tête dans le tofu, en quête de rédemption. Elle s'est vengée, justice est faite, maintenant elle est blanchie.

5. "Savez-vous qu'en France, lorsque tout le monde s'arrête de parler, on dit que c'est un ange qui passe..."

De ce formidable Lady Vengeance, on en retiendra de très nombreux moments. La merveilleuse scène où la fille de Geum-Ja voit le fantôme de Won-Mo par exemple, le petit garçon sauvagement assassiné par Baek. Ou encore cette image, surprenante, baroque et onirique, où Geum-Ja traîne derrière elle un chien qui porte la tête de Baek. Ou bien l'auréole de Geum-Ja qui brille dans la nuit, l'ange, la Sainte, l'innocente, celle qui n'est là sans raison. Ou encore le sourire sadique de Geum-Ja lorsque son forfait est accomplit, qui rappelle sans équivoque celui de McDowell dans Orange Mécanique. De toute façon, peu de choses ne sont pas géniales dans ce film exemplaire. Tout est absolument inoubliable, pour peu que l'on adhère un minimum au cinéma du cinéaste sud-coréen. Ca y est, sa trilogie sur la vengeance est achevée: n'est-ce pas le rêve de tout réalisateur d'accomplir une telle chose? En tout cas sa trilogie à lui est à présent une véritable référence en matière de cinéma. On pourrait en discuter durant des heures, on pourrait en écrire des livres entier tellement c'est profond, complexe, en un mot: génial. Dorénavant, il sera difficile de passer à côté de ces trois chef-d'oeuvres (bon, je n'ai pas vu Mr Vengeance mais bon, d'après ce que j'ai entendu, il est tout aussi bon!). Trois monuments, trois chef-d'oeuvres, trois oeuvres artistiques accomplies, avec un énorme coup de coeur pour Lady Vengeance, pourtant je pense un peu moins accessible que les autres. Qu'importe, c'est du très très lourd. Allumons un cierge en l'honneur de Park Chan Wook et bénissons tous les soirs ce film, inmanquable!

En deux mots: Chef-d'oeuvre absolu, monumental, magistral, inoubliable, une référence en la matière. Rarement le cinéma a atteint ce niveau d'excellence.


--20/20--

# Posté le jeudi 06 juillet 2006 07:12