NOS JOURS HEUREUX - Eric Toledano / Olivier Nakache

NOS JOURS HEUREUX -  Eric Toledano / Olivier Nakache
Film français avec Jean-Paul Rouve, Marilou Berry et Omar Sy (2006).







"Dit papa, c'est qui le monsieur noir avec le sombrero sur la têêête?"












Résumé: Vincent Rousseau dirige pour la première fois une colonie de vacances et se retrouve plongé pendant trois semaines dans l'univers des colos avec petites histoires et gros soucis à la clef! Vincent se retrouve alors confronté à la vie mouvementée du camp, de ses animateurs plus ou moins professionnels et des ados pas toujours évidents à gérer...-Résumé Allôciné-

Plébiscité par de nombreux critiques, Nos jours heureux est aussi amusant à regarder qu'il est extraordinairement plat. L'intérêt de ce long métrage réside essentiellement dans l'exposition de plusieurs amourettes d'été, souvent décalées et drôles, mais rarement touchantes. On cède un peu aux clichés faciles et aux bons sentiments: normal, présence d'enfants oblige... Non pas que je veuille faire écho à la précédente critique des Choristes, loin de moi cette intention, mais tout de même, on est en droit de s'attendre à mieux, mais si c'est simplement pour se détendre durant l'été. Une oeuvre cinématographique, par essence, contient quoi? Bon, des acteurs okay, Marilou Berry est séduisante et marrante, ainsi qu'Omar Sy, même si franchement Jean-Paul Rouve campe un personnage assez antipathique auquel on a le plus grand mal à s'identifier (je ne critique pas sa prestation, toujours correcte). De la musique okay, la bande originale est entraînante et donne envie de s'amuser comme les gamins à l'écran. Une bonne mise en scène okay, même si celle-ci nous passe au travers: seul le propos importe. Et quel propos. C'est là que réside le plus gros défaut du film: mais où, où donc est passé le scénario? En principe, après la séquence d'introduction (qui? où? pourquoi? comment? etc...), il y a ce que l'on appelle l'élément perturbateur qui va lancer le récit et créer une certaineattente. Seulement voilà, l'histoire est linéaire, fade, sans saveur. Il ne se passe quasiment rien hormis les joyeuses tribulations de cette heureuse colonie. Les personnages ne connaissent même pas d'évolution et lors du passage final on ne ressent que très peu d'émotions. Lorsque Rouve dit à la fin que c'était "le plus bel été de sa vie", on se demande en fait en quoi il était merveilleux et on se dit alors qu'il a du en passé des vacances de merde!
Bon, voir des enfants s'embrasser c'est touchant et mignon tout plein mais cela ne suffit pas pour emporter l'adhésion du public. Les "intrigues" (si on peut appeler ça des intrigues) secondaires sont convenues: c'est du déjà-vu trente-six millions de fois ce truc. Tout est prétexte à des histoires d'amour, vas-y que je te bourre dans un coin dans le foin alors que les enfants sont endormis, beurk. Néanmoins, (notez que je vais être gentil là, attention les ballons!) Nos jours heureux est plaisant, les blagues sont bonnes et les jeunes comédiens amateurs sont tous parfaits. C'est rigolo pendant les vacances quand on se fait chier. La comédie de l'été 2006? Non, non, sûrement pas, loin de là même.

En deux mots: faute de véritable scénario, Nos Jours Heureux passe à côté de l'excellente comédie rafraîchissante qu'elle se devait d'être, malgré la présence de très bons comédiens.




--11/20--

# Posté le vendredi 11 août 2006 10:58

Modifié le vendredi 11 août 2006 12:29

MON NOM EST TSOTSI - Gavin Hood

MON NOM EST TSOTSI - Gavin Hood
Film sud-africain et britannique de Presley Chweneyagae, Mothusi Magano, Israel Makoe
(2006).





















Résumé: Dans un bidonville aux abords de Johannesburg, en Afrique du Sud, un jeune homme de 19 ans orphelin a occulté tout souvenir de son passé, jusqu'à son propre nom. Il s'appelle donc Tsotsi, qui signifie "voyou", "gangster" dans le jargon des ghettos. Sans nom, sans passé, sans ambition, il n'existe que dans un présent plein de colère. Il dirige une bande de marginaux : Boston, un instituteur raté ; Boucher, un meurtrier de sang-froid ; et Gorille, un costaud à l'intelligence très moyenne. Lors d'une soirée arrosée, Tsotsi tabasse Boston dans un accès de violence extrême, puis il disparaît dans la nuit, traverse le bidonville et se retrouve dans une banlieue aisée. Une femme descend de sa BMW et tente en vain d'ouvrir le portail de sa maison. Tsotsi sort son arme, l'agresse, tire et s'échappe avec la voiture. Un enfant pleure sur la banquette arrière...-Résumé Allôciné-

Mon nom est Ate. Tom Ate. Je sais je m'en vais, c'est nul. Un peu de sérieux. Je suis en train de rédiger une critique tout de même, avec une bonne tasse de café alors qu'il pleut des cordes dehors et ma chérie qui dort derrière moi sur le sofa. Je suis pénard quand même. Bon, assez parlé de moi, je vais CRITIQUER Mon nom est Tsotsi ah ah, armé de ma méchanceté et de mon PC. Ce film a reçu l'Oscaaar (sans oublié le petit "r", c'est un nom déposé messieurs, éh oui) du Meilleur Film Etranger. Vous vous rendez compte? Tut'en rends compte, toi, qui lit ma critique la tête dans le cul à quatre heures du matin en te grattant les couilles (ou entre les seins si tu es une fille ;)), un prix que nombre d'entre nous n'aurons jamais, au grand jamais l'opportunité d'avoir au moins une fois dans notre vie misérable de fanas de cinoche. C'est triste. N'empêche que Gavin Hood, et ben lui, il l'a reçu cette précieuse statuette. Comment? La recette est pourtant simple et à la portée de n'importe quel nabab. D'abord, tu filmes une histoire qui prend place au sein d'une dure réalité sociale: guettos et violence juvénile urbaine, de pauvres gens livrés à eux-mêmes et rejetés, qui n'ont d'autre raison que de tuer, braquer, voler les riches. Une fracture qui passe partout, ça va le faire, les méchants contre les gentils, c'est bien ça. Ensuite, surtout tu ne fais rien de toute cette violence, tu vas te concentrer sur le traitement positif d'un personnage. Oui oui, d'abord sans scrupule, il va devenir tout gentil, la rédemption tu connaîs? Il va expier ses péchés, par la seule présence... d'un bébé. Classique, mais ça va être efficace, je t'assure, fais moi confiance. Ensuite, il ne faut surtout pas filmer le côté glauque: le guettos c'est pas si sale et délabré que ça en fin de compte, et puis les gens qui y vivent peuvent être cleen, et puis bon, la violence n'est pas non plus le quotidien de ses nombreux habitants. Faut pas prendre les spectateus pour des imbéciles non plus, ils y connaissent rien, c'est pour ça qu'on peut tricher. Rendre le tout un peu plus regardable, supportable, un film familial, pour que la mère puisse dire à son fils: "tu vois gamin, c'est pas bien ce qu'il fait le monsieur". Pour finir, pour les petits cinéphiles intellos, il faut saupoudrer l'ensemble de petits symboles que uniquement les spectateurs avertis pourront détecter, histoire de faire croire que le long est profond, complexe, et psyhologiquement travaillé. Exemple: Tsoti habillé en noir au début du film, puis à la fin vêtu d'une chemise blanche. Aller, aller, merci Ciné Live qui m'a inspiré la structure de cette excellente critique.
Vous l'aurez compris, Mon nom est Tsotsi est un film conventionnel gentillet, aux décors réussis et à la bande originale satisfaisante. Il plaira surtout aux filles, qui devront prévoir leur petit paquet de Kleenex, parce que sois-disant la fin est émouvante, ce que je veux bien concevoir, mais moi je n'ai rien ressenti d'extraordinaire. Le rythme est assez lent et maladroit, ce qui fait que par moment l'envie nous prend de consulter notre montre. Le seul gros point positif du long est son interprête principal, Presley Chweneyagae, excellent dans le rôle de Tsotsi, explosant de charisme. Mais bon, il ne méritait certainement l'Oscar.

En deux mots: Un petit film assez moyen porté par Presley Chweneyagae, LA révélation.




--12/20--

# Posté le vendredi 11 août 2006 12:08

Modifié le vendredi 11 août 2006 12:35

BASIC INSTINCT 2: LA THERAPIE-FIASCO

BASIC INSTINCT 2: LA THERAPIE-FIASCO
AMBLIN7


Le film Basic Instinct 2, en dépit de ses qualités cinématographiques discutables, illustre l'effondrement d'un psychothérapeute et de son cadre de travail. Il rappelle ainsi les règles essentielles d'une thérapie et le danger de les négliger.

Dans la très attendue suite du film Basic Instinct, Catherine Trammel, une romancière américaine établie à Londres, est accusée du meurtre d'un célèbre joueur de football. A la demande du commissaire chargé de l'enquête, elle doit être évaluée psychologiquement avant son procès. Un psychiatre londonien réputé, Michael Glass, est mandaté à cette fin: brillant, réputé sur la place de Londres, M. Glass voit en cette patiente l'occasion rêvée d'asseoir ses théories sur la dépendance au risque et au sentiment d'omnipotence, car il est persuadé que c'est pour étancher sa soif de risque, de sensations fortes et de toute puissance, que cette femme s'est rendue coupable du meurtre. Mais dès ses premières rencontres avec l'héroine, M. Glass est intrigué par cette superbe femme qui réveille ses instincts les plus sombres. Piégé dans un jeu qu'il croit maîtriser, fasciné par la beauté de la jeune femme, il transgresse peu à peu toutes les limites du carde thérapeutique. Alors que les meurtres frappent de plus en plus près, un face à face sans pitié s'engage entre le psychiatre et cette femme aussi séduisante que redoutable.
Le carde thérapeutique est défini par l'ensemble des règles implicites qui dictent le travail de psychothérapie. Pour utiliser une métaphore, il constitue les limites d'un terrain de jeu où doit se dérouler une partie. Sans limites, il n'y a pas de jeu: en l'occurence, pas d'espace pour la parole et la symbolisation. Le pédiatre anglais Winnicott décrivait le but de la thérapie comme le fait d'emmener une personne d'un état où elle est incapable de jouer à un état où elle en est capable. Le psychothérapeute doit connaître, expliquer et faire respecter ce carde. Il doit maîtriser les règles du jeu et ses limites, avant de commencer à jouer. C'est pourquoi il est important qu'il ait fait sa propre psychothérapie, avant de la pratiquer chez autrui.
Avant de décrire les composantes essentielles du carde thérapeutique et de montrer en quoi elles sont battues en brèche par le film, mentionnons le principe fondamental, formulé par le pédopsychiatre Michel Lemay: "En thérapie, tout peut se dire, mais rien ne peut se faire." Autrement dit, le patient (ici la patiente) peut parler de son désir de faire l'amour avec le thérapeute, mais rien ne pourra se passer entre eux. Le thérapeute doit quant à lui apprendre à tirer parti de ses réactions émotionnelles (s'il est séduit) pour rejoindre la dynamique de sa patiente (comprendre comment fonctionne son désir de séduction). Le thérapeute doit utiliser ses émotions au profit de la thérapie, et ne pas en être le jouet. Nous y reviendrons.

Quatre composantes essentielles

Le carde thérapeutique présente quatre grandes composantes, proposées par le psychiatre américain Robert Langs: référence, tarification, gestion du temps et aménagement d'un espace sécuritaire et confidentiel. Le référence désigne le fait que le choix des patients doit respecter certaines règles éthiques. Il est contre-indiqué, par exemple, d'admettre en consultations des parents, des amis, des proches ou même des parents de ses patients. Cette situation nuirait à la neutralité thérapeutique. Une prise de référence éthique implique également de mettre à l'écart tout conflit d'intérêt. Par exemple, le désir de séduire une patiente et celui de le soigner sont des objectifs contradictoires.
Ensuite, l'établissement d'un tarif fixe et raisonnable est nécessaire pour encadrer le processus thérapeutique pour qu'il ne soit ni un acte exceptionnel hors de prix ni une banalité gratuite. Habituellement, cet aspect est fixé d'emblée au téléphone avant le premier rendez-vous et il est discuté en faction des revenus du patient.
La gestion du temps au cours de la thérapie constitue aussi un aspect crucial. Il s'agit de délimiter la thérapie à des moments fixes et réguliers. Le thérapeute crée ainsi la dimension rituelle et sécuritaire essentielle à l'alliance thérapeutique. Il instaure un temps sacré dans le temps quotidien profane. Cette régularité permet de baliser le chaos de l'inconscient, c'est-à-dire les pulsions et le principe de plaisir. En effet, un rituel suppose une discipline et le fait de se soumettre à une obligation, que cela plaise ou non au patient: dès lors, le principe de plaisir et les pulsions ne sont plus seuls à gouverner les actes du patient et du thérapeute. Conformément à cette règle, tout retard ou tentative de prolonger le temps de thérapie doit être analysé et pris en compte dans le travail.
Enfin, la protection de l'espace est un élément essentiel qui permet d'assurer la sécurité et la confidentialité. La thérapie se déroule dans un lieu neutre, jamais dans un café ou chez le patient. L'espace thérapeutique doit être situé à l'abri de tout regard extérieur, et bien insonorisé.
Basic Instinct 2, à défaut d'une oeuvre cinématographique forte, est le parfait exemple de ce qui peut faire échouer une psychothérapie. A ce titre, c'est un cas d'école édifiant.

La transgression de toutes les règles

Reprenons les diverses composantes du carde thérapeutique. En premier lieu, la prise de référence. Le docteur M. Glass peut-il entreprendre une psychothérapie auprès d'une personne qu'il est chargé d'expertiser psychiatriquement en vue d'un procès? Non, car un tel mélange des genres est de nature à semer le trouble: en tant qu'expert, il doit déclarer si C. Trammel est pénalement responsable ou non. En tant que psychothérapeute, il doit oeuvrer à son bien être. Pourquoi accepte-t-il de prendre cette personne en psychotérapie alors qu'elle lui est soumise pour expertise psychiatrique? C'est là que se dévoile le désordre interne de M. Glass: personnalité narcissique, professionnel avide de reconnaissance, il se lance dans l'aventure pour asseoir sa renommée dans le monde de la psychanalyse. De surcroît, il entend établir, à travers la psychothérapie, que C. Trammel ne se sent exister que lorsqu'elle se ressent en danger. Selon lui, lorsqu'elle se tire d'une situation dangereuse, elle éprouve alors un sentiment de toute puissance dont dépend son existence même. En d'autres termes, la thérapie est placée sous le signe d'un conflit d'intérêts, entre le chercheur qui veut être célèbre et le psychothérapeute qui doit venir en aide à sa patiente.
Le deuxième aspect du cadre thérapeutique, l'établissement préalable d'un tarif fixe et raisonnable, est également ignoré. Dans le film, C. Trammel tend un chèque au docteur M. Glass dès sa première visite, avant même que ne débute la thérapie. Ce geste, associé à une pose provocante, a pour but d'introduire des rapports de domination et de séduction entre les deux personnages. En payant d'autorité, C. Trammel se pose en maîtresse de la situation. Et en acceptant, le psychiatre trahit l'usage en vigueur, se laisse entraîner vers un mode non professionnel de fonctionnement, celui de sa patiente... L'appât du gain.
Le troisième aspect - la création d'une dimension rituelle par des consultations à intervalles de temps fixes et réguliers - est également balayé. Quelques jours après la consultation, M. Glass accepte de revoir C. Trammel qui lui rend visite à l'improviste. Il utilise alors le temps normalement consacré à un autre patient pour l'interroger sur ses sentiments. Il terminera par ces mots révélateurs: "Revenez la semaine prochaine pour que nous ne soyons pas pris par le temps." Cette phrase aura un impact sur l'inconscient de C. Trammel: lors du premier rendez-vous, elle arrivera plus tôt que prévu.

Le passage à l'acte

Enfin, que penser du quatrième aspect, la protection de l'espace thérapeutique? De ce point de vue, le film est le théâtre du chaos le plus total: M. Glass fait entrer C. Trammel dans l'espace thérapeutique alors qu'elle n'a même pas de rendez-vous. La protection de l'esace a aussi une composante psychique. Dans le film, c'est en se procurant les romans de Trammel que Glass commence a perdre ses propres repères. En achetant et en lisant les romans de Trammel, il consent à ce que celle-ci entre dans son espace par un autre biais que celui de la thérapie.
Par la suite, Trammel envahira réellement l'espace intime du thérapeute en se rendant à une soirée données pour des spécialistes. Détail notable, elle s'y rend accompagnée du mentor de Glass, comme pour mettre son narcissisme à l'épreuve. Cette atteinte au cadre sera particulièrement destablisante pour le psychiatre, qui quittera la soirée au bras d'une amie à qui il fera l'amour tout en regardant l'image de Trammel au dos de l'un de ses romans... Enfin, en proie à une obsession envahissante de Trammel, Glass passera à l'acte en la suivant hors de son cabinet et en couchant avec elle.
C'est finalement cette dimension de passage à l'acte qui constitue l'atteinte la plus fatale au cadre de la thérapie. Comme on l'a rappelé, la règle centrale précise que "tout peut se dire mais rien ne doit se faire".

J.F. VEZINA
(Article complet dans Cerveau & Psycho numéro 16)

# Posté le mercredi 06 septembre 2006 09:32

AMBLIN7 devient CINEMA & Culture

AMBLIN7 devient CINEMA & Culture
AMBLIN7


Cela va bientôt faire deux ans que mon blog hante la toile. Je n'ai jamais eu la prétention d'avoir fait un grand blog sur le cinéma, ni l'intention d'ailleurs. Je vois toujours de très beaux autres blogs qui méritent le coup d'oeil et je me dit qu'avoir une passion est très important dans la vie d'un être humain. Je n'ai pas la prétention non plus d'être un grand cinéphile, il y a plus taré que moi encore. J'ai des tonnes de films à voir et sans doute que je louperais des tonnes de films dans ma vie. Pendant ces (presque) deux années, j'ai adoré partager mon opinion (qui vaut ce qu'il vaut), mes avis, mes goûts (si particulier pour certains). J'ai appris à donner mon avis sur des oeuvres cinématographiques en argumentant avec le plus de pertinence possible (c'est malheureusement mon côté scientifique) et j'ai souvent été balloté entre l'objectivité et la subjectivité dont je n'arriverais jamais à trouver le juste équilibre. En même temps, un littéraire qui fait quatre ans d'études scientifiques et qui s'intéresse au cinéma, ça donne quelque chose de bizarre, de tordu. Je ne sais pas si j'ai la bonne sensibilité, je ne sais pas si j'ai les outils qu'il me faut pour aborder l'art. Il y a tellement de choses qui m'intéressent en ce bas monde, qu'il me faudrait un blog pour chacune d'elle: un pour la musique, un pour l'écriture, un pour la peinture et la photographie, un autre pour la psychologie, un cinquième pour l'Univers (trop vaste, trop complexe) et peut-être encore un autre pour la philosophie. Il me faudrait être autiste. Oui je suis un intello, et alors? C'est pourquoi j'ai décidé, comme pour une réforme de rentrée, d'enfin décentrer les intérêts de mon blog cinéma pour englober la "culture", terme vulgairement général, mais approprié ici. Néanmoins, Amblin7 est et restera une plateforme consacrée au cinéma... mais pas seulement. Et ce à partir de cet article. Attention les ballons.

Tom

# Posté le jeudi 07 septembre 2006 09:19

Modifié le jeudi 24 mai 2007 07:29

(CULTURE) MUSIQUE: Human after all - Daft Punk

AMBLIN7

Vidéo: Technologic - Daft Punk (Human after all)


Pour ma première critique d'album, je vais vous parler du troisième opus de mon groupe favori. Daft Punk est LE groupe français par exellence, connu dans le monde entier, adulé par des millions de fans. Qui ne connaît pas les "punks idiots" et leurs maintenant célèbres casques de robot (ayant coûtés plusieurs milliers d'euros, les deux amis Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem Christo ne les portent que très rarement car très lourds). Je ne vais pas revenir sur leur histoire, je ne suis pas vraiment là pour ça. Human after all est leur dernier album en date, sorti dans le silence médiatique le plus complet (agaçant pour certains): pas d'interview, pas de publicité. Il faut dire que le groupe n'a pas vraiment besoin de tels artifices commerciaux. Enregistré en quelques jours dans leur studio personnel parisien, le groupe phare de la musique électronique alliant sonorités rock, disco (l'album Discovery comme "Very Disco") et groove, c'est tel quel qu'ils voulaient sortir leur galette la plus controversée. Avec cette dernière, ils revendiquent nettement leur côté humain, tout en dénonçant les dérives d'une société vouée à la déshumanisation la plus totale.
Human after all s'avère être un album extrêmement répétitif (surtout le tourbillonant Robot Rock), ce qui pourrait en laisser plus d'un sur le carreau: Daft Punk délaisse les morceaux chantés (qui fleurissaient dans Discovery) pour quelques voix robotisées chantant toujours la même rengaine. Le plus gros morceaux du disque, celui qui l'ouvre d'ailleurs, Human after all, est un véritable chef-d'oeuvre de fraîcheur ultra-électro, très aigue, très mélodieuse, très saturée vers la fin. Cinq minutes de pur plaisir aux basses très lourdes, une marque de fabrique. Le second morceau intitulé The prime time of your life, une autre autre grande surprise aussi inattendue que déconcertante. Ca commence par une espèce de foire sonore très organique, des quasi bruits inquiétants sur lesquels se greffent une mélodie au rythme de plus en plus rapide. Le clip raconte l'histoire d'une fillette en proie à d'atroces hallucinations, elle décide alors de mettre fin à sa vie en s'écorchant vive. Le ton est très noire, ce morceau plante véritablement le "décor" de l'album. On est toujours relativement dans le répétitif, bien que ce soit le morceau le plus asymétrique de l'ensemble. Vient ensuite l'inépuisable Robot Rock, terriblement emballant, il vous engouffre tel un trou noir pour ne plus vous laisser sortir: c'est un morceau très long et extrêmement répétitif. La mécanique de l'album est lancée. Ce ne sont décidemment pas des humains, mais bien des robots. Ou bien plutôt des humains robotisés, qui ne savent rien faire d'autre que de tourner une manivelle sans fin. Vient ensuite Steam Machine, tout aussi surprenant et excessif dans ses partis pris. On est très loin de One More Time! Là ça tourne comme le tambourin d'une machine à laver qu'on aurait forcé à ne jamais s'arrêter et à gueuler. Tandis que Make Love nous ramène sur les traces de Discovery, The Brainwasher enfonce le clou. A l'évidence, beaucoup ne tiendront pas. Télévision rules the nation confirme mes dires précédents tandis que Technologic, l'un des meilleur morceaux de l'opus, confirme le talent indéniable du groupe. Et vous pourrez en savourer le clip, très très sombre et terrifiant, aux agressives pyramides rouges et à l'improbable androide à la mâchoire humaine. Horrible. Attention néanmoins aux âmes les plus sensibles.
Pour résumer, Human after all est un concentré de musique dans le plus pur style électro. Daft Punk ont su se renouveler et nous offrir un album très dense. Lorsqu'on arrive à la fin, on ne peut que en redemander tellement ont est pris dans l'engrenage, tellement ont est pris au piège. Le meilleur album des Dafts? Non, il n'égale pas Homework mais supplante Discovery par davantage d'audaces. En bref, ceux qui ont découvert Daft Punk avec Discovery, passez votre chemin!

En deux mots: Un nouveau concept d'album unique en son genre, noir, répétitif, envoûtant, aux rythmes très réguliés mais aux sonorités parfois très sales et saturées, jusqu'à l'extrême électro, aigu et auditivement très incisif, très tranchant. Un excellent album.




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# Posté le jeudi 07 septembre 2006 15:06

Modifié le mercredi 13 septembre 2006 14:24